Tirage au sort de l'Euro 2012 : le jackpot pour la France ?

La France a été chanceuse lors du tirage au sort de l'Euro. Mais ses adversaires s'estiment peut-être tout aussi heureux qu'elle.

Beaucoup d’amateurs de football français ont en tête la sortie de Gilbert Bribois , journaliste à RMC, à l’issue du tirage au sort de la dernière Coupe du monde : « Le jackpot, messieurs dames, nous avons touché le jackpot ! ». La France avait alors hérité d’un groupe ne comptant aucune véritable tête d’affiche : le Mexique, l’Uruguay, et l’Afrique du sud. On connaît le résultat : piteusement éliminés après trois matches, les tricolores avaient été la risée du Monde entier.

Se souvenir du dernier Mondial

Hier, la main de Zinedine Zidane, qualifiée « d’heureuse » par la plupart des journalistes, a donné à l’Equipe de France un groupe qui est en apparence à sa portée, comme pouvait l’être celui de 2010. A vrai dire, les Bleus ont souvent de la chance avec les tirages au sort : si l’on excepte le dernier Euro, où les Français s’étaient retrouvés dans la même poule que les Pays-Bas et l’Italie, ils ont toujours eu à affronter des équipes à priori plus faibles. Cela s’est encore vérifié lors des éliminatoires de cet Euro, où le principal adversaire de la France était la Bosnie, qui n’a jamais participé à une phase finale de grande compétition, et a volé en éclats face au Portugal en barrages (6-2).

Comme d’habitude, les Bleus évitent les gros morceaux

Cette fois encore, donc, la France évite les plus gros morceaux : elle aurait pu se retrouver à la place du Danemark, dans le groupe des Pays-Bas, de l’Allemagne et du Portugal. Elle aurait pu aussi être à la place de l’Irlande dans le groupe de l’Espagne, de l’Italie et de la Croatie. Elle est finalement dans le groupe D en compagnie de l’Ukraine (pays organisateur), de l’Angleterre et de la Suède. Un tirage qui semble effectivement à sa portée.

De la chance, certes, mais pas de quoi s’enthousiasmer

Pour autant, les réactions enthousiastes d’un bon nombre de journalistes peuvent susciter quelques interrogations. La France semble être sur la bonne voie, celle de la reconstruction après la catastrophique ère Domenech. On est tenté de faire plus facilement confiance à Laurent Blanc qu’à l’ancien sélectionneur pour faire de ces individualités qui brillent en club une vraie équipe, capable d’atteindre les sommets. Mais il ne faut pas oublier non plus que la France a tremblé jusqu’à la dernière minute avant d’obtenir son billet pour cette compétition, redoutant jusqu’au coup de sifflet final de son match face à la Bosnie un scénario semblable au France-Bulgarie de 1993 (élimination à la dernière seconde).

Une victoire en trompe-l’œil à Wembley

Beaucoup ont mis en avant les récentes victoires tricolores face à l’Angleterre et l’Ukraine. Il faut rappeler que les Français avaient certes livré une excellente prestation à Wembley en novembre 2010, mais que c’était face à une équipe bis . Les Britanniques montreront certainement un tout autre visage lors de cet Euro 2012. Même privés de Rooney, suspendu après un carton rouge reçu lors des éliminatoires, les hommes de Capello auront à cœur de rattraper leur très décevante Coupe du Monde 2010.

Un baroud d’honneur pour Chevtchenko ?

De la même façon, les Bleus avaient battu très nettement les Ukrainiens lors d’un match amical en juin dernier (4-1). Mais il faut se souvenir que cette victoire avait été obtenue dans les cinq dernières minutes. Le contexte sera sans doute cette fois-ci très différent. Même si la sélection emmenée par Oleg Blokhine ne compte pas beaucoup de grands joueurs, elle sera très certainement portée par son public. Et même si Andreï Chevcthenko n’est plus que l’ombre du Ballon d’or 2004 qu’il a été, l’attaquant du Dynamo Kiev voudra briller une dernière fois sur la scène internationale avant de la quitter définitivement.

La France doit se rappeler qu’elle n’est que 15ème au classement FIFA

Quant à la Suède, emmenée par Zlatan Ibrahimovic, elle réussit sans doute bien aux Bleus, mais elle a réalisé un parcours remarquable en éliminatoires, finissant meilleur deuxième, et s’offrant même une victoire de prestige face aux Pays-Bas lors du dernier match. C’est donc avec la plus grande méfiance et la plus grande humilité que la France devra aborder ce groupe, en se rappelant qu’elle n’est que 15ème au classement FIFA . Les Bleus réussissent en général mieux lorsqu’ils sont dans la peau d’un outsider que dans celle d’un favori.

Pour bien se rendre compte du danger qui consiste à penser que la France est tombée dans un groupe facile, il fallait regarder hier soir BFM TV. La chaine d’information s’est en effet amusée à rediffuser des extraits des journaux télévisés consécutifs aux tirages au sort des poules des dernières éditions de l’Euro. A cette occasion, les téléspectateurs ont pu constater, sans doute avec étonnement, que l’une des seules fois où les journalistes ont présenté le groupe des bleus comme difficile, c’est en 2000, année où l’Equipe de France a remporté la compétition !

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