Un immense défi attend le nouveau ministre du tourisme tunisien

Elyes Fakhfakh, nouveau patron du Tourisme, est-il le ministre idéal pour répondre aux exigences des agents de voyages et hôteliers tunisiens ?

Le 24 décembre, le nouveau gouvernement mené par son premier ministre, Hamadi Jebali, prêtait serment devant le Président Marzouki. Le nouveau premier ministre s'engageait sur la lutte contre le chômage, la décentralisation, la justice sociale, le rééquilibrage régional et le retour à la sécurité pour engendrer un climat propice à l'investissement.

La situation catastrophique du tourisme tunisien ne fut pas citée bien que Hamadi Jebali avait déclaré au début du mois de décembre 2011 au Royal Thalassa à Monastir lors du Congrès AS Voyages qui regroupait pas moins de 650 agents de voyages français, que le tourisme serait la priorité incontournable de son nouveau gouvernement et qu'il visait le nombre de 10 millions de touristes d'ici 2015. ( discours de Monsieur Jebali).

La situation grave du tourisme tunisien

Elyes Fakhfakh, nouveau ministre du tourisme tunisien, considérera peut-être qu'il a reçu un portefeuille empoisonné quand on sait dans quel marasme se trouve le tourisme tunisien fin 2011 et sans aucune visibilité pour 2012.

Les statistiques du Ministère du Tourisme Tunisien avaient, dès septembre, fait ressortir la gravité de la crise pour les sept premiers mois de l'année 2011 : une régression des recettes approchant les 48%, un recul des entrées de 39% et des nuitées globales de plus de 43%. Une récession qui bien évidemment ne pourra être rattrapée avec les derniers mois de l'année qui correspondent aux mois de basse saison.

Seule bonne nouvelle : la fin du conflit libyen dont la proximité entravait également les réservations de touristes européens.

Hormis les chiffres alarmistes, le conflit social dans le monde hôtelier tunisien n'arrange rien : recrudescence du chômage avec des hôteliers obligés de fermer leurs unités, grèves et sit-ins observés dans toute la République...

Dernière action négative : la décision par le Ministère du Transport de reporter l'ouverture du ciel tunisien à l'Open Sky qui aurait permis la desserte des différents aéroports tunisiens (au nombre de sept) par les compagnies Low Cost.

Début septembre, la Fédération Tunisienne de l'Hôtellerie (FTH) en la personne de son Président, Mohamed Belajouza, ne semblait guère convaincue des actions de l'ancien gouvernement et de son ministre, Mehdi Houas; il appellait les partis politiques à accorder au secteur touristique une place prioritaire dans leurs programmes économiques.

D'ailleurs, fin novembre 2011, dans une lettre ouverte, la Fédération Tunisienne des Agences de Voyages (FTAV) et la FTH avaient défini le profil du nouveau ministre idéal en remplacement de Mehdi Houas : " le ministre du Tourisme du prochain gouvernement doit justifier d'une expérience et d'une notoriété dans le domaine surtout que sa mission sera de courte durée. En effet, et l'expérience l'a prouvé, un étranger au domaine... ne peut, en une année, imaginer et appliquer les solutions adéquates aux difficultés que traverse le secteur... En d'autres termes, le nouveau Ministre du Tourisme incarnera, pour bon nombre de professionnels du tourisme, le phare dans la tempête que connait actuellement le tourisme tunisien".

Elyes Fakhfakh est-il le bon choix ?

Directeur Général de Cotrel, entreprise tunisienne créée en 1981 et spécialisée dans la fabrique des ressorts à lames, Elyes Fakhfakh (parti Ettakatol), ingénieur de formation, est né en 1972. Doué d'une expérience internationale dans des groupes locaux et internationaux (Total), il est spécialiste des problématiques de mise à niveau, de restructuration financière et de redéploiement marketing.

Cotrel appartient au Groupe UFI, groupe de sociétés intégrées (Finance, Industrie, Immobilier, Services, Tourisme) qui gère trois hôtels en Tunisie : le Concorde Berges du Lac à Tunis, le Riu Green Park à Sousse et le Riu Marco Polo à Hammamet.

Elyes Fakhfakh saura-t-il durant les douze prochains mois, remettre à flot un secteur en train de couler et devenir le phare des hôteliers dans la tempête ? Personne ne peut encore le dire, mais il est sûr, à la lecture des exigences émises par les hôteliers et les agents de voyages que son profil ne correspond pas forcément à leurs souhaits.

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