Développement durable: Nauru, l'anti-modèle de développement

En Micronésie, l'île de Nauru était le 2e pays le plus riche au monde, avant de devenir la caricature du surdéveloppement. Quelles leçons retenir de Nauru?
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Nauru est aujourd'hui une île dévastée, dont les habitants sont malades, au sens propre comme au sens figuré, du surdéveloppement: comment la République de Nauru, qui fut voilà peu le deuxième pays le plus riche au monde, en est arrivée là?

L'île de Nauru en Micronésie: malade du surdéveloppement, un état ruiné, une terre morte

La République de Nauru est un petit état insulaire du Pacifique. Située en Océanie, elle compte un peu plus de 13 000 citoyens. Avec ses 21,3 km² de superficie, culminant à près de 70 mètres d'altitude, cette île est la plus petite république du monde.

Le phosphate a longtemps été le trésor de Nauru: l'extraction du minerai de phosphate a commencé au début du XXe siècle dans cette île qui a été successivement allemande, australienne, japonaise, puis de nouveau australienne avant d'accéder à l'indépendance en 1968. Alors que le cours du phosphate atteint des sommets vertigineux dans les années 1970, les Nauruans, citoyens de Nauru, deviennent de plus en plus riches et sont atteints d'une frénésie de surconsommation: tout leur semble possible dans un monde qu'ils pensent sans limite.

Les limites de la surconsommation, une île malade de trop consommer: la caricature d'un développement non durable?

Si le gouvernement de Nauru se met alors à surexploiter les ressources en phosphate, détruisant totalement tout l'intérieur de l'île qui se transforme en paysage lunaire, désertique, infertile, les habitants de l'île semblent atteints de cette même folie du surdéveloppement.

Comme le montre ce reportage d' Arte , les Nauruans se lancent dans un mode de vie de surconsommation où ils préfèrent, lorsqu'un pneu de voiture est à changer, acheter une nouvelle voiture plutôt que de changer de pneu, abandonnant les carcasses de véhicules, entre autres déchets et appareils électroménagers, dans le centre de l'île déjà dévasté par la surexploitation du phosphate.

L'île ne pouvant plus rien produire, on importe toute l'alimentation sur le modèle occidental: fast-food, aliments transformés, sodas débarquent en nombre sur Nauru. Les conséquences sur la santé? En quelques décennies, la population est malade: obésité et diabète atteignent des proportions affolantes à Nauru. Près de 80% de la population est obèse (chiffres OMS ). Le taux de diabète par habitant y est l'un des plus élevés au monde.

L'espérance de vie chute, en raison d'une explosion du nombre de maladies cardio-vasculaires (voir le rapport de l' OMS ) directement liées au mode de vie des Nauruans depuis le début des années 70.

La fin d'un cauchemar? Corruption, crise économique et surexploitation: les leçons de Nauru

Mais Nauru a des ressources limitées, comme notre planète dans son ensemble: le microcosme que représente cette petite île du Pacifique nous aide à comprendre les limites du surdéveloppement à l'échelle globale. En effet, la «mine d'or» de Nauru, les gisements de phosphate, s'épuisent peu à peu, et dès le début des années 90, le modèle économique de Nauru semble s'essouffler.

Le gouvernement de l'île se lance alors dans une politique d'investissements immobiliers pharaoniques pour tenter de prévoir le moment où les entrailles de l'île, épuisées, ne pourront plus livrer cette manne financière qui fait vivre l'ensemble de la population dans un délire économique (Nauru est devenue entre temps le 2e pays le plus riche au monde après l'Arabie Saoudite). Trop tard.

Corruption, détournement de fonds, mauvais placements financiers et immobiliers auront raison de cette bulle économique bien éphémère: l'île est ruinée, plus de phosphate, plus d'argent, plus de terre à cultiver, plus rien.

Un «paradis» micronésien devenu une déchetterie à ciel ouvert: la descente aux enfers de Nauru

Plus d'électricité, plus de travail, la population jadis trop riche survit aujourd'hui misérablement dans cette république qui est devenue l'une des plus pauvres du Pacifique...

Malade, obèse, diabétique, ruinée, désoccupée, désenchantée, ayant perdu ses racines et son identité, la population de Nauru n'a plus aucun espoir dans cette terre qu'elle a surexploitée. La barrière de corail est dévastée. L'île n'est plus qu'une vaste carrière trop exploitée, transformée en décharge accueillant les vestiges d'un temps où la surconsommation régnait sans égal sur Nauru.

Voila à quoi ressemble aujourd'hui le centre de l'île de Nauru: une déchetterie à ciel ouvert. La terre a été «grattée jusqu'à l' os » pour en extraire tout le phosphate: plus rien ne peut y pousser.

L'histoire des 40 dernières années de cette île est tellement dramatique, tellement caricaturale, que l'on pourrait penser qu'il s'agit d'une fiction: les habitants de l'île ont surexploité leur terre au point qu'ils n'ont plus d'autre solution que d'aller investir une autre terre, à l'image des films de science-fiction comme Avatar ... Et pourtant, cette descente aux enfers, si courte, si dramatique, si rapide... est bien réelle. Prévisible? Peut-être. Peut-on en tirer des leçons? On peut l'espérer: c'est là tout l'enjeu de notre avenir proche.

Pour aller plus loin: Nauru, l'île dévastée , Luc Folliet. Editions La Découverte, 2010.

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