Réussir sa création d'entreprise : engagement moral et financier

Si créer son entreprise est plus facile avec un financement, l'entrepreneur doit s'investir totalement et dépasser sa résistance au changement, selon Bruyat
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Comprendre ce qui pousse un individu à monter son entreprise est bien plus important que le plus beau des business plans. Passer du rêve à la réalité nécessite un investissement personnel intégral.

Christian Bruyat, un sociologue investi dans la problématique de l'entrepreneuriat

Maître de conférences en France à l'Université Pierre-Mendès-France de Grenoble et à l'IUT de Valence, et membre du comité de direction de la Revue de l'entrepreneuriat, Christian Bruyat a proposé dans sa thèse, en 1993, une modélisation relative au processus d'engagement de l'entrepreneur dans la création d'une entreprise.

Quatre dimensions principales sont prises en compte :

  1. l'individu,
  2. son projet ou l'entreprise créée,
  3. l'environnement,
  4. le processus.

L'individu influence le processus de création, et vice versa

L'hypothèse de Christian Bruyat consiste à dire que tout individu possède dans sa vie une relative liberté dans ses choix. Ainsi, s'il souhaite élaborer un projet, cet individu sera certes contraint par son environnement, mais pourra également essayer d'influencer le contexte. Inversement, le projet exercera des contraintes sur son créateur au fur et à mesure de son développement.

Par exemple, un créateur déjà salarié dispose d'assez peu de temps pour mener à bien son projet (contrainte), mais il peut négocier avec son employeur un mi-temps ou un trois-quarts-temps dans son emploi, afin de consacrer davantage d'heures à la mise en place dudit projet (influence sur le contexte). Cependant, l'avancement du processus créatif ne réclamera pas uniquement du temps à l'individu, mais l'impliquera un peu à la fois dans un engagement entrepreneurial.

Les trois étapes du processus de création d'entreprise : déclenchement, engagement, achèvement

  1. Le processus est déclenché : le créateur désire monter son entreprise, et estime que son projet est réalisable. Soit une opportunité d'affaires est à l'origine du déclenchement, soit la volonté de créer provient de l'individu lui-même, qui va alors se mettre en quête d'une opportunité.
  2. Le processus est engagé : l'individu a déjà consacré beaucoup de temps, d'énergie, de moyens financiers, pour son projet, avec lequel une implication affective et psychologique s'est créée. A ce stade, si le créateur revenait en arrière -ce qu'il n'envisage surtout pas-, l'échec serait cuisant, à l'instar d'une situation de divorce, lorsque le couple doit vendre la maison de ses rêves, et faire une croix sur la notion de "famille modèle".
  3. Le processus est achevé : on estimera que l'entreprise aura réussi lorsque ses équilibres financiers basiques seront assurés, et qu'elle aura fait sa place sur le marché.

La notion d'engagement dans un processus de création d'entreprise est primordiale pour le banquier, pour le financement du projet, et la recherche des futurs clients

Christian Bruyat décrit l'engagement comme une série de décisions et d'actions consécutives. Plus l'individu s'engage, et plus il lui sera difficile de revenir en arrière, car tout désengagement représente un coût -tel celui d'une procédure de divorce-, à la fois financier, social et psychologique.

Pour qu'un engagement se réalise, l'action de créer doit être ressentie comme préférable à toute autre situation (exercer un autre métier, changer d'employeur, etc.), et les résistances aux changements doivent être dépassées.

La résistance aux changements revêt des formes multiples : l'inertie, la peur, le coût, la pénurie de ressources, le rejet par l'entourage

  • Lorsqu'un individu a longtemps exercé en tant que salarié, il a développé de confortables habitudes de fonctionnement qui favorisent une certaine inertie dans la volonté de se prendre en charge.
  • La crainte d'un univers inconnu peut freiner nombre d'initiatives : comment négocier commercialement, comment faire sa comptabilité , etc.
  • Le coût relatif au développement d'un projet n'est pas uniquement constitué des dépenses qui lui sont directement liées. Il intègre aussi le "manque à gagner" : refus d'une situation plus gratifiante, ou impossibilité à retrouver un emploi similaire au précédent en cas d'échec de la création d'entreprise, réduction du train de vie, engagement du patrimoine , etc.
  • Le manque de trésorerie, au démarrage, mais également au cours de la troisième année de vie de l'entreprise (lors des régularisations de charges sociales), peut être ressenti comme une contrainte forte.
  • Enfin, de fortes réticences émises par l'entourage du créateur peuvent amener celui-ci à abandonner son projet.

Business plan : revenus surévalués et dépenses minimisées

La création d'entreprise nécessite une certaine dose d'inconscience, ainsi que des facteurs favorisants. Les entrepreneurs qui établissent leur plan d'affaires estiment difficilement les dépenses futures et les contraintes diverses, et ont tendance à les sous-évaluer, tout en s'imaginant qu'il suffira d'une bonne démarche publicitaire pour attirer les clients.

Il est probable que le maintien de cette forme de pensée conduira l'entrepreneur à sa perte. Cependant, au démarrage du projet, une certaine dose d'illusion est nécessaire. Il faut y croire, absolument.

En outre, certains facteurs ou contextes encourageront le passage à l'acte : lorsque le créateur baigne déjà dans un contexte entrepreneurial, lorsqu'il possède un réseau relationnel puissant et des compétences certaines, indispensables à son projet ( management , commercial, etc.). De même, si sa situation actuelle n'est pas satisfaisante, l'entrepreneur opposera moins de résistance au changement, occasionnée par toute création d'entreprise.

S'engager ou non dans une création d'activité

Quelques situations d'engagement ou de renoncement sont caractéristiques, et méritent d'être repérées :

  • L'individu a depuis longtemps envie de créer sa propre entreprise, et met tout en oeuvre pour parvenir à atteindre son objectif .
  • Le projet de création est en concurrence avec une situation actuelle intéressante, à laquelle il sera difficile de renoncer (le salarié est en poste et gagne bien sa vie).
  • Deux projets motivent en même temps l'individu, notamment après un licenciement récent : retrouver un emploi salarié, ou créer son entreprise.
  • L'individu souhaite monter son entreprise, mais hésite entre plusieurs projets de création, sans parvenir à se décider.
  • L'individu a étudié un projet insatisfaisant ou peu crédible, et renonce à créer une entreprise, préférant demeurer dans sa situation salariée actuelle, qui s'avère -en définitive- acceptable.
notion de temps

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