Russie : ce qui a changé, ce qui va changer.

Les manifestations du 10 décembre ont montré une détermination nouvelle au sein de la population russe. Il sera intéressant de voir la réponse du pouvoir.

Depuis plusieurs années, l’opposition russe se regroupe dans des manifestations , organise des « marches des mécontents », dénonce la corruption et les fraudes, et réclame une « autre Russie », une « Russie sans Poutine ». Mais jusqu’à aujourd’hui, les autorités avaient réussi à la rendre marginale aux yeux d’une partie importante de la population.

Un rassemblement sans précédent depuis 1993

Les choses ont sans doute changé avec le rassemblement sans précédent qui a eu lieu à Moscou et dans d’autres villes russes le samedi 10 décembre. C’est en effet la première fois depuis 1993 qu’une manifestation regroupe autant de monde. 80 000 personnes auraient défilé dans les rues de Moscou, un chiffre intermédiaire entre les estimations du Ministère de l’Intérieur (20 000 personnes) et celles de certains organisateurs (150 000).

Des manifestations non-violentes

L’une des grandes nouveautés, c’est que ces manifestations se sont déroulées dans l’ensemble sans violence. Une preuve que le pouvoir a sans doute mesuré l’ampleur de la mobilisation, comprenant que le rapport de forces ne tournerait peut-être plus systématiquement en sa faveur. Un signe peut-être aussi, que les policiers n’étaient pas forcément tous hostiles à ces manifestations, ce qui serait encore plus inquiétant pour le Kremlin. Les manifestants l’ont bien senti, certains encourageant les forces de l’ordre à se joindre à eux, comme le rapporte le journal Kommersant .

Russie unie change de discours

Le discours des autorités a d’ailleurs changé. Si cette semaine, Vladimir Poutine estimait que les élections avaient reflété « la réelle situation du pays », et Dmitri Medvedev mettait en doute les vidéos diffusées sur internet montrant des fraudes électorales, Andreï Isaev a déclaré suite aux manifestations que « ceux qui protestaient contre l’issue des élections ou contre la façon dont elles s’étaient déroulées avaient le droit de le faire ». Ce cadre de Russie unie a ajouté que « l’expression d’un tel point de vue était importante, et qu’elle serait entendue et par les médias, et par la société, et par l’Etat ». Isaev n’a toutefois pas renoncé totalement à la menace, mais il l’a fait de façon un peu plus subtile qu’à l’accoutumée, appelant les protestataires à « ne pas se laisser transformer en chair à canon »…

Ce discours sera-t-il suivi d’effets ?

Même s’il soutient que les manifestations de samedi ne sont approuvées que « par une minorité », Isaev a quand même affirmé que les autorités allaient « ouvrir le dialogue avec les représentants de ces forces », ce qui constitue une nouveauté. Reste à savoir si ce dialogue sera suivi d’actes significatifs, ou s’il restera au stade des mots, comme les nombreuses déclarations du président Medvedev au sujet de la démocratie en Russie. Il semblerait que la pression sur les représentants du pouvoir ne soit en tous cas plus la même.

Les réseaux sociaux jouent une nouvelle fois un rôle majeur

En effet, outre le fait que les manifestations aient été d’une ampleur sans précédent depuis 1993, il faut noter que pour la première fois elles ont trouvé un écho en Occident où les communautés russes se sont rassemblées à Paris et à Londres. Il faut noter aussi que les réseaux sociaux ont, une fois encore, joué un rôle déterminant dans la mobilisation. Cette semaine, les vidéos montrant des élections falsifiées se sont en effet multipliées sur la toile. Et les explications du chef de la commission électorale Vladimir Tchourov, affirmant que ces accusations ne sont que « l‘expression de la fantaisie perverse de petites gens doutant de l’honnêteté de (son) parti », et que les « bureaux de vote » que l’on voit sur les vidéos seraient en fait des « appartements où l’on tourne des films », n’ont pas vraiment convaincu. Comme le notait cette semaine le journal Bolchoï gorod , c’est la première fois aussi qu’à une telle échelle, les habitants ont décidé de ne pas se détourner des élections frauduleuses, mais d’y participer et d’exiger que leurs voix soient comptabilisées correctement.

La société civile a montré une détermination nouvelle

Tout cela montre que le rapport de forces est peut-être en train de tourner, et que les dirigeants vont sans doute devoir agir concrètement. Conscients de leur nouvelle force, les opposants ont d’ailleurs promis qu’ils se rassembleraient de nouveau le 24 décembre si le gouvernement ne prenait pas en compte leurs exigences, à savoir : « la libération des prisonniers politiques, l’annulation des résultats des élections législatives, la démission de Vladimir Tchourov, l’enregistrement de tous les partis politiques et la tenue de nouvelles élections ».

Les semaines à venir vont donc sans doute être déterminantes dans l’histoire de la Russie.

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