Russie-Occident: un pas en avant, un pas en arrière

Les évènements survenus ces dernières semaines ont une nouvelle fois montré à quel point les relations entre la Russie et l'Occident étaient complexes.

Le sommet Russie-OTAN qui s’est tenu le 22 novembre dernier à Lisbonne, a ouvert une nouvelle voie dans les relations entre ces deux parties qui se livraient jadis une guerre sans merci. Pour la première fois, l’idée d‘une coopération dans la mise en place d'un système de défense antimissiles, qui a longtemps été au centre de tensions entre Moscou et l’Alliance atlantique, a été approuvée des deux côtés. Dmitri Medvedev lui-même a ainsi émis l’hypothèse d’une protection mutuelle entre la Russie et l'Occident face à d’éventuelles menaces extérieures. Il a ainsi confirmé ce que beaucoup d’observateurs avaient déjà remarqué depuis quelques temps, à savoir que la menace islamiste joue aujourd’hui le rôle que jouait autrefois la menace communiste.

La menace islamiste a remplacé la menace communiste

Thierry Desjardins, dans son livre Sarkozy, ses balivernes et ses fanfaronnades , écrivait ainsi en 2009 : «Tout comme le XXe siècle a connu un interminable affrontement entre le monde dit "libre" et les "bolchéviks", il est évident que ce XXIe siècle qui commence va connaître un affrontement sans merci entre ceux qui ont toutes les richesses et qui récitent la Déclaration universelle des droits de l’Homme, et les damnés de la terre qui psalmodient le Coran». Une observation que l’on pouvait retrouver dans un article du Nouvel observateur, dans lequel René Backmann écrivait récemment : «Trente ans après avoir armé et entrainé les combattants islamistes afghans contre le corps expéditionnaire soviétique, les Occidentaux demandent aujourd’hui l’aide du Kremlin pour contenir les talibans. (…) Les ennemis d’hier sont résolus à affronter ensemble la menace qu’incarnent désormais les terroristes islamistes et autres djihadistes».

La coopération russo-atlantiste ne plaît ni aux oligarques russes...

Mais dans un autre article du Nouvel observateur, de parution plus récente, une interview d’Igor Yurgens nous fait bien comprendre que cette nouvelle collaboration entre les ennemis d’hier n’est pas si simple à mettre en place : «Medvedev a un projet, explique ce proche conseiller du Président. Il veut moderniser la Russie, l’ouvrir vers l’ouest. Mais il y a tous ceux, les silovikis (police, armée, services secrets), les producteurs de pétrole, de gaz, de biens agroalimentaires ou d’armements, qui ne voient pas les choses de cette façon». Ces opposants à une occidentalisation de la Russie font obstacle à celle-ci de la même façon que les conservateurs américains tentent d’empêcher un rapprochement entre leur pays et les successeurs de l’ennemi soviétique.

… ni aux conservateurs américains

Cette tendance s’est encore vérifiée très récemment à propos du traité de réduction des armes stratégiques (START) que le président Obama a signé avec le président Medvedev en avril dernier, mais qui n’a toujours pas été ratifié par le Sénat américain. Il risque même de ne jamais l’être, puisque les républicains y sont opposés et qu’ils seront bientôt en position de force au Congrès, suite à leurs résultats obtenus lors des dernières législatives. Un problème qui vient assombrir les relations Russie-Etats unis, déjà affectées par l’affaire WikiLeaks, qui a notamment révélé des notes de diplomates américains dans lesquelles la Russie était très critiquée, et où Poutine et Medvedev étaient rebaptisés "Batman et Robin".

Ces deux affaires n’ont pas été du goût du Premier ministre russe, qui l’a fait savoir lors d’une interview accordée cette semaine à CNN, dans laquelle il n’excluait pas la possibilité d’une nouvelle course à l’armement.

Une façon de rappeler que la Russie est prête à coopérer avec l’Occident mais pas à n’importe quelle condition, tout en rassurant son électorat, qui dans sa majorité se méfie de ces nouveaux alliés, et ne voit pas forcément d’un bon œil un rapprochement Est/Ouest.

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