Quelle droite pour 2012?

Entre querelles internes et concurrence rude du FN et du centre, on ne peut pas dire que Nicolas Sarkozy ait une partie facile à jouer pour 2012.
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L’UMP doit faire face à ses divisions internes, entre ceux qui veulent tirer le parti vers la droite, ceux qui veulent lui faire de la concurrence au centre, et ceux qui veulent lui faire réaffirmer ses valeurs traditionnelles.

Entre attitude électoraliste et réaffirmation des valeurs de droite

Parmi les derniers nommés, Christian Jacob, qui prône la fin de l'emploi à vie pour les fonctionnaires, divise la majorité et le gouvernement. En lui répondant qu’il est hors de question de « faire payer une deuxième fois aux salariés » et de rogner sur leur pouvoir d’achat, Xavier Bertrand semble déjà être entré dans une logique électoraliste. Jean-François Copé, en revanche, a une attitude plus ambigüe. N’hésitant pas à déclarer : « travailler plus sans gagner plus est inéluctable à terme », il s’attaque aux grands slogans sarkozystes, laissant penser, comme le suggère Carole Barjon du Nouvel observateur, que le patron de l’UMP a peut-être déjà la tête à la présidentielle… de 2017, à laquelle il se verrait bien candidat.

Le cap de la « rupture » est passé

Mais Jean-François Copé adopte par ailleurs une attitude qui laisse penser tout le contraire. « Le député-maire de Meaux a demandé aux Jeunes pop d’être le fer de lance de la levée en masse qu’il compte organiser en vue de 2012 », pouvait-on lire dans Le Monde le 13 janvier dernier. Ces derniers ne se sont pas fait prier, lançant une campagne publicitaire dont le slogan est « La gauche vous ment », écrit avec des caractères cyrilliques comme au bon vieux temps de la propagande anti-communiste. Autrement dit, passé le cap de la « rupture », au nom de laquelle les jeunes UMP se proclamaient révolutionnaires. Désormais, c’est plutôt à une révolution de palais que l’on assiste, avec un Copé qui veut transformer en profondeur le parti, lui faire réaffirmer ses valeurs de droite, et fédérer autour de ce projet un maximum de personnes.

La tentation de l’alliance avec le FN

Cette volonté se heurte à différents problèmes. En premier lieu, celui de la stratégie à adopter vis-à-vis du FN, qui n’en finit plus de faire parler de lui. Certains, à l’UMP, ont bien compris qu’il y avait à leur droite un concurrent politique sérieux, et n’hésitent pas à parler d’alliance avec le Front national. Christian Vanneste fait partie de ceux-là. En appelant à créer, sous conditions, une « droite large » allant du centre au FN, il a suscité il y a peu une vive polémique .

32% des sympathisants UMP favorables à une alliance avec le FN

A cette occasion, un sondage Ifop réalisé pour le Nouvel observateur révélait que pas moins de 32% des sympathisants UMP se disaient favorables à une telle alliance. Côté frontiste, on nie être intéressé par l’offre de la droite traditionnelle.

Mais on ne peut s’empêcher pourtant de se remémorer les unions que les deux partis ont pu former par le passé. Comme en 1998, lorsque Charles Millon et Jean-Pierre Soisson s’étaient fait élire à la tête de leurs régions grâce aux voix lepénistes. Sous la pression de leur parti, qui était alors l’UDF, ils avaient dû renoncer à ces alliances à scandale.

La stratégie à double tranchant de Nicolas Sarkozy

Du reste, si l’UMP acceptait de se tourner de nouveau vers son voisin de droite, cela provoquerait certainement le départ de beaucoup de ses sympathisants. Parmi eux, les plus centristes et les plus en faveur de l’ouverture, tant prônée par Nicolas Sarkozy. Le chef de l’Etat, d’ailleurs, semble vouloir rester sur sa stratégie qui lui a si bien réussi lors des dernières élections : reprendre certains thèmes du FN, et ainsi récupérer ses électeurs, sans avoir à passer une alliance dérangeante.

Le problème qui se pose à lui, c’est que ses cinq années d’exercice du pouvoir l’ont peut-être décrédibilisé vis-à-vis de cet électorat, et qu’il pourrait subir l’effet inverse de 2007. C’est ce sur quoi mise Marine Le Pen, en déclarant vouloir « vider l’UMP de sa substance électorale » , et c’est ce que redoute le président de la République lorsqu’il évoque, en coulisses, un « 21 avril à l’envers » .

Vers un « 21 avril à l’envers » ?

Nicolas Sarkozy est en quelque sorte pris à son propre piège : en voulant prendre des voix au FN, au centre et à la gauche, ne risque-t-il pas d’en perdre au profit de ces mêmes familles politiques ? La menace de « 21 avril à l’envers » est d’autant plus sérieuse pour le président de la République que les éventualités de candidatures se multiplient à droite et au centre (Villepin, Morin…). Au point de créer, pour reprendre l’expression du Progrès , un embouteillage. Autrement dit, lorsque François Fillon parle d’une « gauche dispersée entre les admirateurs de Blum et ceux du Che Guevara » , il oublie que les divisions existent aussi dans son propre camp, et que les effacer, même le temps d’une campagne, ne sera pas une mince affaire.

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