MAM et Boillon, personae non gratae en Tunisie

Les bévues de MAM rajoutées aux maladresses de Boris Boillon ont fragilisé les relations diplomatiques entre la France et la Tunisie.

Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères, et l'ambassadeur à Tunis, Boris Boillon, ne sont pas les personnalités politiques françaises préférées des Tunisiens.

Les bévues répétées de MAM, rajoutées aux maladresses de Boris Boillon qui qualifiait de "stupides" les propos tenus par une journaliste tunisienne, leur ont définitivement donné le statut de « persona non grata » en Tunisie.

La longue liste des bévues de Michèle Alliot-Marie

Lorsque MAM a décidé de passer ses vacances en Tunisie et de profiter des largesses d’Aziz Milad, proche de Ben Ali, qui a mis à sa disposition son jet privé par deux fois, elle ne réalisait sûrement pas la portée de ses choix. Elle l'a d'ailleurs confirmé à David Pujadas sur France 2, le 2 février dernier : « Honnêtement, je n’ai pas pensé que ça pouvait poser le moindre problème. Je n’ai pas pensé à mal ».

Pourtant, ce geste a été jugé déplacé et « indécent » par l’opposition française et plus discrètement par quelques membres de son parti, alors que Mohamed Bouazizi luttait contre la mort depuis sa tentative d’immolation du 17 décembre. Il est décédé le 2 janvier 2011.

Le 12 janvier, elle avait proposé dans le cadre solennel de l’Assemblée nationale une aide sécuritaire à Ben Ali pour mieux combattre les manifestants qui réclamaient son départ. (Voir la vidéo )

Le 13 janvier, soit la veille du départ forcé de Ben Ali, la douane française bloquait une cargaison de matériel sécuritaire composée de grenades lacrymogènes à destination de Tunis, livraison officiellement suspendue le 18 janvier. (Source AFP relayée par 2424.actu ). Le ministère des Affaires étrangères a été impliqué dans cette nouvelle affaire tout comme les ministères de la Défense et de l’Intérieur.

Le 15 février, Médiapart avait encore rajouté une épine dans le pied de la ministre des Affaires étrangères : alors que MAM avait déclaré qu’elle ne s’était rendue en Tunisie que « pour y passer des vacances » et « qu’elle n’avait eu aucun contact privilégié avec Ben Ali », le site confirme qu’elle a pourtant eu un entretien avec Ben Ali, information d’ailleurs confirmée par le cabinet de la ministre. (Source Médiapart via 20minutes.fr )

Le 16 février, le Canard Enchaîné avait titré : « Pendant les émeutes, le clan MAM était en affaires avec le clan Ben Ali », développant dans son article que les parents de MAM ont profité de leur séjour en Tunisie pour racheter une SCI appartenant à Aziz Milad, le propriétaire du jet privé, pour une valeur dépassant les 350 000 euros. Les parents de MAM possédaient déjà 17% de la société immobilière. (Source Canard Enchaîné via politis.fr )

Le 21 février, l’hebdomadaire tunisien Tunis Hebdo avait dévoilé qu'une réunion sécuritaire, « alors que le sang des Tunisiens coulait pour la liberté », s’était déroulée le 27 décembre dans le salon d’honneur de l’hôtel de Tabarka (propriété d’Aziz Milad) entre MAM, le général Ali Sériati et Rafik Hadj Kacem, actuellement derrière les barreaux. Information immédiatement démentie par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères à Paris, malgré la foule de détails précis que fournit l’hebdomadaire Tunis Hebdo.

Le 24 février, le journal Libération avait révélé que Patrick Ollier, le compagnon de MAM, « était l’ami très personnel du régime libyen » et « servait d’intermédiaire pour les ventes d’armes entre la France et la Libye ». Ollier avait occupé la présidence du Groupe France Libye avant de rejoindre le gouvernement Sarkozy en qualité de ministre chargé des relations avec le Parlement.

Boris Boillon, ambassadeur de France à Tunis, en rajoute encore

« Tel maître, tel valet », répètent de nombreux facebookeurs tunisiens hostiles à MAM et à Boris Boillon.

Le nouvel ambassadeur de France a initié très maladroitement sa mission de renouer le dialogue entre les deux pays. Déjà, la presse tunisienne avait reproché à la France d’avoir imposé son ambassadeur unilatéralement, sans recevoir à priori l’aval du gouvernement transitoire.

Le 16 février, lors d’un déjeuner de presse à sa résidence à La Marsa, près de Tunis, il avait qualifié de « stupides » les questions posées par une journaliste de Mosaique.fm, radio privée tunisienne. Puis il avait quitté précipitamment la table en repoussant le micro d’une autre journaliste qui lui demandait si son âge ne pouvait pas mettre en péril sa crédibilité d’ambassadeur de France.

