Qui est Beji Caïd Essebsi, la figure de l'opposition tunisienne ?

Beji Caid Essebsi (BCE), fondateur du parti d'opposition, Nidaa Tounès, est actuellement l'une des figures les plus marquantes de la politique tunisienne.
20

Une jeunesse marquée par les événements du 9 avril 1938

Beji Caïd Essebsi, plutôt connu sous le nom de BCE dans la presse tunisienne, est né le 29 novembre 1926 dans la ville de Sidi Bou Saïd. Issu d’une famille tunisoise, il compte d’illustres ancêtres dont son arrière grand-père, Ismail Caïd Essebsi, général et grand commis de l’Etat. Son père Hassouna, né à la fin du XIXème siècle à Bab Souika dans la médina de Tunis épousa Habiba Ben Jaafar, fille de Mohamed Ben Jaafar et sœur de lait du respecté Mahmoud El Materi (grand-oncle du tristement célèbre Sakher El Materi, gendre de Ben Ali).

Du signe du Sagittaire, il fait toutes ses études dans le prestigieux Collège Sadiki (vivier de grands hommes appartenant à l’élite tunisienne) à Tunis avant de rejoindre Paris pour y obtenir sa licence de droit en 1950.

C’est pourtant plus tôt que se produira le choc qui l’amènera sur le chemin de la politique lorsqu’il est témoin des événements du 9 avril 1938 : de sanglantes fusillades voulaient mettre fin à des protestations populaires qui revendiquaient des réformes politiques pour l’institution d’un parlement tunisien. Si cette date – toujours célébrée - marque pour la Tunisie le début d’un mouvement nationaliste, elle sera toute autant déterminante pour BCE dont les premiers clients, lorsqu’il revêtira sa robe d’avocat à Tunis fin 1952, seront déjà les militants néo-destouriens en prise avec les autorités françaises.

Ses amitiés de jeunesse le rapprochent encore davantage de cette voie politique à laquelle il semblait prédestiné : son camarade, Habib Bourguiba Junior, en est la parfaite illustration. En pleine seconde guerre mondiale, il rejoindra les rangs de la jeunesse destourienne à Hammam-Lif et deviendra, lors de ses études en France, le Vice-président de l’Association des Etudiants Musulmans Nord-africains.

Sa carrière politique

Dès les premiers jours de l’Indépendance, BCE prend son poste de Conseiller du Premier Ministre, Habib Bourguiba. Il n’est alors âgé d’à peine 30 ans ! Deux ans plus tard, après une mission à Jendouba (Nord-ouest de la Tunisie) pour animer la campagne de l’Assemblée Constituante, il devient Chef de l’Administration Régionale, puis Directeur de la Sûreté de l’Etat.

Lorsque Taieb M’Hiri décède, il devient le nouveau Ministre de l’Intérieur, poste qu’il occupera de juillet 1965 au 8 septembre 1969 avant de devenir Ministre de la Défense pour quelques mois.

Eloigné de la vie gouvernementale, il reste député durant une période de cinq ans et occupe la fonction d’Ambassadeur de France de 1970 à 1971.

Toute carrière d’homme politique connait sa traversée du désert et BCE la vivra jusqu’en 1980 lorsqu’il réintègre le gouvernement en qualité de Ministre des Affaires Etrangères de 1981 à 1986. Période mouvementée pour les Affaires Etrangères qui doivent supporter le bombardement israélien de la base OLP de Hammam-Chatt (Banlieue sud de Tunis). Son moment le plus fort sera le vote de résolution des Nations Unies qui condamnait l’agression israélienne contre la Tunisie.

Dès 1987, Beji Caid Essebsi sera le nouvel Ambassadeur de Tunisie en Allemagne de l’Ouest.

Sa carrière parlementaire

BCE sera député de la circonscription de Tunis durant trois mandats. En 1969, son parti, le Parti Socialiste Destourien (PSD) remporte les élections. Réélu aux élections de 1981, il intègrera le Rassemblement Constitutionnel Démocrate (RCD) en 1989 et sera élu par les députés comme Président de la Chambre de Mars 1990 à Octobre 1991. Il restera député jusqu’en 1994, puis reprendra son métier d’avocat.

Son retour sous les projecteurs

Il reviendra à la politique en 2011, appelé par le Président Intérimaire du gouvernement postrévolutionnaire, Foued M’Bazaa. Nommé Premier Ministre, il restera en poste plusieurs mois, avant de passer laisser sa place à Hamadi Jebali (parti islamiste Ennahdha).

En juin 2012, il fondera Nidaa Tounès (l’Appel de la Tunisie) et deviendra à nouveau à l’âge de 85 ans, l’un des personnages les plus en vue de la politique tunisienne.

Béji Caid Essebsi est marié et père de quatre enfants (deux garçons et deux filles). Il est l’auteur du livre « Habib Bourguiba, le bon grain et l’ivraie » aux Editions Sud Editions (2009)

Sur le même sujet