La frontière tuniso-libyenne de Ras Jedir au bord de l'asphyxie

17 000 réfugiés sont maintenant en attente de retour vers leurs pays à la frontière tuniso-libyenne de Ras Jedir. La situation est alarmante, selon le HCR.
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La situation devient de plus en plus préoccupante à la frontière tuniso-libyenne, au poste-frontière de Ras Jedir qui ne peut plus juguler l’afflux massif de réfugiés de toutes nationalités qui fuient la Libye.

Rappelons que sur les 6,5 millions de personnes qui vivent en Libye, un tiers est composé de travailleurs étrangers, en majorité Egyptiens, Tunisiens, Chinois et Indiens.

Certains pays tels que le Cameroun, le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso ou le Ghana n’ont encore rien organisé pour venir en aide à leurs ressortissants qui sont bloqués, soit en Libye, soit en Tunisie. Grave problème du fait que ces Africains sont particulièrement mal traités puisqu’ils sont souvent considérés comme des mercenaires étrangers. (Source : Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, HCR)

Depuis le début de l’exode jusqu’au lundi 28 février, 61 000 Egyptiens, 32 000 Chinois, 18 000 Turcs avaient été évacués de Libye.

Le HCR considère que la situation frôle la crise, avec le passage de plus de 75 000 réfugiés à la frontière tuniso-libyenne depuis le 20 février. On attend 15 000 personnes rien que pour la journée du mardi 1er mars.

L’aéroport international de Djerba-Zarzis est saturé

Du matin au soir, le hall de la salle d’embarquement ressemble davantage à un camp de réfugiés. Des groupes d’Egyptiens, choqués et extrêmement fatigués, attendent désespérément, à même le sol, un vol.

Entre le mercredi 23 février et le samedi 26, 23 avions ont décollé de l’aéroport international de Djerba-Zarzis à destination de l’Egypte, avec à bord plus de 6000 Egyptiens.

Les compagnies aériennes de toutes nationalités essaient d’organiser des services de plateau-repas pour nourrir toutes ces personnes dans l'enceinte de l'aéroport.

Pendant les dernières 48 heures, plus de 13000 passagers ont pu repartir de Tunisie, via 13 vols ce dimanche 27 février, et 26 vols le lundi 28. (Source: quotidien Le Temps de Tunisie).

Un responsable de l’aéroport indiquait hier que les voyageurs devaient attendre leurs avions dans leurs centres d’hébergement pour éviter le désordre. Il précisait que l’aéroport international de Djerba-Zarzis ne pouvait accueillir qu’entre 10 000 et 15 000 voyageurs par jour et gérer 100 vols. (Source: Tunisie Soir).

L’aéroport constitue maintenant un véritable pont aérien avec l’Egypte, la Chine et la Turquie.

Une aide incroyable de la part de la communauté tunisienne

Les Tunisiens se sont mobilisés pour venir en aide à ce flux de réfugiés : des dons en argent, des denrées alimentaires, des couvertures et des matelas arrivent de toute la Tunisie. Des plats cuisinés sont apportés chaque jour par des particuliers pour être servis dans les différents centres d’hébergement. Des femmes viennent spontanément pour encadrer les familles arrivées avec leurs enfants.

Organisations nationales, associations humanitaires locales, les scouts de Tunisie, les secouristes du Croissant rouge et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, ne ménagent pas leurs efforts durant de très longues heures chaque jour.

Maisons de la culture et de jeunes, dortoirs des lycées, maisons inhabitées de certains particuliers, hôtels et clubs de vacances vidés de leurs touristes à cause des récents évènements en Tunisie, ont ouvert leurs portes dans toute la région (Houmt-Souk, Midoun, El May, Guellala) pour héberger les réfugiés avant qu’ils ne soient rapatriés dans leurs pays respectifs.

Essentiellement des ressortissants égyptiens

L’exode massif des travailleurs égyptiens qui travaillaient en Libye a dépassé toutes les prévisions et créé des conditions alarmantes qui selon les équipes sur place, peuvent aboutir à une véritable crise humanitaire. Chaque jour, les ressortissants égyptiens sont de plus en plus nombreux. Les six personnes dépêchées par l’Ambassade d’Egypte à Tunis sont débordées et submergées par les attentes urgentes de leurs concitoyens.

Beaucoup de secouristes tunisiens ont demandé sur différentes chaînes de télévision arabes et européennes, présentes sur place, que les instances et les organisations internationales se mobilisent davantage pour apporter une aide plus structurée à la Tunisie en vue d’atténuer la gravité de la situation.

A l’aéroport de Djerba-Zarzis, ce lundi 28 mars, des Egyptiens excédés ont scandé des slogans pour demander la démission de leur ambassadeur et de leur ministre des Affaires étrangères, devant leur lenteur à les renvoyer en Egypte.

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