Frankenstein: origines et interprétation du mythe

Si Mary Shelley est l'auteur de Frankenstein ou le Prométhée moderne, elle a également lancé un mythe qui fascine aujourd'hui encore lecteurs et artistes
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Lorsque Mary Shelley, jeune fille anglaise tout juste enlevée par le poète Percy Bysshe Shelly, élabore la trame de son premier roman au début du XIXe siècle, elle crée également un mythe qu'aujourd'hui encore, auteurs, philosophes, réalisateurs et artistes de toutes disciplines étudient. Retour sur les origines de Frankenstein.

D'où vient Frankenstein? Les sources à l'origine du roman de Mary Shelley

Née en 1897, Mary Godwin Wollestonecraft baigne dès son plus jeune âge dans un univers intellectuel propice à la création: sa mère, Mary Wollstonecraft, est considérée comme la première féministe anglaise. Son père quant à lui, William Godwin, est philosophe, romancier, mais aussi un penseur précurseur de l'anarchisme. En pleine période du roman noir et de l'esprit gothique, Mary va s'enfuir à l'âge de 16 ans en 1812 avec le grand poète anglais Percy Shelley, provoquant un scandale à double tranchant puisqu'elle n'a que 16 ans d'une part, et que Shelley est déjà marié, d'autre part : sa première épouse se suicidera en 1816.

Le mythe de Frankenstein est né en cette même année 1816, en Suisse, où Mary résidait avec Shelley, et quelques amis du poète dont Lord Byron. S'adonnant à la lecture des romans noirs et terrifiants qui connaissaient leur âge d'or à l'époque (pensons aux Mystères d'Udolphe d'Ann Radcliffe, aux Elixirs du Diable d'E.T.A. Hoffmann parus en 1815-1816 ou encore au Moine de Lewis, entre autres), le petit cercle d'amis se lance un défi: écrire une histoire terrifiante avec des revenants. Mary va se lancer immédiatement dans la rédaction de ce qui deviendra Frankenstein ou le Prométhée moderne .

Les thématiques de Frankenstein: qui est le monstre? Aux sources du roman noir

Menez votre petite enquête et vous constaterez que les résultats sont stupéfiants : si vous prononcez le nom de "Frankenstein", il est fort probable que vos interlocuteurs vous parleront du "monstre", reconstitué de morceaux de cadavres, et animé par le "génie" du professeur, et ils évoqueront bien souvent la figure cinématographique de Boris Karloff.

Et pourtant... le "monstre" reste sans nom dans l'oeuvre de Mary Shelley, car Frankenstein, c'est son créateur, le savant qui n'a de cesse de recréer la vie. Qui est le monstre? Le créateur, ou sa créature? C'est bien là toute la finesse du roman de Mary Shelley. Dans le monstre comme dans son créateur résonne la même question: celle de la condition humaine tragique, trop tragique, celle d'une figure de l'homme "révolté" et du "premier homme" qui peuvent évoquer au lecteur contemporain les thématiques de l'oeuvre de Camus.

Le créateur et son double monstrueux nous montrent bien l'horreur du thème du double dans le roman de Mary Shelley. Si le savant Frankenstein crée une "créature" à son image, celle-ci reflète bien la révolte, le désespoir, la tristesse, la solitude et finalement, les limites qui lui sont propres.

Les interprétations du mythe de Frankenstein au cinéma et dans la littérature contemporaine

Le cinéma s'est bien vite emparé de l'histoire de Frankenstein et de sa créature tragique. Ainsi, en 1931, James Whale réalisa le mythique Frankenstein avec Boris Karloff dans le rôle de la créature, et Colin Clive dans celui du Professeur Frankenstein. La créature, faute de nom prenait les traits cicatrisés et terrifiants de Karloff. Déjà, la créature s'était appropriée du nom de son créateur car l'on ne retient que la prestation de Karloff qui devint dès lors "Frankenstein".

La créature est également prométhéenne dans cette première grande réalisation au cinéma (un tout premier Frankenstein avait été tourné en 1910) puisque Karloff incarne une créature qui désire égaler son double-créateur, le Professeur Frankenstein. Horreur et pitié sont les thèmes de la "suite" cinématographique tournée par Whale en 1936 avec la Fiancée de Frankenstein .

La simple visualisation de la chronologie filmographique de Frankenstein est saisissante : de 1910 à aujourd'hui, le thème de Frankenstein n'a jamais cessé d'être exploré. Mythe tragique de la condition humaine, Frankenstein inspire également le monde littéraire comme en témoigne un roman récent de Peter Ackroyd. Il faut croire que le tragique de la condition humaine est encore et toujours à explorer sous toutes les formes artistiques possibles...

Fruit d'un concours d'inspiration entre écrivains de génie, le mythe de Frankenstein, indissociable double de la créature et de son créateur, exploration tragique de la condition humaine, a sans doute encore de "beaux" jours devant lui...

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