Les graves troubles psychiatriques de Mouammar Kadhafi

Selon un psychologue belge, le colonel Kadhafi est atteint de sérieux troubles psychiatriques et son état ne peut qu'empirer et menacer le peuple libyen.

Si l’on en croit Pascal de Sutter, auteur du livre Ces fous qui nous gouvernent (éditions Les Arènes) et professeur de psychologie à l’Université de Louvain en Belgique, le guide suprême Kadhafi souffrirait de plusieurs troubles psychiatriques graves, à l’instar de plusieurs autres dictateurs maintenant morts ou écartés du pouvoir. En fait, il serait à l’heure actuelle, sur notre planète, l’unique chef d’état réellement aliéné.

Dans une interview qu’il a accordé au journaliste Quentin Girard de Libération , Pascal de Sutter parle de paranoïa , de mégalomanie et de schizophrénie qui se traduisent par des comportements qui pouvaient amuser dans un passé proche, mais qui effraient à l’heure des troubles libyens.

Le psychologue le compare à Sadam Hussein qui comme lui, a « pris et gardé le pouvoir par la force », et avait des problèmes de santé mentale » et un « énorme charisme », et à Kim-Il-Sung (Corée du Nord) pour son « côté farfelu ».

Le profil psychiatrique de Kadhafi

Lord Acton, un homme d’Etat britannique, disait : « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument ». Les psychiatres croisent sans aucun doute beaucoup de Kadhafi dans leurs hôpitaux psychiatriques, mais ceux-ci ne dirigent pas un Etat fortement armé.

Pour Pascal de Sutter, Kadhafi, comme bon nombre de dictateurs, possède les trois ingrédients qui l’ont amené à la place qu’il occupe actuellement : du charisme pour séduire son peuple, un manque de scrupules et une absence d’altruisme.

« Quand on est dictateur, on devient presque un demi-dieu, on peut tout se permettre, c'est très déstabilisant. A force d'avoir des gens qui expliquaient à Kadhafi qu'il faisait tout bien, il a fini par le croire », explique Pascal de Sutter.

Jerrold Post, directeur du programme de psychologie politique à l’Université George Washington, a étudié pendant 21 ans les profils psychologiques de grands dirigeants pour le compte de la CIA. En mai 2010, il était plus tempéré sur l’état de folie de Mouammar Kadhafi : « Je m’intéresse à lui depuis des années et je le trouve assez fascinant. Il n’est certainement pas fou. Mais il y a deux circonstances dans lesquelles il n’est pas complètement rationnel. L’une est lorsqu’il rencontre un succès et l’autre lorsqu’il est en situation d’échec. Quand il réussit, il peut vraiment devenir provocant et grandiloquent. Quand il échoue, ce qui veut généralement dire quand il est hors des feux de la rampe, il a une propension à créer des crises. » (Source Le Temps , Suisse).

Lorsque Kadhafi déclare aux télévisions étrangères que « son peuple l’adore et se sacrifierait pour lui », alors qu’une partie de ses concitoyens se soulève contre lui, il affiche son délire paranoïaque et prouve la perte de tout contact avec la réalité. Il a la conviction profonde d’être irremplaçable.

Son peuple l’aime, c’est une évidence pour lui, et il doit donc invoquer l’excuse d’interventions étrangères qui viennent semer le trouble dans son pays. « Ce ne sont pas que des mots. Il est inconcevable pour lui que les Libyens ne puissent pas l’aimer. Donc, si quelqu’un s’y oppose, c’est forcément à cause d’une force étrangère», commente Pascal de Sutter.

Jerrold Post rajoute : « Les défections autour de lui ne font qu’accentuer sa paranoïa. Il voit partout de la manipulation. Celle des Etats-Unis, celle de Ben Laden. Il ne peut pas accepter la vérité de la révolte libyenne».

Un état qui va s’aggraver

Justement, en ces périodes troubles où son autorité vient d’être remise en jeu, Kadhafi connaît un stress important ayant pour conséquence d’aggraver son délire et ses troubles psychiatriques pouvant amener à des décisions insensées et destructrices, estime Pascale de Sutter. «Il va probablement développer une crise de paranoïa en s’imaginant qu’on lui veut du mal ».

« On peut lui donner des médicaments pour le rendre moins excessif, pour stabiliser son état. Mais il n’y a pas une grande motivation de changement chez le patient. Pour le psychopathe, ce sont les autres qui ont tort, pas lui », conclut Pascal de Sutter.

Pour lui, après lui, rien ne peut exister si ce n’est le chaos. Kadhafi est la Libye et la Libye est Kadhafi comme l’expliquait Jerrold Post en mai 2010. « Lorsque son fils a été arrêté (ndlr : à Genève en juillet 2008), il l’a vécu comme une attaque profonde sur la dignité de la Libye et la sienne propre. Il ne fait vraiment pas différence entre lui-même et la Libye. Cela fait penser à Saddam Hussein qui était l’Irak et l’Irak qui était Sadam Hussein. »

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