Favela Painting, l'art des bidonvilles

Une forme de Street Art s'empare progressivement du coeur de Rio. Les favelas font peau neuve.

Rio de Janeiro est une ville conçue, jusque dans ses moindres détails urbanistiques, comme une vitrine de richesse. Plages, carnaval, monuments et même buildings attirent chaque année des touristes du monde entier. C'est une culture basée sur la beauté, des corps et des décors.

Les favelas, habitations pauvres construites à flanc de colline, faites de blocs et de tôles, agissent dans ce décor comme un point noir, un contraste teinté de pauvreté, de drogue et de violence. Un millier d'enclaves inconnues en plein coeur de la ville.

Haas & Hahn

C'est inspiré par cette réalité, et par les conditions de vie dans les favelas, que le duo Haas & Hahn ( Jeroen Koolhaas et Dre Urhahn), deux artistes néérlandais, a eu l'idée d'amener l'art dans ces bidonvilles, sous forme d'énormes peintures murales. Favela Painting était né.

Le but du projet était de transformer la favela en un point de repère, une attraction touristique, et surtout, un monument d'identification essentiel de Rio, à l'image des Pains de Sucre, ou du Christ Rédempteur qui surplombe la ville. Contrer l'image négative des bidonvilles, celle que le monde extérieur a de leurs habitants, et celle que ceux-ci ont d'eux-mêmes.

Premiers pas

C'est en 2006 que le duo se lance dans l'aventure avec la réalisation de deux peintures à Vila Cruzeiro, le bidonville le plus notoire de Rio, grâce à un financement du ministère néérlandais de la Culture.

" Boy with Kite ", le garçon au cerf-volant, peint sur la façade d'un bâtiment, est le premier né des deux artistes, suivi par " Rio Cruzeiro " , une fresque de 2000 m², dévalant le long d'un escalier en béton sinueux, sur une structure massive, consruite pour protéger la colline des coulées de boue pendant la saison des pluies, représentant un fleuve rempli de carpes dans le style des tatouages japonais.

Ces deux oeuvres remportent un certain succès, mais il maintenant temps de passer à la vitesse supérieure.

O Morro

Le projet initial de Favela Painting était de peindre une colline entière dans le centre de Rio, visible par tous les cariocas et touristes, afin d'attirer l'attention sur la situation sociale déplorable de ces quartiers, tout en suscitant la fierté et la joie de ses habitants.

" O Morro ", colline en portugais, synonyme de taudis ou favela au Brésil, troisième volet du projet, consiste à inviter les habitants à peindre eux-mêmes leur maison, selon un schéma général de bandes colorées, qui peuvent facilement être étendues, afin de transformer le quartier de Santa Marta en une oeuvre d'art d'envergure colorée et rayonnante, visible depuis le centre de Rio.

Art engagé?

Il est, à première vue, difficile de concevoir une oeuvre engagée, représentant des poissons, un enfant et des diagonales colorées; des motifs aussi détachés de la réalité des favelas. Cette neutralité est pourtant essentielle aux yeux des deux artistes. Il s'agit moins d'engagement que de prise de position. C'est, pour eux, une image apolitique au service d'une déclaration politique.

Quoi qu'il en soit, il est aujourd'hui certain que le projet Favela Painting a réussi son pari en jetant un pont entre ces deux pôles de la ville de Rio qui vivent côte à côte sans se connaître. En maquillant le béton de couleurs acidulées et en faisant parler des favelas, de manière positive, dans le monde entier.

Site officiel : http://www.favelapainting.com/

Page facebook : http://www.facebook.com/#!/favelapainting

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