Olivier de Sagazan, fou de son corps

Rencontre avec le performer Olivier de Sagazan, pour qui le corps est un élément à part entière de la création artistique.
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Lorsque le film commence, tout semble normal. Olivier de Sagazan est là, les yeux fermés, bien habillé. Puis tout d’un coup, l’image s’affole, le personnage semble possédé, hors de tout contrôle. Et la folie dure près de 5 minutes… A la fin de la séquence, l’acteur se retrouve sans vêtements, recouvert d’une substance argileuse et comme affublé d’un masque. Ce n’est plus son visage qui a été constitué pendant toute la durée du clip , c’est… autre chose. Une chose qui a semble-t-il échappé à son concepteur.

Olivier de Sagazan se classe dans la catégorie des performers, ces artistes avant-gardistes qui utilisent leur corps comme médium d’une représentation éphémère, parfois totalement improvisée, et qui peut être marquée par une prise de risque réelle. Biologiste de formation, Olivier de Sagazan a toujours été « subjugué par la dynamique du corps » et a donc cherché à pousser cette belle machine dans des retranchements incroyables. « On ne voit plus assez le caractère exceptionnel de notre corps. En l’amenant dans des situations extrêmes, en le mettant à mal, je veux que mon corps me révèle des choses », explique le performer qui, lorsqu’il se lance dans un nouveau défi créatif, se voit « à la fois comme un enfant et comme un adulte qui s’enthousiasme pour quelque chose de banal et connu comme l’est notre corps. »

Le corps décide, l'humain s'efface

Argile, peinture, fer, laine, tout est bon pour recouvrir son visage, reconstituer parfois une figure totalement monstrueuse… Une apparence terrible pour un questionnement intérieur très puissant à en croire Sagazan : « En sublimant la chair avec l’argile, je reviens à des questions élémentaires sur "Qui suis-je ?", "Qu’est ce que je fais là ?" »

Se peindre des yeux derrière la tête, se mettre des cheveux au niveau du menton ou des lèvres à la place du nez, tout est possible lorsque les limites de son corps sont effacées et que l’humain accepte de lâcher prise et de laisser ses mains décider. Une sorte de don de soi, de don de son corps à une création nouvelle. « Tout regard extérieur se retrouve disqualifié, il n’y a plus qu’un regard intérieur qui intervient », assure Olivier de Sagazan. Comme une sorte de transe, un chaos dérangeant, un passage mystique. D’ailleurs, ce n’est probablement pas un hasard si la dernière réalisation du performer a été intitulée « Transfiguration ».

De la pierre à la chair

Comme un aboutissement dans une recherche qui aurait quelque chose de métaphysique, Olivier de Sagazan en est arrivé à la performance après avoir travaillé comme peintre et comme sculpteur. Aujourd’hui, la sculpture de son propre corps, l’immortalisation de ses propres masques, est comme une finalité de son parcours artistique. Une transfiguration qui ne laisse personne indifférent.

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