Un prêtre polonais égorgé à Tunis

Un crime odieux condamné par le peuple tunisien, le gouvernement provisoire et le mouvement islamiste Ennahda.

Le corps de Marek Rybinski, prêtre salésien, de nationalité polonaise, âgé de 34 ans, a été découvert le vendredi 18 février, dans le dépôt de l’Ecole Salésienne de la Manouba à Tunis où il occupait les fonctions d’économe. Il avait été battu, poignardé, avant d’être égorgé.

Le gouvernement provisoire tunisien a fortement condamné cet acte barbare et a promis « qu’il allait œuvrer pour découvrir dans les plus brefs délais les auteurs de ce crime et les traduire devant la justice ». Il s'est aussi engagé à ce que les sanctions les plus sévères soient appliquées.

Le peuple tunisien, choqué par cet acte criminel, contraire aux valeurs de tolérance habituellement respectées en Tunisie, a aussitôt réagi sur les réseaux sociaux en condamnant cet acte qualifié de barbare, de sauvage et d’inacceptable.

Le père Marek, enseignant catholique, travaillait avec ses confrères prêtres qui dirigeaient une école élémentaire de 800 élèves, tous de confession musulmane, fondée en 1988. Il avait été nommé aumônier de la communauté polonaise de Tunis par l’évêque de Tunis, Elias Maroun Lahham Nimeh.

Des cérémonies seront organisées en mémoire du père Marek

Les parents d'élèves sont toujours sous le choc et ont condamné ce crime : "Nous avons peur pour nos enfants, et aussi peur pour les Pères qui n'ont rien fait de mal", déclarait une mère de famille en pleurs. Une marche a été prévue ce dimanche 19 février, dans le quartier de la Manouba. Elle se terminera devant l'école où des bougies seront allumées en mémoire du prêtre Marek.

Une messe à la mémoire de Marek Rybinski sera célébrée ce dimanche à l'église de la Goulette, dans la banlieue nord de Tunis, en présence de l'ambassadeur de Pologne en Tunisie et des Polonais résidant dans le pays. (source Lefigaro.fr).

L'évêque de Tunis, Elias Maroun Lahham Nimeh, sera reçu par le Premier ministre du gouvernement provisoire, Mohamed Ghannouchi, ce même jour.

Qui est derrière ce crime abominable ?

Le ministère de l’Intérieur tunisien a exprimé sa profonde tristesse et a accusé « un groupe de terroristes fascistes aux orientations et appartenances extrémistes » d’être les auteurs de ce crime « comme le montrent la méthode de l’assassinat et les investigations menées à cet effet ».

D'autres avis privilégient plutôt des groupuscules composés de fidèles irréductibles du président déchu et d’ex RCD (le parti de Ben Ali). Leur but serait d’empêcher à tout prix la normalisation de la situation en Tunisie et la mise en place d’une stabilité salvatrice. En même temps, ces individus veulent faire croire à la population que la révolution en marche est porteuse d’un danger islamiste.

Rafal Sobczak, représentant du service de presse du ministère des Affaires étrangères polonais, préfère la thèse d’« un acte particulier à caractère criminel et qui n’a aucun lien avec les évènements des derniers jours en Tunisie » sans pour autant complètement écarter que cet assassinat ait pu être commis pour des raisons religieuses.

Le mouvement islamiste Ennahda – dont le chef historique, Rached Ghannouchi, est récemment rentré en Tunisie après vingt ans d’exil - a vivement condamné le meurtre du prêtre catholique. Ali El-Aryath, président de l’Assemblée fondatrice d’Ennahda, a insisté sur le fait que tous les islamistes ne pouvaient pas être mis dans le même sac, et déclarait : "Nous dénonçons ce qui s'est passé et nous condamnons tous ceux qui sont derrière. Nous appelons les autorités tunisiennes concernées à découvrir les réelles circonstances de ce meurtre et à trouver les gens qui l'ont commis ».

Des menaces de mort depuis le 31 janvier

Selon le site lefigaro.fr,les Salésiens de la Manouba avaient reçu des menaces de mort le 31 janvier dernier. Une lettre contenant des propos confus qui semblaient plus s'adresser à la communauté juive qu'à la communauté catholique, avait été déposée près de la porte de leur cloître. : "Attention les Juifs. On a mis des caméras et des micros chez vous. Mettez tout ce que vous avez d'argent dans un sac rouge et donnez-le à un ouvrier de chez vous (...) avant midi. Aucun coup de téléphone sinon ça sera la guerre entre nous et la mort». L'Ecole Salésienne avait porté plainte auprès de la police.

Le père Marek écrivait des textes en polonais dont le dernier « L’âme tunisienne » est lisible ici en polonais.

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