Cantona appelle à retirer son argent des banques le 7 décembre

Barbe façon Che et pullover rouge, Eric Cantona choisit de descendre sur le terrain politique pour bousculer les codes. Cramponnez-vous à votre carte bleue.
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On le savait attaquant de génie, peintre du dimanche, photographe, acteur de cinéma et homme de spectacle, on le découvre aujourd'hui défenseur des pauvres et révolutionnaire en chambre forte ! "Canto" dit "The King Cantona" ou encore "Eric The Red" vient de prendre à nouveau ses admirateurs et détracteurs à contre-pied.

Lors d'une interview réalisée en octobre dernier et publiée sur le site du journal nantais Presse Océan , il a déclaré que le seul moyen de faire s'écrouler le système actuel, qui repose sur les banques, n'est pas de descendre dans la rue, puisque manifester ne sert à rien, mais de retirer l'intégralité de son argent de ses comptes bancaires.

La révolution pacifique passe par 20 millions de personnes qui vident leur compte

"Pas d'armes, pas de sang, une révolution à la Spaggiari !", explique le nouveau chantre de la "révolution pacifique" devant la caméra, en faisant référence au célèbre chef du gang des égoutiers de Nice. Ce dernier avait poussé l'ironie jusqu'à signer son casse sur le mur de la salle des coffres de la Société Générale en laissant une inscription moqueuse : "Sans haine ni violence".

Eric Cantona mesurait-il vraiment la portée de ses affirmations ? Toujours est-il que la vidéo sous-titrée en une vingtaine de langues fait le tour de la blogosphère. Certains n'ont pas hésité à prendre l'ancien footballeur au mot et l'idée de tacler le grand capital au ras des pâquerettes s'est mise à faire des émules.

Ainsi, la scénariste belge Géraldine Feuillien et l'acteur français Yann Sarfati ont-ils décidé de reprendre de volée la suggestion de l'ancien attaquant international, en appelant à une mobilisation générale tous les détenteurs de comptes en banque. Date fixée sur le blog intitulé bankrun 2010 , le 7 décembre 2010. Déjà plus de 30 000 personnes se disent prêtes à participer sur la page de l'évènement facebook , 25 000 sont indécises et 400 000 attendent pour se prononcer.

Un appel à retirer tout l'argent de ses comptes bancaires le 7 décembre

Ce qui semblait à l'origine une réflexion improvisée devant un public de fans est en train de se transformer en action de haut vol... avec préméditation contre le monde bancaire ! Au point d'inquiéter la fédération belge du secteur financier -Febelfin- qui a déclaré par la voix de son administrateur : "cette action peut déstabiliser notre fragile système financier". Et de provoquer l'irritation de la ministre Christine Lagarde , montée en personne au créneau pour défendre la citadelle bancaire.

Eric Cantona qui semble avoir été inspiré par le krach boursier de Wall-street en 1929 a-t-il vraiment conscience que la panique bancaire du jeudi le plus noir de l'Histoire fut suivie d'une décennie de crise économique profonde et de misère sociale qui préparèrent le terrain de la Seconde Guerre mondiale ?

Toujours est-il que le buzz continue de se répandre sur la toile et de déclencher des réactions qui vont de la franche rigolade à l'adhésion inconditionnelle, selon les arguments avancés dans chaque camp.

Une action citoyenne, réaliste et responsable pour les uns

  • Le système bancaire tout entier repose sur la confiance des titulaires de comptes. Retirer son argent, c'est en quelque sorte retirer sa confiance au banques, qui ont elles-mêmes trahi la confiance des épargnants avec leurs actions toxiques et forcé les états à les renflouer avec l'argent des contribuables.
  • Aujourd'hui, avec la puissance d'internet et des réseaux sociaux, il est possible d'imaginer qu'une mobilisation de grande ampleur puisse provoquer une paralysie générale du système, avec des répercussions immédiates sur les places financières.
  • Les banques sont incapables techniquement de satisfaire sur le champ des millions de titulaires de comptes désirant retirer d'un coup des centaines de milliers d'euros.
  • Une telle action serait de nature à remettre en question un système qui a montré ses limites, en obligeant les gouvernants à redéfinir le rôle des banques, depuis que les états européens n'ont plus le droit de créer leur propre monnaie.
  • C'est l'occasion pour chacun de découvrir une autre forme d'action que le vote ou la grève pour se faire entendre, en reprenant possession de son argent.
  • C'est aussi un moyen de mettre la pression sur son banquier pour renégocier le taux préférentiel de son prêt immobilier.

Une idée irréfléchie, Irréaliste et inconsciente pour les autres

  • Les banques ne sont en mesure de délivrer que 5 à 10% de l'argent en circulation, la plus grande partie étant virtuelle et représentée par des écritures. L'impact sur les flux d'argent sera donc limité, à moins que de nombreux titulaires de gros comptes ne jouent le jeu.
  • Un retrait massif d'argent pourrait inciter les banques à exiger le remboursement immédiat des crédits contractés auprès d'elles.
  • Les gens qui n'ont pas d'économies sont nombreux mais inoffensifs, une grande partie de la population ayant des crédits auprès des banques et ne disposant d'aucune liberté de manœuvre, sous peine de conséquences financières très lourdes.
  • Comment feraient les gens pour garder autant d'argent chez eux, sans devenir la cible des agressions et des cambriolages ?
  • Les banques ne servent pas seulement à conserver l'argent mais aussi à conserver la valeur de la monnaie à l'abri de la spéculation (en théorie). Qu'adviendrait-il d'un euro déjà menacé par la crise en cas de retrait en masse de liquidités ?
  • Si le système s'effondre, la valeur de la monnaie aussi, ruinant du même coup tous les épargnants. A quoi sert de faire s'écrouler un système financier sur lequel repose nos économies ?
  • L'évolution de la crise actuelle prenant plutôt la forme d'un L que d'un U, la peur de l'inconnu et la complexité des conditions de retrait opposées par les banques découragera vite les gens d'agir.

Proposition visionnaire ou utopiste : pourquoi se mobiliser le 7 décembre 2010 ?

Une telle action peut servir à mettre en évidence le rôle fondamental de chaque citoyen dans la stabilité du système actuel. Mais quelle est l'utilité d'un moyen de pression susceptible de faire trembler les banques sans offrir d'autre alternative que... changer de banque ? Une alternative de transfert de liquidités vers une banque "citoyenne" et publique, contrôlée par les titulaires de comptes eux-mêmes n'est pas encore à l'ordre du jour.

Alors, faut-il voir seulement dans cette idée un moyen percutant d'attirer l'attention sur le processus de création monétaire en vigueur depuis l'avènement de l'euro ? Et pourquoi pas d'alerter l'opinion des répercussions à prévoir dans les années à venir sur l'indépendance des Etats lourdement endettés face aux banques privées ? Ou encore d'attirer l'attention sur le concept de" l'argent dette" qui veut que l'argent soit désormais créé au moment où il est emprunté ?

Coup de tête ou coup de pub, Eric Cantona qui semble avoir été dépassé une fois de plus par sa pensée ne compte pas faire marche arrière. Sans donner plus d'explication sur le choix de la date du 7 décembre, le plus célèbre n°7 de Manchester United a déclaré au Journal Libération qu'il participerait à l'action en allant retirer lui-même tout son argent ce jour-là.

Seule inconnue, nul ne sait pour l'instant si Canto effectuera son retrait virtuellement, sous forme d'écriture comptable et de transfert vers des paradis fiscaux, ou en cash avec un fourgon blindé.

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