Révolution arabes: quelles conséquences pour la Russie?

La Russie suit de près ce qui se passe au Proche-Orient. Car à bien y regarder, sa situation n'est pas si différente de celle des pays qui se soulèvent.

La révolution dans les pays arabes, qui n’en finit plus de s’étendre, va-t-elle à terme menacer l’équilibre politique russe, déjà récemment fragilisé par des attentats et des émeutes ? C’est une hypothèse que n’excluent pas certains observateurs. Ce qui est déjà certain, c’est que le « Printemps arabe », comme on commence à l’appeler, ne sera certainement pas sans conséquences pour la Russie.

Les conséquences néfastes des révolutions arabes sur l’économie russe

Sur un plan économique, celles-ci pourraient d’ailleurs être très néfastes. C’est ce que note Dmitri Ogneev, auteur d’un article à ce sujet sur le site lentacom.ru : « Nous avons avec les pays du Proche-Orient et de l’Afrique du nord des contrats d’armement qui représentent en tout 12 milliards de dollars, soit 25% des exportations militaires russes pour les années à venir. Sans parler de la coopération en matière de gaz et d’infrastructures. Tout cela pourrait frapper de plein fouet notre économie, qui est, elle aussi, loin d’être modernisée. De plus, si ces révolutions venaient à se propager jusqu’à nos frontières de l’Asie centrale ou du Caucase, cela pourrait bousculer l’équilibre géopolitique de ces zones d’influence russe, et même menacer la souveraineté de notre pays ».

Medvedev met en garde contre les tentatives de déstabilisation politique

En cela, Dmitri Ogneev partage les inquiétudes exprimées par le président Medvedev en début de semaine. Lors d’une réunion du Comité antiterroriste à laquelle il assistait cette semaine, à Vladikavkaz, le chef de l’Etat a dit s’attendre à des tentatives de déstabilisation politique semblables à celles que connaît actuellement le Proche-Orient. La « désintégration » de ces grands Etats très peuplés peut selon lui conduire à l’arrivée au pouvoir de « fanatiques ». Cela serait alors synonyme de chaos pour les décennies à venir, au cours desquelles on risque d’assister à la « propagation de l’extrémisme » qui selon Medvedev, va tenter de gagner la Russie. Mais le Président a cependant exclu une issue semblable à celle que connaissent actuellement les pays arabes : « Quoiqu’il arrive, ce scénario n’aura pas lieu dans notre pays».

La Russie a une situation qui ressemble à celle du Proche-Orient

Pourtant, soulignent certains observateurs, la Russie a beaucoup de points communs avec ces pays. Toujours d’après Dmitri Ogneev, « l’absence de liberté d’expression, la répression politique, toutes les caractéristiques d’un Etat policier, sont autant de ressemblances avec les pays du Tiers monde ». Sur le plan économique, observe le journaliste, ce n’est guère différent : dépendances aux revenus des hydrocarbures, énormes profits enregistrés par une infime partie de la population s’étant approprié les richesses nationales, stratification sociale…

Mêmes problèmes, même sanction ?

Ayant des situations qui se ressemblent, la Russie et le Proche-Orient pourraient connaître une destinée similaire, remarque encore Ogneev, qui constate que dans les pays arabes, la révolution a été lancée par une jeunesse que le chômage a poussée dans la rue. « Or chez nous, il faut bien le dire, le problème du chômage est aussi très présent. Quant à l’existence d’une jeunesse agressive, prête à se battre à la mort avec la police, les évènements de la place du Manège l’ont encore récemment prouvée ». Autrement dit, pour Dmitri Ogneev, le « Printemps arabe » a tout lieu de se propager à la Russie. Une analyse que partageraient 34% de ses compatriotes.

Gorbatchev imagine aussi un tel scénario

Parmi eux, Mikhaïl Gorbatchev. Le dernier dirigeant soviétique, qui connaît ce genre de situations pour l’avoir déjà vécu à ses dépens, s’est en effet récemment exprimé à ce sujet , prophétisant que le vent du changement qui souffle actuellement sur le Proche-Orient pourrait soulever une tempête en Russie : « Si les choses continuent comme aujourd’hui, un scénario à l’égyptienne est possible, a affirmé Gorbatchev, sauf qu’ici elles peuvent se terminer de façon bien plus tragique ». Ce n’est pas la première fois que l’artisan de la Perestroïka critique la gestion du pays . Il a plus d’une fois dénoncé la « façade démocratique » de la Russie, servant à masquer le pouvoir de l’arbitraire et les abus de la classe dominante.

Il semblerait que ses positions soient de plus en plus partagées. Les autorités le sentent et tentent de prouver qu’ils sont à l’écoute. Dmitri Medvedev multiplie les déclarations en faveur de plus de démocratie et de la modernisation du pays . Le Jour de la colère, manifestation qui rassemble régulièrement des "antipoutiniens" de tous bords, vient pour la première fois d’être autorisé .

Les gestes et les déclarations symboliques seront-ils suffisants pour contenir éternellement le mécontentement d’une part grandissante de la population ? Si cela n’était pas le cas, comment les autorités, toujours promptes à combattre l’opposition démocratique, réagiraient-elles à un éventuel soulèvement ? Ce sont ces questions que l’on commence à se poser aujourd’hui à Moscou.

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