Qui a vraiment tué Patrice Lumumba, homme d'État congolais?

Plusieurs versions existent concernant l'affaire Lumumba et aujourd'hui encore, cinquante ans après sa mort, un certain mystère demeure.
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Patrice Emery Lumumba était un homme d’État africain qui a milité pour l’indépendance de son pays, la république démocratique du Congo, qui se nommait à l’époque le Congo belge. Le 30 juin 1960 le pays accède à l’indépendance et Lumumba est nommé premier ministre. Durant les mois qui suivent, il doit faire face à une crise politique exacerbée par une mutinerie des soldats de l’armée nationale, en majorité des Congolais de souche, qui se révoltent contre leurs officiers supérieurs, en majorité des belges restés au pays pour assurer la passation de pouvoir. Cette mutinerie s’étend à l’extérieur des casernes et prend l’allure de conflits raciaux quand les soldats commencent à s’en prendre à la population belge qui réside dans les centres-villes des grandes métropoles urbaines. Les colons, pour se protéger, décident de se réfugier dans le Katanga, qui a fait sécession du Congo le 11 juillet 1960 et est devenu un États indépendant sous la présidence de Moise Tshombé qui avait une certaine aversion envers Patrice Lumumba. Celui-ci était considéré comme un nationaliste voulant africaniser le plus tôt possible toutes les instances du pays, Moise Tshombé prônait plutôt une collaboration avec la Belgique et désirait que les entreprises belges demeurent au Congo. Le président de la république Joseph Kasa-Vubu, destitue Lumumba le 5 septembre 1960, en évoquant comme prétexte sa mauvaise gestion de la crise. Quelques temps après, le 10 octobre plus précisément, le colonel Mobutu alors chef de l’état-major place Lumumba en résidence surveillée après avoir au préalable fait un coup d’état le 14 septembre. Lumumba réussit à s’échapper le 27 novembre et est rattrapé par les soldats de Mobutu. Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba est assassiné au Katanga par un peloton d’exécution dirigé par un officier belge. La question n’est pas tant de savoir qui a appuyé sur les détentes des fusils qui ont fauché la vie de Patrice Lumumba, mais quels sont les acteurs qui ont contribué à ce que ces évènements prennent place.

Le gouvernement belge de 1960

Selon le sociologue Ludo Witte, qui a écrit un livre [1] sur la question, le gouvernement belge a non seulement comploté pour assassiner Patrice Lumumba, mais il s’est aussi assuré que les exécutants soient Belges. En effet l’auteur cite une phrase de Pierre Wigny, ministre des affaires étrangères du royaume en 1960, qui aurait décidé de « mettre Lumumba hors d’état de nuire », pour justifier son hypothèse et il cite aussi des mots d’un major belge ayant joué un rôle dans les évènements, le major Weber, écrits sur une note confidentielle, qui dit : « Je suis un officier. Il est évident que si le gouvernement me donne un ordre, je n’ai qu’à m’incliner. J’ai toujours fait savoir que je me considérais ici comme défendant une présence belge en Afrique ».

Cependant le gouvernement belge de l’époque a catégoriquement nié son implication dans cette affaire. Le même ministre des affaires étrangères cité par Ludo Witte aurait dit à la Chambre des parlementaires quelques semaines après l’assassinat de Lumumba, que si des belges ont pris part à l’assassinat, ils étaient sous l’autorité du gouvernement congolais et non de son gouvernement , car au niveau hiérarchique, ces officiers dépendaient de l’autorité locale.

En 2002, après que François Lumumba, le fils de Patrice Lumumba, a déposé une plainte contre X auprès des tribunaux belges, le gouvernement a reconnu une part de responsabilité dans les évènements qui ont eu lieu et ont présenté des excuses officielles.

La (Central Intelligence Agency) CIA

Selon des documents déclassifiés par l’agence en 2007, Patrice Lumumba était perçu comme une menace pour les États-Unis à cause de sa politique qui était un peu trop socialiste selon eux. Pendant la crise qui a suivi l’indépendance du Congo, Patrice Lumumba aurait fait appel à l’URSS, après que l’ONU ait refusé de répondre à son appel pour l’aider à reprendre le Katanga, qui venait alors de faire sédition. Cette demande, en pleine guerre froide, a été mal perçue par les américains qui auraient eu peur de voir Lumumba rallier le bloc soviétique. Une décision aurait été alors prise pour son assassinat, mais cette décision n’a jamais été mis en exécution.

Joseph- Désiré Mobutu

A l’époque de tous ces évènements, Mobutu était colonel et chef de l’état-major. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a fait un coup d’état le 14 septembre contre le gouvernement de Joseph Kasa-Vubu. Après ce coup d’état, le colonel Mobutu place Patrice Lumumba en résidence surveillée et ce sont ses soldats qui rattrapent Lumumba quand celui-ci s’échappe avec sa famille. C’est donc le colonel Mobutu qui transfère Patrice Lumumba dans le Katanga, qui est en sédition et en guerre avec le gouvernement congolais. Il a agi de concert avec certains membres du gouvernement belge, comme cela a été reconnu plus tard, mais c’est lui qui a pris la décision finale.

Le gouvernement de Katanga

Finalement Moise Tshombé, alors président du Katanga, et ses ministres n’ont fait qu’exécuter un plan qui avait été mis en action bien avant que Patrice Lumumba n’arrive au Katanga. C’est eux qui ont donné l’ordre d’assassiner Patrice Lumumba, mais c’est sur le commandement d’un officier belge que les soldats ont tiré sur Lumumba et les hommes qui l’accompagnaient.

La mort de Patrice Lumumba semblait arranger plusieurs personnes et celles-ci ont contribué, plus ou moins à différents niveaux, à son assassinat. Cet évènement a façonné le Congo et a surement concouru aux conflits qui s’y sont déroulés dès lors. Si le passé est garant de l’avenir, il faut espérer que l’humanité saura tirer des leçons de ce genre de drame.

[1] Ludo Witte, L’assassinat de Patrice Lumumba , Paris, Karthala, 1999.

Sources: Wikipedia, the national security archives (http://www.gwu.edu/~nsarchiv/), L'assassinat de Patrice Lumumba de Ludo Witte

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