Tchernobyl: retour vers le futur

Un film sur Tchernobyl sort ce mois-ci à l'occasion des 25 ans de la catastrophe. Ironie du sort, le Japon est en train de vivre un drame similaire.
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Les Russes sont actuellement replongés dans l’une des pages les plus noires de leur histoire récente . Un cruel hasard du destin a voulu en effet qu’un accident nucléaire de grande ampleur se produise au moment même où ils s’apprêtaient à commémorer les 25 ans de Tchernobyl.

Un film sur Tchernobyl est sorti cette semaine

Cette semaine, en effet, alors que la situation à Fukushima, du propre aveu du Premier ministre japonais Naoto Kan , reste imprévisible, et que l’on ignore toujours les conséquences, minimisées pour certains, exagérées pour d’autres, de l’accident nucléaire de la centrale Daiichi, un film intitulé Samedi sortait sur les écrans russes. Cette coproduction russo-ukraino-biélorusso-allemande, réalisée par le metteur en scène russe Alexandre Mindadze, est le premier à avoir pour thème central la catastrophe survenue à Tchernobyl le 26 avril 1986.

L’époque où l’on ne savait rien de la radiation

Présenté par gazeta.ru comme étant « l’un des meilleurs longs-métrages russes de ces dix dernières années », Samedi raconte l’histoire d’un jeune cadre régional du Parti, qui est l’un des premiers à apprendre l’explosion du réacteur. Il est alors partagé entre l’ordre venu d’en haut -ne rien dire- et sa conscience qui l’inciterait plutôt à essayer de sauver les gens. « J’ai fait un film sur cette époque où les gens ne savaient pas ce qu’était la radiation, et qui, même s’ils le savaient, comme c’est le cas du héros principal, ne la fuyaient pas », explique Alexandre Mindadze au journal Kommersant .

Le film sort alors même qu’un drame similaire se produit au Japon

Par une cruelle coïncidence, le film sort alors que le même type de drame est en train de se produire au Japon. Svetlana Smirnova Martsinkevitch, héroïne du film, est troublée par cette situation : « Je n’étais pas encore née quand l’accident s'est produit à Tchernobyl. C’est à travers les récits de mes parents, des livres et des documentaires que j’ai appris ce que cela avait été. Et voici que tout à coup, il survient la même chose quelque part, tout près d’ici. Et c’est comme si je comprenais comment se sentent les gens là-bas aujourd’hui. Comme si moi aussi je vivais cette situation ».

Les zones sinistrées, 25 ans après

Dans ce contexte particulier, les Russes redécouvrent un passé récent, et tentent de mieux comprendre ce que vivent, ou ce que vont vivre dans les années à venir leurs voisins japonais. Ainsi, le journal Komsomolskaïa Pravda publiait cette semaine un article intéressant, donnant une image des régions ukrainiennes et biélorusses sinistrées, très différente de celles que l’on s’en fait habituellement. Les journalistes ont en effet décidé de se rendre sur place afin de mieux évaluer les conséquences, 25 ans après, du désastre de Tchernobyl.

Ces gens qui ont choisi de rester

Ils ont découvert des régions désertées, des villes abandonnées. Tous les habitants des zones irradiées ont en effet été relogés en ville, loin de la campagne où ils avaient passé leur vie avant le drame. Tous ? Non ! Comme dans les célèbres aventures d’Asterix, il existe une poignée d’irréductibles qui, contre vents et radiations, ont pris le parti de rester, quoi qu’il advienne.

C’est le cas de Nina, l’une des deux habitants du village de Besed’, en Biélorussie, l’autre étant… son fils. « Nous sommes bien ici », affirme Nina, dont le troupeau de vaches n’a jamais compté autant de têtes : personne ne veut acheter sa viande et son lait.

La sagesse très russe de Baba Lena

Batolomeevka, village voisin, compte, lui, sept habitants. Des survivants que des touristes allemands, japonais, américains et italiens viennent observer comme des bêtes curieuses, selon Komsomolskaïa Pravda. Baba Lena, 80 ans, fait partie de ces gens qui ont choisi de rester. Et elle affirme que ceux de son âge qui sont partis s’établir ailleurs sont tous morts tandis qu’elle est bien vivante, et même en bonne santé. Et de conclure : « Le mal du pays tue plus vite que la radiation ». Une radiation qui, toujours selon Baba Lena, aurait été « plus forte qu’à Hiroshima », d’après les Japonais venus la mesurer il y a 25 ans. « Cela ne nous empêche pas de boire l’eau d’ici ! », ajoute la vieille dame, qui n’a décidément peur de rien.

« On vit plus longtemps là où l’on se sent le mieux »

Interrogé au sujet de ces personnes qui continuent à vivre, et visiblement à bien vivre, dans ces zones irradiées, le directeur de l’Institut biélorusse d’étude de la radioactivité, Victor Averine, explique cela par des raisons psychologiques : « Le villageois, habitué à sa terre, a du mal à se faire à la vie à la ville. On vit plus longtemps là où on se sent bien. Et ceux qui ont choisi de rester vivre dans ces villages morts s’y sentent bien malgré tout. C’est pour cela qu’ils vivent plus longtemps, même en se nourrissant de champignons radioactifs et de produits de leur potager contaminé ».

« La nature est en mesure de vaincre de telles catastrophes »

Même s’il reconnaît que malheureusement, les prévisions concernant une hausse des cancers due à l’iode radioactive se sont confirmées, Victor Averine nie catégoriquement qu’il ait pu apparaître des mutants, des hommes à deux têtes ou autres légendes qui ont tant effrayé les Soviétiques (et les autres) il y a 25 ans. Le savant se montre même optimiste : « Nous avons compris que la nature était en mesure de vaincre de telles catastrophes. La zone de radiation n’est pas devenue déserte. Au contraire, les espèces s’y sont même diversifiées», affirme-t-il.

« Les Japonais sont trop prudents »

Optimiste, Victor Averine l’est aussi en ce qui concerne le Japon. Selon lui, Fukushima ne sera pas un deuxième Tchernobyl. Mais il remarque que les Nippons sont un peu trop tranquilles et prudents, par rapport aux Soviétiques qui, dit-il, se sont précipités pour reboucher, presque à mains nues, la faille dans le réacteur, tandis que les Japonais font preuve de plus de retenue, aggravant en cela les risques.

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