Tunisie: nomination ministerielle controversée

La nomination du nouveau ministre des Affaires Etrangères, Rafik Abdessalem Bouchlaka, gendre de Rached Ghannouchi, chef d'Ennadha, suscite des réserves.

Rafik Abdessalem Bouchlaka, le nouveau ministre des Affaires Etrangères en Tunisie, ne fait pas l’unanimité. Déjà, son lien de parenté avec le N°1 du parti Ennadha, Rached Ghannouchi, avait beaucoup dérangé. Le nouveau chef de la diplomatie tunisienne est en effet l’époux de la fille de Rached Ghannouchi.

Cette dernière vient d’ailleurs de publier sur Facebook une lettre aux propos très durs contre les détracteurs de son mari ( lire la lettre en français, traduite de l’arabe ), n’hésitant pas à menacer les médias tunisiens qui lanceraient de fausses rumeurs : « Que tous ces calomniateurs et rapporteurs de mensonges sachent que nous les poursuivrons en Justice, nous les traînerons devant les tribunaux jusqu’à ce qu’ils cessent leurs sales manœuvres. Qu’ils sachent que nous avons attaqué des journaux de renommée en Grande Bretagne , en Allemagne et en Italie qui recevaient des fonds du président déchu pour nuire à la réputation d’Ennahdha et de ses dirigeants. Certains de ces médias ont mis la clé sous la porte sous l’effet des décisions de justice. Qu’ils sachent tous que le temps de la loi de la jungle où ils se croyaient seuls maîtres, sans contrainte ni censure, est révolu. »

Beaucoup de médias tunisiens ont commenté qu’une telle prise de position aurait dû être émise par le porte-parole du parti Ennadha, et non par Soumaya Ghannouchi qui n’a aucun statut au sein du parti islamiste.

En fait, il est reproché à Rafik Abdessalem Bouchlaka, à part son lien de parenté, sa participation à un séminaire de l’Otan ayant pour sujet « L’initiative d’Istanbul » où il avait représenté l’Etat du Qatar. Cette information avait été révélée par la chaîne privée tunisienne, Nessma TV, le vendredi 24 décembre dans son émission Bissiyassa. ( Voir vidéo ).

Dès le 26 décembre, un mouvement de protestation avait commencé à se faire entendre : les protestataires analysaient la désignation du gendre de Rached Ghannouchi comme une ingérence du Qatar dans les affaires intérieures de la Tunisie, soupçonnant le gouvernement qatari d’avoir été le moteur de l’ombre de la nomination de Rafik Abdessalem Bouchlaka.

Un groupe de manifestants s’était rassemblé le 26 décembre devant le Ministère des Affaires Etrangères en criant des slogans défavorables au nouveau ministre. ( Voir vidéo de la manifestation ).

Le ministre des Affaires Etrangères a formellement démenti cette information révélée par la chaîne Nessma TV sur sa page Facebook « en affirmant qu’il avait assisté à cette réunion comme beaucoup d’autres en tant que directeur des études stratégiques de la chaîne AlJazeera et non en tant que représentant du Qatar ». ( Voir page Facebook )

Le 23 décembre, Alain Juppé, Ministre des Affaires Etrangères français, avait adressé ses chaleureuses félicitations à Rafik Abdessalem Bouchalka en se tenant à sa disposition pour un voyage à Tunis dès le début de l’année 2012.

Le chef de la diplomatie française déclarait que la France «se tient aux côtés du peuple tunisien et souhaite travailler avec les nouvelles autorités tunisiennes, à l’approfondissement de nos relations bilatérales». ( Source : L’Express.fr )

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