Premier dérapage du ministre des sports tunisien, ex ballon d'or

Tarek Dhiab, nouveau ministre des sports, ex ballon d'or et meilleur joueur tunisien du XXe siècle, fait sa première faute sur le terrain politique !
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Né le 15 juillet 1954 dans le quartier de l’Ariana à Tunis, Tarek Dhiab interrompit vite ses études pour se consacrer entièrement au football et faire une carrière exemplaire entre 1971 et 1990 durant laquelle il collectionna les coupes, les titres de champion et les honneurs dont celui du meilleur joueur tunisien du XXe siècle.

Enfant terrible dont le langage trop franc causa des grincements avec l’ancien régime, il fut sacré premier ballon d’or du meilleur joueur africain en 1977 et remportait un autre ballon d’or lorsqu’il jouait avec Al Ahly de Djeddah en Arabie Saoudite.

Président de son club d’origine à l’AS Ariana, Directeur Sportif de l’Espérance Sportive de Tunis (l’une des plus grandes équipes en Tunisie), il était depuis plusieurs années consultant sportif sur la chaîne qatari Al Jazira.

Depuis toujours, Tarek Dhiab a aimé se faire remarquer notamment lorsqu’il avait refusé de serrer la main à un ministre des sports (Abdallah Kâabi) alors qu’il était vice-président de l’Espérance Sportive de Tunis. Un geste qui lui valut son limogeage deux mois plus tard et un mois de prison pour divers motifs qualifiés de « coup monté » par l’intéressé. ( Article Lepost.fr du 5 octobre 2008 )

La nomination de Tarek Dhiab critiquée par l’opposition

Sa nomination, le 24 décembre dernier, au poste de Ministre de la Jeunesse et des Sports, suscite de vives controverses dans les rangs de l’opposition à l’Assemblée Constituante.

Durant la séance de présentation des ministres – le nouveau ministre des sports se fit excuser pour cause de réunion avec la société de jeux Promosport - certains députés n’ont pas hésité à demander ce que faisait Tarek Dhiab à un tel poste, vu son pauvre niveau d’études et son inexpérience totale en politique et ont même rajouté que le choix d’une telle personnalité à un tel poste d’envergure partait d’une intention populiste et non raisonnée. (Source : kapitalis.com )

Tarek Dhiab, premier étonné de sa nomination

Parlant de sa nomination, le nouveau ministre de la jeunesse et des sports avoue son étonnement comme il avait, à la demande du parti Ennadha, proposé plusieurs noms pour ce poste de ministre en prenant soin de bien préciser qu’aucune femme ne pourrait recevoir une telle charge « qui exige force et ténacité ».

En fait, quelques jours plus tard, Hamadi Jebali lui fit savoir que c’était Tarek Dhiab qu’il voulait pour ce poste ministériel. Entre les 30 000 USD de salaire mensuel d’Aljazira et les 2000 USD de salaire de ministre, Tarek Dhiab choisit… le poste proposé par Hamadi Jebali, même s’il n’est pas islamiste comme il le déclarait sur la chaîne privée tunisienne Hannibal le samedi 24 décembre dans l’émission Sahara Raha : « Je ne suis pas islamiste, mais j’ai donné ma voix au parti d'Ennahda pour son programme, ainsi que son leader, à savoir Rached Ghannouchi, en sa qualité d'homme, de militant sage et bon ».

Il rajoutait : « L’argent ne m’intéresse pas. Servir son pays mérite beaucoup de sacrifice, d’autant plus que les révolutionnaires se sont sacrifiés pour arracher la liberté. Sacrifier quelques dollars de son salaire afin de bâtir un nouvel État est largement mérité ».

Tarek Dhiab, son premier dérapage

C’est dans cette interview accordée à la chaîne tunisienne Hannibal que Tarek Dhiab trébuchait pour la première fois dans sa qualité de nouveau ministre.

Interrogé sur ses relations avec Slim Chiboub, gendre de Ben Ali et ex-président de l’Espérance Sportive de Tunis, le ministre dessinait de lui un portrait sympathique et édulcoré peu en rapport avec la réalité connue des Tunisiens.

En outre, il n’hésitait pas à prendre vaillamment la défense de son épouse, Dorsaf Chiboub (fille de Ben Ali) en déclarant : «Sa situation est difficile et elle fait de la peine. Je ne pense pas qu’elle fut mêlée à toutes les affaires qui concernent les familles Ben Ali et Trabelsi. Je la connais bien et je regrette qu’on l’empêche d'aller voir son mari. J’aimerais bien l’aider à le faire, étant convaincu qu’elle est innocente».

Bien évidemment, ces propos personnels qui n’engageaient que lui, mais exprimés par un ministre en fonction qui représentait un gouvernement postrévolutionnaire étonnèrent, voire agacèrent et amèneront sans aucun doute de l’eau au moulin de ses opposants, sans compter une réaction probable d’Ennadha.

Toutefois, vu l'admiration que les Tunisiens lui vouent depuis plus de quarante ans, il sera sans doute vite pardonné pour cause de statut de novice dans la profession de ministre !

( Vidéo interview Tarek Dhiab, Chaîne Hannibal TV. Langue arabe )

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