Le retable d'Issenheim sculpté

Des panneaux du retable d'Issenheim ont été sculptés par l'artiste Jean-Jacques Erny pour permettre aux non-voyants d'en profiter.

La prise en charge des aveugles n'est pas chose nouvelle à Unterlinden. Déjà en 2007, le musée avait mis en place un parcours d'audioguides. Le public non-voyant ou malvoyant peut ainsi découvrir les oeuvres, les toucher aussi pour ce qui concerne les sculptures en pierre non polychromes de l'époque romaine à celles datant du XIVe siècle. Ce parcours a pu être mis en place grâce au soutien de l'association «L'art au-delà du regard» et la collaboration financière des Rotary Club de Colmar et de Deux-Brisach.

Pour le retable d'Issenheim, oeuvre majeure du XVIe siècle, signée Grünewald, conservée au musée et qui fêtera son 500e anniversaire l'an prochain, le défi était plus grand. «Nous avons eu l'idée folle de reproduire les scènes du retable au travers de panneaux sculptés. Le premier a été réalisé en 2009. Il s'agit de la crucifixion du Christ», explique Jean-Jacques Cotleur, président des Rotary Club de Colmar. La peinture est devenue sculpture grâce au talent de l'artiste Jean-Jacques Erny.

Une suite en 2010

Le retable d'Issenheim comporte des huiles peintes sur des panneaux de tilleul. La version sculptée a elle aussi été réalisée sur du tilleul. Le second ensemble sculpté a été livré il y a quelques jours. La réalisation respecte un maximum l'oeuvre peinte. «J'ai souhaité rendre la sculpture la plus fidèle au dessin d'origine. Il fallait retranscrire les symboles et les faire comprendre au public», commente Jean-Jacques Erny. Il lui a fallu près de deux ans pour sculpter les panneaux liés à la vie du Christ.

Pour retranscrire au mieux l'histoire du tableau, le sculpteur a pu compter sur l'aide de Pantxika de Paepe, conservateur en chef du musée Unterlinden. Elle lui a notamment fourni un dessin préparatoire de la robe de Marie, apparaissant sur l'une des scènes. «Ce travail préparatoire de Grünewald m'a aidé à sculpter la robe. Celle-ci n'était pas très précise sur la peinture finale», note Jean-Jacques Erny.

Une sculpture aux bonnes dimensions

Transcrire une oeuvre peinte en sculpture pour personnes non-voyantes n'est pas chose facile. Il a fallu notamment adapter les proportions et mettre en relief des détails liés à l'histoire. «La scène de la résurrection est sans doute la plus belle pour moi. La tête auréolée du Christ apparaît comme en fusion. J'ai tenté de reproduire cela dans ma sculpture», analyse l'artiste.

Jean-Jacques Erny a également sculpté les têtes qui apparaissent sous l'un des panneaux de Grünewald. Il s'agit des apôtres. La finesse des traits et les visages si expressifs ont permis d'en faire une œuvre dans l'oeuvre.

Jean-Jacques Erny a déjà préparé la suite des dessins qui lui serviront de support pour sculpter d'autres panneaux. «Je peux le dire officiellement, je travaille déjà sur la troisième tranche de l'oeuvre de Grünewald »

Un coût de 17 000 euros

Les Rotary Club de Colmar et des Deux-Brisach ont dû trouver 17 000 euros pour financer la seconde partie de l'oeuvre de Jean-Jacques Erny. "Nous avions l'idée et il nous fallait ensuite trouver l'argent. Cette action envers les publics du musée correspondait parfaitement à notre démarche sociale et culturelle", explique Jean-Jacques Cotleur. Le Rotary Club se sert notamment de son Salon des vins et terroirs pour financer ses actions. L'événement leur permet de dégager un bénéfice de 20 000 euros chaque année. L'argent est ensuite réinvesti dans les actions des Rotary Club.

Pour plus d'informations : www.musee-unterlinden.com

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