Annick Cojean : le viol était le passe-temps favori de Kadhafi

Les Proies, le livre d'Annick Cojean, traduit en arabe et bientôt en Libye, risque d'y faire grand bruit dans un pays où le viol reste un tabou
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En Libye, comme dans beaucoup de cultures méditerranéennes, on ne parle en effet jamais de viol considéré pour les victimes et pour la famille proche comme une honte sans nom du fait que les éléments males de la famille de la femme violée (mari, frères, père) sont alors considérés comme des ersatz d’hommes ne pouvant protéger l’honneur de leurs femmes s’ils ne lavent pas cet affront dans le sang et la violence.

Un livre détonnant sur la vie sexuelle de Kadhafi

Dans Les Proies , Annick Cojean nous livre, suite à une longue enquête menée à Tripoli, l’un des derniers secrets de l’ancien dictateur libyen en racontant sa vie sexuelle perverse et les affronts qu’il faisait subir à ses proies (esclaves sexuelles qui se comptent par centaines) dans un univers malsain, entre système d’esclavagisme et dictature où corruption côtoyait terreur, viols, crimes et actes contre-nature, le tout noyé dans d’innombrables complicités tues et intéressées.

On s’en rappelle, l’auteure avait déjà publié en novembre 2011 dans le quotidien français Le Monde, l’histoire de cette jeune fille de quinze ans remarquée par Kadhafi dans son lycée et qu’il avait choisie comme esclave sexuelle à vie pour mieux la battre, la violer et l’obliger à consommer avec lui drogues dures et alcool… Juste avant la Révolution, elle avait eu la chance de pouvoir s’échapper.

Qui est Annick Cojean ?

Bretonne de Brest et âgée de 55 ans, Annick Cojean est grand reporter au Quotidien Le Monde . Son talent de reporter a été récompensé lorsqu’elle recevait le prix du Journalisme Albert-Londres.

Elle est également l’auteure de plusieurs ouvrages (récits et biographies). Elle est devenue personnage public en France en écrivant des articles très lus sur Lady Diana et Isabelle Adjani.

Kadhafi sous drogues constantes et soumis à ses pulsions.

On apprend dans Les Proies que les pulsions du Guide se répétant plusieurs fois dans la journée, tout était bon pour lui, de la femme de l’un de ses ministres à une lycéenne en passant par les femmes de sa garde privée qu’il prenait toujours vierges à leur embauche par peur du sida.

« Il ne pensait sérieusement qu’à ça. Il gouvernait, humiliait, asservissait et sanctionnait par le sexe » confie l’un des anciens proches collaborateurs du guide. En fait, Mouammar Kadhafi régentait et asservissait son entourage proche et son administration pour laisser libre cours à ses pulsions sur ses victimes quotidiennes, femmes ou hommes d’ailleurs, ceci un minimum de quatre fois par jour selon Annick Cojean.

Avec beaucoup de témoignages, Annick Cojean veut nous faire comprendre que le guide n’était qu’en fait qu’un malade sexuel et un violeur en série d’une rare violence.

L’histoire de Soraya recueillie par Annick Cojean en octobre 2011

Née en 1989, la petite Soraya n’avait que quinze ans lorsque Kadhafi se trouve malheureusement sur son chemin : il la rencontre à Syrte et son destin sera scellé à la seconde où les yeux du Guide rencontrent les siens.

Trois femmes viennent la prendre dans le salon de coiffure maternel et trois jours plus tard, Soraya est violée et enfermée dans les sous-sols du palais présidentiel. Elles sont toujours une vingtaine à rester là, aux bons ordres de leur maître violent et sans éducation, soumis à la cocaïne, au whisky et sous viagra.

Son harem se renouvelait sans cesse grâce aux recrutements qu’organisaient les sbires du dictateur dans les lycées, les facultés, les salons de beauté… Sa garde féminine, composée de ses Amazones , n’était selon l’auteure, qu’un décorum et sans doute, une autre source de plaisir… Son véritable corps de sécurité, beaucoup moins exposé que les fameuses Amazones, se tenait dans les coulisses et n’était composé que d’hommes de sa ville natale, Syrte.

Même les femmes de diplomates étrangers devaient céder

Les choix des proies sexuelles de Kadhafi ne se limitaient pas aux filles que ses sbires lui rapportaient. Filles de généraux, ministres et leurs femmes, stars, épouses de diplomates, journalistes étrangères – on se rappelle de la tentative de viol sur la journaliste française, Memouna Hintermann -, tout lui était bon selon Annick Cojean.

Si le dictateur ne pouvait obtenir ce qu’il voulait en offrant une valise bourrée de dollars, il prenait par force. Mohamed Al Alagi, actuel Président du Conseil Suprême des Libertés Politiques, précise que le viol constituait pour Kadhafi une « arme politique ». Aussi, une revanche jouissive pour ce fils de bédouin qui prenait un plaisir à humilier et à faire plier son entourage et ses proies sexuelles ! (Voir article SlateAfrique )

Si un mari osait se plaindre du fait que son épouse avait été « visitée » par le maître suprême, la mort l’attendait au coin de la rue comme le prouve une vidéo d’avertissement que les gardes de Kadhafi faisaient circuler et montrant un homme écartelé entre deux voitures parce qu’il avait osé crier en entendant que sa femme avait été violée par Kadhafi.

Des propos exagérés de la part d’Annick Cojean ?

On pourrait le croire, pourtant l’auteure a pu rencontrer Mansour Daw, le chef de la sécurité et cousin du guide actuellement en prison. Il reconnaît avoir marié son fils dans la plus grande discrétion pour éviter que des photos des invitées ne circulent sous les yeux de l’entourage ou de Kadhafi lui-même.

En tous les cas de figure, ce sont bien des centaines de boîtes de viagra qui furent retrouvées dans les caches de Kadhafi à Misrata, Zouara ou Benghazi…

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