Le jeune homme de Byrsa, symbole d'une Carthage toujours vivante

"Le jeune homme de Byrsa" est actuellement l'exposition la plus courue de Tunis... Elle fait revivre un jeune homme de 2500 ans qui n'a pas pris une ride!
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Jamais à Tunis, tout au moins jusqu'aux évènements de janvier, le Musée national de Carthage, situé en plein milieu de la zone archéologique du site, n'avait connu autant d'affluence... Les Tunisiens s'y sont précipités pour découvrir "Le jeune homme de Byrsa", objet d'une étonnante exposition qui a ouvert ses portes au public le 15 octobre dernier.

Etudiants, historiens, chercheurs, scientifiques, personnalités locales, étrangers résidents ou touristes, tous en apprécient, à différents titres, l'originalité. Grâce à elle, les visiteurs tunisiens ont appris avec plaisir à quoi ressemblaient leurs ancêtres phéniciens et ont pu créer un lien avec leur histoire.

Vieux de 2500 ans, le jeune homme de Byrsa, originaire de la Carthage punique, est donc revenu en grande pompe sur le site carthaginois qui l'a vu naître, mourir... et renaître !

Comment fut découvert le squelette du jeune homme de Byrsa ?

Le squelette du jeune homme de Byrsa a été retrouvé, en parfait état de conservation, et par le plus grand des hasards, en 1994, par l'archéologue français Jean-Paul Morel, sur le site même du musée de Carthage, sur la colline de Byrsa, à quelques centaines de mètres de l'endroit où il est maintenant exposé.

Un ouvrier qui voulait planter un arbre à l'entrée du musée à la demande du conservateur avait mis sa tombe au jour. Elle était enfouie seulement à cinq mètres sous le sol.

Qui était le jeune homme de Byrsa ?

Le jeune homme de Byrsa s'appelait Arish et vivait à Carthage au VIe siècle avant J.-C. Il s'agissait d'un jeune homme sans doute bien né, comme l'atteste la qualité de sa sépulture et du matériel funéraire qui l'accompagnait dans son ultime voyage.

Au VIe siècle avant J.-C ., la puissance de Carthage s'étendait sur tout le littoral africain, de l'Atlantique jusqu'à la frontière occidentale de l'Egypte. La capitale phénicienne contrôlait également la Sardaigne, Malte, les îles Baléares et une partie de la Sicile.

Sihem Roudesli-Chebbi, anthropologue, précise qu'il s'agissait d'un jeune homme "assez robuste et d'une belle stature d'environ 1m70, présentant un crâne plutôt long, un front large, une face relativement étroite, un orifice nasal fin, des orbites hautes et une région mentonnière plutôt carrée", ce qui laisse entendre qu'il ressemblait à un Carthaginois "de type europoïde, encore appelé caucasoïde, et plutôt même hispanique".

Seize ans de travail pour arriver à un résultat incroyable

Ramené à Paris, le squelette, confié à Elisabeth Daynes , a subi de multiples opérations de dermoplastie qui ont permis de redonner au jeune homme son visage originel, ou du moins de s’en approcher. Notons qu'il aura fallu quand même plus de seize ans pour remettre notre Carthaginois sur pied!

La dermoplastie conjugue l'art et la science. Elle utilise les techniques scientifiques de la médecine légale et dresse une identification à partir de la morphologie du crâne ou de celle de la mâchoire. Après cette première étape, la mise en place des masses musculaires est réalisée. Ensuite, libre à Elisabeth Daynes de choisir la couleur des yeux et de la peau du sujet, bien entendu en toute cohérence avec l'endroit où il vivait et les tests ADN qui ont pu être pratiqués sur le squelette.

Elisabeth Daynes est une spécialiste mondialement reconnue en dermoplastie. Celle qui avait déjà donné un visage à l'homme de Néanderthal, à Lucy ou à Toutankhamon allait redonner une seconde vie à Arish.

Le jeune homme de Byrsa reste à Carthage jusqu'à fin mars 2011

La scénographie de l'exposition ménage un suspense pour repousser l'instant magique où le visiteur sera en face du jeune homme de Byrsa. La première salle est consacrée à la découverte de son sarcophage et de son squelette, ainsi qu'à celle des objets qui ont été trouvés dans sa tombe. Musique d'ambiance et jeux de lumières animent la seconde salle qui met en scène le jeune homme, vêtu d'une longue tunique en lin gansée de pourpre, chaussé de spartiates et paré de bijoux.

L'exposition de Carthage se termine à la fin du mois de mars 2011. Dès avril, le jeune homme reviendra sur la terre de ses probables ancêtres phéniciens, à Beyrouth, au Liban. Il sera la vedette du musée américain de Beyrouth, avant de commencer un périple à travers le monde, dans les plus grands musées.

Le Jeune Homme de Byrsa, au Musée National de Carthage , Colline de Byrsa, 2016 Carthage. Heures d'ouverture : de 8h30 à 17h tous les jours, du 15 octobre 2010 au 31 mars 2011. Entrée : 2 dinars tunisiens, soit un peu plus d'un euro.

Les organismes qui ont permis ce miracle : Institut Français de Coopération (IFC), Agence de Mise en Valeur et de Promotion du Patrimoine Culturel (AMVPPC), Institut National du Patrimoine (INP), Arab Tunisian Bank (ATB).

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