Michèle Alliot-Marie chahutée en Tunisie

Décidément, Michèle Alliot-Marie ne fait pas non plus l'unanimité en Tunisie.
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Le ressentiment des Tunisiens, sans compter des Français résidents dans le pays, à l’égard de la très controversée Ministre des Affaires étrangères française se fait de plus en plus évident en Tunisie.

L’affaire MAM vue de Tunis

Tout commence le 11 janvier dernier lorsque la ministre des Affaires étrangères propose de faire profiter au président tunisien maintenant déchu du "savoir-faire français en matière de règlement des situations sécuritaires" pour lutter contre les manifestations révolutionnaires.

Quelques jours plus tard, les Tunisiens apprenaient en même temps que les Français que MAM avait profité du jet privé du businessman Aziz Milad, proche du pouvoir de Ben Ali, financier de toutes ses campagnes électorales et l’un des premiers à signer le manifeste pour que le président dictateur se représente aux élections truquées de 2014, comme le prouve la liste publiée par le quotidien tunisien Le Temps lorsque le président Ben Ali était encore au pouvoir.

Les explications confuses et peu convaincantes de la ministre lors de son passage sur France 2, dans le journal de David Pujadas, n’arrangeaient rien aux yeux des Tunisiens qui s’amusaient, sur les réseaux sociaux, à commenter de manière ironique les coïncidences troublantes qui entouraient le déplacement de MAM en Tunisie. Par hasard, le jet privé vide d’Aziz Milad se trouvait sur le tarmac de l’aéroport Tunis-Carthage. Par hasard, il allait dans la même direction que MAM, c'est-à-dire vers Tabarka, station balnéaire du nord de la Tunisie, où par hasard, Milad possédait un hôtel où, justement, son amie ministre avait une réservation !

Ce qui a également choqué la presse tunisienne, c'est son ignorance concernant la date de l’immolation de Mohamed Bouazizi, symbole de la révolution du Jasmin et élevé au rang de martyr : "Le suicide s’est produit, il me semble, à la fin de mon séjour. C’est le souvenir que j’en ai…", déclarait-elle à David Pujadas. Mohamed Bouazizi s’est immolé le 17 décembre alors qu’elle se trouvait à Paris.

Le comble fut presque atteint lorsque les grands quotidiens tunisiens et la presse électronique, notamment le très populaire site nawat.com , révélaient, suite aux articles du Canard Enchaîné, que les parents Alliot-Marie, âgés respectivement de 92 et de 94 ans, avaient racheté une SCI appartenant au même Aziz Milad.

La coupe tunisienne déborda lorsque le ministère des Affaires étrangères, le 16 février, reconnaissait que la ministre avait eu un court entretien téléphonique avec Ben Ali durant son séjour en Tunisie, alors qu’elle avait déclaré qu’elle s’était rendue en Tunisie en visite strictement privée.

Alliot-Marie, dégage !

Le fait que la ministre profite du jet privé d’Aziz Milad n’a pas soulevé de véritable tollé en Tunisie. La presse tunisienne et ses caricaturistes ont beaucoup moins apprécié en revanche sa proposition d’aide armée à Ben Ali, son ignorance du dossier tunisien et sa prise de position visant à qualifier Aziz Milad de victime du système Ben Ali.

« Rattrapée par ses accointances tunisiennes » (kapitalis.com), le journal Le Temps, deuxième quotidien de langue française en Tunisie, titrait dès le 17 février : "La polémique autour des vacances de Michèle Alliot-Marie en Tunisie repart de plus belle " et reprenait les interrogations du PCF : "MAM prend-elle les Français pour des imbéciles ?"

Les résidents français en Tunisie, eux, préféraient Facebook ou d’autres sites tels que causeries.20minutes-blogs.fr pour écrire des lettres ouvertes qui exprimaient leur rancœur à l’encontre de leur ministre des Affaires étrangères, en réclamant purement et simplement sa démission.

Certains sites tunisiens, tels que matunisie.com , relativisaient la culpabilité de la ministre en mettant en exergue que les voyages gratuits à bord d’avions privés ne sont rien d’autre que l’illustration de comportements post colonialistes – hélas très fréquents – de nombre d’élites françaises au Maghreb. « En ce sens, il faut se garder de tomber dans le piège et faire de la ministre des Affaires étrangères un cas isolé », estimait le journaliste Akram Belkaid.

La démission forcée de son homologue tunisien, Ahmed Ounaies, constitue un dommage collatéral de l’affaire MAM en Tunisie. La rue tunisienne, relayée par les réseaux sociaux, n'a pas pardonné au ministre des Affaires étrangères tunisien d’avoir fait l’éloge de MAM sur la chaine Public Sénat lors de son déplacement en France, le vendredi 4 février. Ahmed Ounaies a en effet affirmé qu’il admirait "son courage politique et sa solidarité"Le site tunisien kapitalis.com titrait dès le lendemain : « Tunisie-France, les courbettes d’Ahmed Ounaies, le fou d’Alliot-Marie ! » Honni par tout un peuple pour avoir flatté la personne qui voulait envoyer des armes à Ben Ali, le ministre devait démissionner le dimanche 13 février.

« Comme quoi, la proximité avec les dictatures se paie un jour ou l’autre…», commentait encore kapitalis.com.

Le nouvel ambassadeur de France met encore de l’huile sur le feu

L’affaire MAM conjuguée au très mauvais démarrage en Tunisie du nouvel ambassadeur de France, Boris Boillon, qualifié par La Presse de Tunisie du 19 février, "d’ homo-diplomaticus fulminant ", suite aux remontrances qu’il fit à deux journalistes tunisiennes lors de son déjeuner de presse du jeudi 17 février , ne mettra certes pas de baume aux relations diplomatiques entre la France et la Tunisie, déjà très malmenées.

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