Ce que Natascha Kampusch (ne) raconte (pas) dans "3096 jours"

La jeune autrichienne revient sur ses huit ans de captivité avec pudeur. Que lirez-vous dans son récit ?
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Publié aux éditions Lattès, "3096 jours" -"3096 Tage" en version originale- témoigne de l'enfer vécu par la jeune autrichienne. Si certains pans de sa captivité sont racontés avec force et détails, d'autres aspects sont occultés. Que lirez-vous ? Qu'est-ce qui sera passé sous silence ?

L'enfance de Natascha

Natascha Kampusch a choisi de commencer son récit par quelques souvenirs d'enfance avec ses parents. Des bribes esquissant un portrait peu flatteur de sa vie familiale.

Non attendue, Natascha aura souvent l'impression d'être la cinquième roue du carrosse au sein de sa propre famille.

Néanmoins, était-elle une enfant peu heureuse ? La jeune autrichienne explique avoir eu des idées suicidaires le jour de son enlèvement. L'impression d'être rejetée et d'avoir un physique disgracieux semblent être les raisons de ce mal-être.

Le lecteur a l'image d'une enfant mal dans sa peau lorsque celle-ci est enlevée à l'âge de 10 ans.

Le jour de son enlèvement

L'Autrichienne se souvient avec précision du 2 mars 1998. Ce jour-là, sur le chemin de l'école, la petite fille est enlevée par un homme à l'allure juvénile. Enfermée à l'arrière d'une camionnette, l'enfant cogite... De terribles images s'emparent de son esprit. A l'époque, les journaux télévisés s'ouvrent sur des cas de fillettes violées et assassinées.

Wolfgang Priklopil -c'est le nom du ravisseur- fait croire à la petite fille qu'il agit pour le compte d'autres personnes. Natascha Kampusch s'imagine être la proie de pédophiles.

La peur et l'angoisse qui tenaillent l'écolière sont retranscrites dans "3096 jours" et bouleversent le lecteur. Nous entrons dans la tête de l'enfant et découvrons la noirceur du monde humain.

Huit ans de captivité

Le livre revient sur les huit ans de captivité de Natascha sans occulter le mal que lui a fait subir son ravisseur. Les premières années d'enfermement font l'objet d'une attention particulière. Wolfgang Priklopil, ingénieur électronicien, la tient prisonnière dans une pièce de 5m².

Pendant huit ans, il sera son adulte référent, la seule personne qu'elle côtoiera, et par conséquence, son seul lien avec l'humanité.

Une humanité monstrueuse lorsque l'homme, impulsive et malade, la détruit. Les coups et douleurs physiques sont racontés en détail par la jeune autrichienne. Son corps amaigri ne sera que bleus et contusions.

L'emprise de Priklopil est aussi psychologique. Le ravisseur essaiera de faire perdre toute identité à Natascha. Parmi ses stratagèmes, lui faire croire que ses parents ne veulent pas payer de rançon pour la récupérer.

Rabaissée, humiliée, la jeune fille n'oubliera jamais qui elle est. Les sentiments éprouvés par l'enfant sont retranscrits finement.

Toutefois, certains aspects sont passés sous silence.

Ce qui n'est pas dit

L'entrée dans l'adolescence ouvre un nouveau chapitre. La survenue des règles est un tournant décisif dans la vie de la jeune fille. Pour Priklopil, qui accepte désormais de la faire monter à l'étage, il s'agit d'effacer toute trace de cette nouvelle féminité. Une tache de sang pourrait le faire soupçonner. L'Autrichienne doit également cacher ses cheveux dans un sac plastique puis se les raser.

Lorsque la jeune fille fait le ménage ou jardine, il lui faut être en petite tenue ou ne pas porter de sous-vêtement. A l'humiliation s'ajoute l'amenuisement des risques de fuite dans cet accoutrement.

La déviance sexuelle, elle, est esquissée. A aucun moment, Natascha ne dira expressément qu'elle a été violée ou abusée sexuellement par Priklopil. Une phrase au détour d'un paragraphe balaiera la question. Si elle reconnaît avoir subi des sévices sexuelles, elle ne souhaite pas en parler. Cela fait partie des non-dits, et du domaine de l'intime.

Dans un autre registre, les retrouvailles avec sa famille sont également relatées brièvement.

La fuite, la liberté, les retrouvailles...

En 2006, après exactement 3096 jours de captivité, Natascha Kampusch recouvre la liberté.

La jeune fille profite d'un instant d'inattention de son ravisseur pour s'échapper. Tout va très vite.

Le lecteur attend fébrilement le moment des retrouvailles. Or, une certaine pudeur les enveloppe. Le moment ne semble pas être à la mesure de l'attente pour le lecteur comme pour Natascha.

La suite, elle s'inscrit en pointillé. Pas de révélation sur l'après enlèvement sinon des réponses claires aux détracteurs.

Le syndrome de Stockholm

Natascha Kampusch est intransigeante là-dessus : elle n'est pas victime du syndrome de Stockholm.

Au cours du livre, elle tient des propos mesurés à l'encontre de Priklopil. Pour elle, son ravisseur n'est pas l'incarnation du Mal. Caractère ambivalent, il pouvait être à la fois tendre et cruel.

La jeune femme dit également avoir voulu récupérer la maison de l'ingénieur, après qu'il se soit suicidé. Elle en explique d'ailleurs les raisons.

Un récit poignant et complet. Le lecteur lambda découvre la vraie histoire de Natascha Kampusch. Personne d'autre qu'elle ne peut la raconter aussi fidèlement. Sûrement parce qu'elle lui appartient.

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