Que faire face au terrorisme?

L'attentat de Domodedovo a une nouvelle fois soulevé la récurrente et douloureuse question du terrorisme en Russie.

Les questions « que faire ? » et « qui est coupable ? », qui sont un peu les équivalents russes de notre expression française « que fait la police ? », ne cessent de se poser depuis le dramatique attentat de l’aéroport moscovite de Domodedovo, qui a fait au moins 35 morts et une centaine de blessés, lundi dernier.

« Châtier » les rebelles islamistes du Caucase du nord

A la question « qui est coupable ? », les experts ont presque immédiatement répondu qu’il s’agissait très certainement de rebelles islamistes du Caucase du nord, reconnaissables à leur mode opératoire. La question « que faire ? » pose en revanche plus de problèmes. Le Premier ministre, Vladimir Poutine, y a répondu d’une manière qui lui est familière : en promettant aux coupables le « châtiment ». Lors des attentats du métro de Moscou en mars 2010, il avait déjà juré « d’anéantir les terroristes », tout comme il avait promis dix ans auparavant d’aller « buter » ces derniers « jusque dans les chiottes ».

Mettre en place un contrôle beaucoup plus strict dans les aéroports

Dmitri Medvedev, s’il a lui aussi ordonné que les « repaires de ces bandits soient identifiés », a par la suite plutôt concentré ses attaques sur la sécurité de l’aéroport. Un haut responsable du ministère de l'Intérieur en charge de la sécurité dans les transports a déjà été limogé aujourd’hui. Le président russe assure que ce n’est que le début , et que « si les gens ne comprennent pas comment il faut travailler, ils seront remplacés par d’autres ». Medvedev estime qu’il faut mettre en place un contrôle beaucoup plus strict dans les aéroports « comme cela se fait dans les pays où une menace terroriste sérieuse existe ».

Des mesures de sécurité inefficaces, voire inexistantes

Beaucoup d’observateurs s’accordent cependant à dire que toutes les mesures de sécurité (déjà fortement amoindries par les problèmes de corruption) ne changeront rien si le terreau reste fertile au terrorisme. Certains, comme Boris Nemtsov, l‘un des leaders du parti d’opposition Solidarnost’ , vont même jusqu’à incriminer le gouvernement : « Lorsque Poutine, en 2000, a prononcé sa célèbre phrase « on va buter les terroristes jusque dans les chiottes », le nombre d’attentats était de 130. En 2009, il était de 750 ». Nemtsov en conclut que « les services secrets ne luttent pas contre le terrorisme, dont Poutine se sert pour serrer la vis ».

A qui profite le crime ? A Poutine, selon l’opposition démocrate

Le discours de Nemtsov n’est pas vraiment nouveau et est d’ailleurs assez largement répandu en Occident, comme en atteste notamment un article de Libération paru en mars 2010, au lendemain des attentats du métro de Moscou. Il y était question d’un « tour de vis sécuritaire », avec l’idée que « le terrorisme pourrait profiter à Vladimir Poutine ». Aucun spécialiste ne peut nier le fait que Vladimir Poutine a toujours su exploiter les problèmes de terrorisme et d’extrémisme pour se dresser en rempart face au danger, et ainsi asseoir un peu plus son pouvoir, muselant toute opposition. De là à dire que le Premier ministre russe orchestre lui-même les attentats de façon à se mettre en position favorable, il y a là un pas que tous ne franchiront pas.

La radicalisation du mouvement islamiste caucasien

D’une part parce que cette stratégie serait à double tranchant : Poutine pourrait, à force d’actes terroristes, perdre la confiance du peuple plutôt que de gagner du pouvoir. D’autre part parce que personne n’ignore non plus que le terrorisme islamiste est une réalité en Russie. Une réalité de plus en plus préoccupante, du fait de la radicalisation du mouvement. Comme le notait hier le journaliste de RFI, Piotr Moszynski , « on ne se rend pas vraiment compte en Occident du degré de radicalisation du mouvement islamiste caucasien ».

Ce phénomène fait dire à certains observateurs, dont le politologue Sergei Markov, que pour lutter efficacement contre le terrorisme, on doit s’en prendre aux problèmes sociaux qui le font naître : le chômage, notamment.

Lutter contre les causes sociales de la propagation du terrorisme

En cela, l’analyse de Markov rejoint celle que faisait il y a six ans de cela Moussa Oumarov (à ne pas confondre avec Dokou Oumarov, leader des rebelles islamistes et autoproclamé émir de l’Emirat du Caucase), président du conseil d’Etat tchétchène auprès de l’assemblée fédérale russe. Interrogé au sujet des mesures à prendre pour lutter efficacement contre le terrorisme, ce dernier déclarait : « Il faut dans un premier temps créer un centre anti-terrorisme international, rassemblant les efforts des professionnels et des experts. Deuxièmement, il faut mettre en place des mesures efficaces et modernes dans la prévention et la neutralisation rapide des actes terroristes. Il faut, enfin, et c’est sans doute ce qu’il y a de plus compliqué, créer les conditions économiques pour que tout le monde, et en particulier la jeunesse, soit impliqué dans le travail. C’est-à-dire exclure toute base sociale propice au recrutement de terroristes parmi les chômeurs ».

Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine semblent avoir bien pris en considération les deux premiers points. Pour ce qui est du troisième, en revanche, il n’est pas sûr que tout soit mis en œuvre pour que la situation économique, sociale et politique du Caucase russe soit amenée à évoluer rapidement.

CONT12

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