Le 19 février, il avait dû faire ses excuses sur la chaîne nationale de la télévision tunisienne. Le même jour, 500 manifestants s’étaient rassemblés devant l’ambassade de France à Tunis pour exiger son départ. On avait pu lire sur leurs pancartes : « Petit Sarko, la Tunisie n’est plus votre colonie, dégage ! » ou « Dégage de notre pays, tu n’es pas bienvenu ! ».

La parution sur internet de sa photo le montrant en maillot de bains (Site Copains d’Avant) n'avait rien rajouté à sa crédibilité. (Voir photo , crédit Médiapart).

A la mi-février, Post.fr avait ressorti une vidéo montrant le nouvel ambassadeur de France à Tunis en train de défendre Mouammar Kadhafi lors d’un Grand Journal diffusé sur Canal+ en novembre 2010. On y apprenait que Kadhafi le traite familièrement de « fils ». « Kadhafi a été un terroriste. Il ne l'est plus, il a fait son autocritique (...) On a tous droit au rachat», commentait Boillon. Ses propos avaient provoqué de vives réactions de la part des chroniqueurs.

Une délégation française sans MAM et avec un Boris Boillon silencieux

Le 21 février, soit la veille du départ d’une délégation française à Tunis, le ministère des Affaires étrangères avait organisé un point presse pour informer qu’« à la demande du président de la République et du Premier ministre, la France sera représentée par la ministre de l'Economie, Christine Lagarde et son collègue des Affaires européennes, Laurent Wauquiez ». L’excuse d’un déplacement au Brésil, prévu de longue date, avait été invoquée pour expliquer l’absence de MAM.

Le 22 février, la délégation française menée par les deux ministres était arrivée à Tunis pour regagner la confiance des Tunisiens et pour tenter de renforcer les relations diplomatiques fragilisées par Michèle Alliot-Marie et Boris Boillon. Leur message était clair : la France veut « renouveler le soutien à la transition démocratique » et appuyer « le peuple tunisien à concrétiser ses aspirations et construire une Tunisie démocratique et prospère ».

La gentillesse et l’humilité des deux ministres français ont été saluées par la presse tunisienne, ainsi que leur volonté de faire oublier les erreurs de Michèle Alliot-Marie et de Boris Boillon. Tunisieactualité.com commentait : « Avec une humilité affichée et s’efforçant manifestement à faire oublier les bévues de Michèle Alliot-Marie et du nouvel ambassadeur, Boris Boillon, les deux ministres français sont venus assurer à la Tunisie du soutien et de l’appui de la France dans un esprit d’écoute et sans aucune ingérence évoquant la nécessité d’un plan Marshall pour la Tunisie. »

Le 23 février, sur Canal+ , Laurent Wauquiez déclarait que MAM « était toujours bienvenue en Tunisie » et qu’« elle y serait évidemment attendue (…) Elle incarne la voix de la diplomatie française à l’étranger».

Des propos unilatéraux, pas forcément partagés par Tunis.

Le ministre des Affaires eropéennes a également défendu Boris Boillon : "Sur ses premiers pas, oui, il a fait des erreurs, il s'en est expliqué, il a fait ses excuses, on tourne la page maintenant. Laissez-lui le temps, c'est un très bon diplomate. On en reparle dans trois mois et vous verrez qu'il y aura déjà du chemin qui aura été parcouru."

Michèle Alliot-Marie et Boris Boillon déclarés « persona non grata » par la communauté tunisienne de Facebook

Au contraire de ce déclare Laurent Wauquiez, les Tunisiens n’oublient en rien les affaires MAM et Boillon.

De nombreux groupes sur Facebook appellent à la démission de Boris Boillon et de Michèle Alliot-Marie qui auraient sans doute beaucoup de mal à imposer une stature diplomatique en Tunisie.

Une vingtaine de groupes Facebook représentant plus de 4000 personnes demandent le renvoi ou la démission de MAM et/ou de Boillon.

Le groupe le plus important, "Page Tunisienne Anti Michèle Alliot-Marie", a appelé aujourd’hui samedi 26 février à une nouvelle manifestation devant l’ambassade de France à Tunis pour demander le départ conjoint de MAM et de Boillon. L’administrateur du groupe gère également "Michèle Alliot-Marie, persona non grata".

La presse tunisienne et les sites d’information tunisiens reprenaient hier, vendredi 25 février, les rumeurs françaises selon lesquelles MAM démissionnerait ou serait démise de ses fonctions durant ce week-end. Le nom d’Alain Juppé en tant que remplaçant de MAM était souvent cité. ( Tunisie News ).

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