Tension extrême dans le Caucase nord

Les bastions islamistes armés sévissent désormais dans tout le Caucase russe. Les services de sécurité fédéraux leur livrent une guerre sans merci.
10

L’opération menée la nuit dernière par les services de sécurité russes aux confins de la région de Stavropol et de la Kabardino-Balkarie aurait fait au moins dix morts parmi les rebelles séparatistes, dont Asker Djapouev, leader du mouvement dans la région, et Kazbek Tachouev. Tous deux sont notamment soupçonnés d’être à l’origine de l’attentat de la station hydroélectrique de Baksan en juillet 2010, du meurtre d’un groupe de touristes moscovites en février dernier, et de nombreux crimes commis contre des représentants des forces fédérales.

Les leaders de la lutte armée kabardino-balkare auraient été tués

Le groupe de guerriers a été encerclé en pleine nuit alors qu’il se réunissait dans une ancienne école. Comme le faisait remarquer le journaliste Mourat Goukemoukhov, sur le site svobodanews.ru , une telle prise est soit le fruit d’un hasard rarissime, soit le résultat d’une enquête extrêmement sérieuse. Au regard de l’actualité de ces derniers mois, on peut penser que la seconde hypothèse est la plus probable. L’opération qui vient d’avoir lieu fait en effet suite à plusieurs autres du même type dans tout le Caucase nord.

Les rebelles daghestanais subissent de lourdes pertes

Au Daghestan, notamment, trois « opération contre-terroristes » ont été menées cette semaine à Makhatchkala ainsi que dans d’autres villes de la République. Elles auraient fait six morts parmi les rebelles. Dix jours auparavant le même type d’interventions des services fédéraux aurait également permis d’éliminer d’autres guerriers, dont Israpil Validjanov, plus connu sous le nom de Amir Hassan, premier représentant au Daghestan de Dokou Oumarov, l’autoproclamé Emir du Caucase, qui a revendiqué un grand nombre d’attentats en Russie ces dernières années, dont celui de Domodedovo en janvier dernier .

Une présumée base terroriste ingouche bombardée par l’Armée russe

Dokou Oumarov lui-même avait été, comme cela est souvent arrivé ces dernières années, annoncé mort à tort après une opération d’une ampleur exceptionnelle en Ingouchie. Le 28 mars dernier, en effet, dans cette petite république du Caucase du nord, l’armée russe n’a pas hésité à bombarder une base terroriste présumée. Au moins dix-sept rebelles auraient alors été abattus. Malgré ce recours à l’aviation, les autorités locales se refusent à parler de guerre.

Rebelles déterminés contre pouvoir fédéral déterminé

C’est pourtant bien d’une lutte sans fin dont il s’agit. Les rebelles caucasiens semblent déterminés à tenir leur promesse d’une « année de sang et de larmes » , faite au lendemain du drame de Domodedovo. Ils multiplient en effet les embuscades et les attentats, dans lesquels tombent un grand nombre de policiers russes. Ces derniers ripostent avec la même violence, montrant toute la détermination du pouvoir fédéral d’en finir avec ce « sous-sol islamiste », qui le menace tout autant que le « sous-sol nationaliste » .

Les habitants du Caucase nord sont les grands perdants de cette guerre qui ne dit pas son nom

Le problème, c’est que cette guerre n’a pour l’instant pas vraiment de vainqueur mais qu’elle a, en revanche, de grands perdants : les habitants du Caucase nord, qui vivent au milieu de ces tensions et de cette insécurité permanente. Ainsi, récemment, les habitants de Nazran, en Ingouchie, ont exprimé très violemment leur mécontentement après que l’un des leurs, âgé de 26 ans, a été retrouvé mort, de très forts soupçons planant sur les forces de sécurité.

Situation tendue à l’extrême

Olga Allenova, journaliste spécialiste du Caucase nord, a récemment signé un article dans Kommersant , dans lequel elle raconte comment cette situation extrêmement tendue est vécue en Kabardino-Balkarie, où le parlement local vient de décider de durcir les sanctions à l’égard de ceux qui protégeraient où cacheraient des terroristes. Olga Allenova a rencontré une habitante de Naltchik, capitale de la région.

Le témoignage brutal d’une habitante de Naltchik

Marina Mamicheva, c’est son nom, vit dans la panique constante avec sa famille. Cocktails Molotov jetés contre la maison, menaces de mort laissées sur la porte… Tout cela depuis que l’un de ses fils, a rejoint la guérilla dans la forêt, après avoir vu l’un de ses amis se faire harceler par les policiers fédéraux afin qu’il coopère avec eux. L’ami en question a été tué, et le fils vit aujourd’hui dans la forêt, avec les rebelles, au désespoir de sa mère : « Si une personne tombe aux mains de notre police, ils le battront certainement, mais il y aura quand même une chance de le tirer de là. S’il tombe aux mains de ceux de la forêt, ils ne le rendront jamais. Ils entraînent nos enfants comme des boas, et les gardent jusqu’à la mort ».

Dans l’ensemble, l’avis que la journaliste a recueilli auprès des habitants de Naltchik montre bien l’impasse dans laquelle ils se trouvent : « Si la situation est devenue aussi compliquée, c’est dû tout autant au professionnalisme des guerriers terroristes qu’au non-professionalisme des organes de sécurité ».

Sur le même sujet