Kadhafi assis sur un coussin moelleux de 130 milliards de dollars

Kadhafi a les moyens financiers de continuer sa guerre en Libye. Il dispose de plus de 100 milliards de dollars provenant du marché noir du pétrole.

La fortune du clan Ben Ali, le dictateur tunisien déchu, fait office d’argent de poche comparée à celle du clan de son homologue libyen. En effet, selon le Centre d’études et de recherches sur le monde arabe à Genève ( CERMAM ), la fortune du clan Kadhafi s’élèverait actuellement à plus de 130 milliards de dollars qui proviendraient de ses ventes de pétrole sur le marché noir.

Avant les différents gels activés par les pays occidentaux, les avoirs du clan Kadhafi devaient dépasser les 300 milliards de dollars. (Source non confirmée reprise par Figaro.fr )

Fortune gelée et avoirs disponibles

Environ 200 milliards de dollars (chiffre non confirmé repris sur le site Figaro.fr par Guillaume Guichard) ont été gelés par les Etats occidentaux sur la fortune des Kadhafi, sur le Fonds Souverain national et sur les fonds de la Banque centrale libyenne.

Gordon L. Clark , spécialiste des fonds d’investissement souverains, souligne pour Le Figaro.fr, qu’il existe peu de chance pour Kadhafi que le reste de ses avoirs, non encore gelés, revienne en Libye. Il déclare : « Vu la pression politique exercée par les Occidentaux, il est peu probable que les pays arabes, par exemple, rendent à Kadhafi ce qu'il aurait placé chez eux".

Malgré l’énormité de ces gels, Kadhafi a encore de quoi venir. Telle la fourmi, il avait pris soin d’amasser beaucoup d’or, estimé à 143,8 tonnes de lingots selon le Fonds monétaire international ( FMI ), soit environ 6,5 milliards de dollars. Le montant de ses réserves classe la Libye au 24e rang mondial des pays détenteurs d’or, toujours selon le FMI.

Avant d’avoir à piocher dans son or, Kadhafi dispose de liquidités à hauteur de 130 milliards de dollars.

Comment a-t-il pu amasser autant d’argent ?

Selon ce que Hasni Abidi, directeur du CERMAM , confiait au Figaro.fr, le 24 mars dernier, cet argent colossal proviendrait de l’écoulement du pétrole libyen sur le marché noir. « Ce chiffre, explique Hasni Abidi, a été calculé par des diplomates américains et figure dans les documents révélés par Wikileak . »

Ces 130 milliards de dollars ont disparu comme par enchantement des comptes de l’Etat et représentent le tiers des 450 milliards de dollars des revenus engendrés par les exportations du pétrole et du gaz depuis plus de trente ans. De combien le conolel Kadhafi dispose-t-il exactement en liquidités sur ces 130 milliards de dollars ? Personne n’a la réponse, mais certainement suffisamment pour prolonger sa guerre.

En plus de ces revenus issus du marché noir, le clan Kadhafi se sert directement dans les caisses de la Compagnie nationale du pétrole et de ses filiales gazières, avait confié un diplomate américain dans un rapport établi en 2006. Il avait également précisé que les Kadhafi détenaient « d'importants intérêts dans le pétrole, le gaz, les télécommunications, les infrastructures, les hôtels, les médias, et la distribution". (Propos repris par Le Figaro/L’Observateur )

Une fois ses liquidités dépensées, Kadhafi pourra toujours vendre son or en l’infiltrant par le sud de la Libye (fertile en aérodromes) pour le déposer dans ses banques au Niger ou au Tchad.

La Libyan Foreign Bank (lire la présentation élogieuse de la banque par Georges Vaillant, président de la Chambre de Commerce Franco-Libyenne en 2006) qui dépend de la Banque centrale libyenne , possède 80% de la Banque commerciale du Niger et 50% de la Banque commerciale du Chari, au Tchad ainsi que d’autres institutions financières qu’elle contrôle directement ou indirectement, partout en Afrique et au Moyen-Orient. ( Liste )

D’ailleurs fin février, les rebelles ont intercepté à l’aéroport de Koudra, au sud-est de la Libye, un avion kadhafiste dont les soutes renfermaient 2000 kalachnikovs et l’équivalent de 10 millions d’euros.

Autre source de finances pour Kadhafi : des revenus sur ses investissements faits en Afrique par le biais de la Libya arab african investment company ( LAAICO ) dans des hôtels de luxe ou par celui de la Libya oil holding qui distribue de l’essence dans 21 pays africains. (Voir article La Presse Tunisie ).

Mais que pourrait-on bien faire avec ces 130 milliards de dollars ?

  • C’est six fois le budget de la Libye pour l’année 2011.
  • C’est suffisant pour nourrir le monde arabe entre trois et quatre années.
  • C’est suffisant pour entretenir une guerre longue et fratricide
  • C’est le prix que vont nos coûter les catastrophes naturelles en 2010.
  • C’est presque ce que l'Algérie va accorder dans son plan quinquennal (2010/2011) pour favoriser la création de PME.

La difficulté : faire la part entre l’argent personnel et l’argent de l’Etat

Autre préoccupation du directeur du CERMAM, Hasni Abidi : faire la part entre l’argent personnel de Kadhafi et celui de l’Etat libyen. "Même les sociétés bénéficiant des placements du fonds souverain libyen mis en place par la Libyan Investment Authority (LIA) ne savent pas s'il s'agit d'investissements de la part de Tripoli ou de Kadhafi."

Selon les propos de l'un des directeurs du fonds souverain libyen (tenus à un diplomate américain et repris par Le figaro.fr), la somme à gérer pour ce fonds dépasserait les 32 milliards de dollars répartis entre plusieurs banques américaines et europénnes. Le 8 mars dernier, les avoirs de ce fonds souverain libyen ainsi que ceux appartenant à la Banque centrale libyenne étaient gelés par 27 pays européens. (source AFP relayée par 20mn.fr ).

Tim Niblock, spécialiste britannique du Moyen-Orient, explique au quotidien The Guardian « qu’il est très difficile de localiser les endroits où les Kadhafi ont caché leur immense fortune ». Il s’attend pourtant à « ce que la majorité de leurs avoirs soient concentrés dans les banques du Golfe, à Dubai et en Asie du Sud Est, plutôt que dans des pays relativement transparents comme la Grande-Bretagne où l’Etat libyen a investi dans des propriétés et des compagnies telles que Pearson Group, propriétaire du Financial Times ».

La fortune personnelle de Kadhafi reste très difficile à évaluer et tout chiffre doit être avancé avec un maximum de prudence.

Voir article sur les participations de Kadhafi dans des grands groupes européens et africains.

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