Boris Boillon, l'ambassadeur qui manque de diplomatie à Tunis

Entrée ratée du nouvel ambassadeur de France en Tunisie qui critique, en un seul déjeuner, deux journalistes tunisiennes.
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A peine en poste, le nouvel ambassadeur de France en Tunisie, Boris Boillon , s’est fait remarquer en vilipendant deux journalistes tunisiennes, dont une travaillait pour la radio privée Mosaique.fm, lors d’un déjeuner à sa résidence, à la Marsa, près de Tunis.

Les faits

Le site kapitalis.tn reprend in extenso le déroulement de la première crise de nerfs de l’ambassadeur. A une journaliste qui lui posait une question sur l’affaire Alliot-Marie, il répond : « Franchement, vous croyez que je suis de ce niveau là ! N’essayez pas de me faire tomber dans des petits trucs débiles ! Vous croyez que je suis dans la petite phrase ! Je suis là pour exposer une philosophie. Vous croyez que moi, ambassadeur de France en Tunisie, je vais répondre à cette question. Madame Alliot-Marie, c’est ma ministre, elle a dit ce qu’elle avait à dire, et je n’ai rien à dire de plus que ça ! »

A la fin du repas, à une autre journaliste qui s’interrogeait sur son jeune âge et l'incidence éventuelle sur sa crédibilité, Boris Boillon répondit avec véhémence en s’éloignant : « Laissez-moi débuter ma mission. Je suis un ambassadeur. Respectez-moi. Stop, c’est fini… C’est lamentable ! »

Voir la vidéo de l’incident.

Une haine sans précédent contre le nouvel ambassadeur

Bien évidemment, le terme « débile » a été repris dans la journée par de nombreux organes de presse tunisiens, et sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, plus de dix groupes « Dégage, Boris Boillon » se sont constitués et comptent déjà plus de 10 000 membres.

Une manifestation a eu lieu aujourd’hui 19 février devant l’ambassade de France à Tunis. Plus de 7000 personnes avaient déjà confirmé leur participation à cet évènement intitulé sur Facebook " Tous contre Boris Boillon, nomination humiliante pour la Tunisie". Lors du rassemblement, on pouvait lire sur des banderoles des slogans reprochant à l'ambassadeur d’« occuper un poste diplomatique alors qu’il n’était pas diplomate ».

L’ambassadeur de France, il faut quand même le noter, a déjà présenté ses excuses à la jeune journaliste de Mosaique.fm pour la teneur de ses propos et pour « avoir été un peu dur avec elle ». Il exprimait également ses regrets via twitter, « Désolé si j’ai pu offenser ! », ce qui n’a pas manqué d’agacer encore plus les Tunisiens qui auraient préféré des excuses plus formelles.

La presse tunisienne ne s’est pas gênée pour faire remarquer tous azimuts que le nouvel ambassadeur de France avait été imposé unilatéralement par l’Elysée, sans que le gouvernement de transition tunisien n'ait pu donner son avis sur sa nomination.

Boris Boillon avait promis, un peu plus tôt au cours du déjeuner, qu’il allait ouvrir une nouvelle page, et adopter un nouveau style et une nouvelle démarche en sa qualité d'ambassadeur. « Pour le style comme pour la démarche, les Tunisiens, qui n’ont pas encore digéré les ratés de la diplomatie française concernant leur pays, sont servis » concluait Ridha Kéfi, journaliste à kapitalis.com.

Les facebookeurs tunisiens eux, beaucoup moins diplomates, parlent déjà de comportements néo-colonialistes.

Des relations franco-tunisiennes de plus en plus difficiles

Les ratés du nouvel ambassadeur français en Tunisie dégraderont sans doute encore davantage les relations franco-tunisiennes déjà fragilisées par l’attitude et les paroles de Michèle Alliot-Marie . Le peuple tunisien n’oublie pas que la ministre des Affaires étrangères avait proposé au début du mois de janvier une aide armée au président déchu Ben Ali pour mieux combattre les manifestations révolutionnaires.

En France, l’opposition, en la personne de Harlem Désir , demande déjà le remplacement de Boris Boillon et déplore que « ce proche de Sarkozy ait préféré la diplomatie de l’arrogance à la diplomatie du respect ».

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