Éric Chevillard, auteur et blogueur postmoderne

Écrivain atypique, Éric Chevillard joue de plusieurs media pour créer des livres uniques. Rencontre avec un ardent défenseur des partis-pris du style.
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Auteur publié aux Éditions de Minuit depuis ses débuts, à l’âge de 23 ans, Éric Chevillard crée l’événement cette année, avec son nouveau roman Dino Egger. Cette biographie fictive s’attache à retracer la non-vie d’un homme n’ayant jamais existé. Réflexion philosophique et prouesses verbales sont au rendez-vous dans ce livre dont le brio ne semble pas avoir convaincu toute la critique. Le 28 février dernier, Le Figaro.fr met en ligne l’article «Démollir Chevillard», chronique littéraire précédemment parue et signée Frédéric Beigbeder dans Le Figaro Magazine. Cet article s’achève ainsi: « Dino Egger est une expérience gratuite. Et l’on se passe très bien de Dino Egger. » Contestable, ce point de vue insiste pourtant sur le parti-pris postmoderne de Éric Chevillard, qui joue sur les codes traditionnels pour inventer de nouvelles formes. Mais l’écrivain se révèle aussi prolifique. L’autofictif père et fils a paru en début d’année, aux éditions de L’Arbre vengeur. C’est le troisième recueil de textes issus du blog L’Autofictif, que l’auteur tient à jour quotidiennement. Par ailleurs, Éric Chevillard a abordé l’année avec la réédition de son livre Le Vaillant Petit Tailleur. Interview pour Suite 101.fr.

- Dino Egger , paru en 2011, est l’un de vos meilleurs romans, et pourtant la critique n’est pas unanime. Comment réagissez-vous par rapport à cela ?

Quel écrivain voudrait de cette unanimité ? Un livre, comme n’importe quelle affirmation forte, comme n’importe quel acte, prétend aussi bien agacer l’ennemi que complaire à l’ami.

- Blogueur depuis 2007, vous donnez une seconde vie à vos textes Internet, qui paraissent ensuite en édition classique. La littérature est donc momentanée sur le web ?

Je vois plutôt Internet comme un puits sans fond qui découragera bientôt les archéologues les plus téméraires. L’Autofictif est un journal, ne serait-ce que par mon assiduité quotidienne. La publication annuelle aux éditions de L’Arbre vengeur le découpe opportunément en volumes et l’inscrit ainsi dans le rythme de la vie humaine qui est saisonnier, pour ne pas dire agricole : on cultive, on sème, on moissonne, on met en gerbe.

- Vous êtes l’auteur de brèves fictives pour la revue Le Tigre. Si l’on vous demandait d’écrire des brèves réelles, que feriez-vous ?

Ces notes que publie Le Tigre sont prélevées sur mon blog par la rédaction de la revue. Certaines d’entre elles ne sont d’ailleurs pas si fictives que cela.

- En 24 ans de carrière, vous avez obtenu deux belles récompenses, le prix Fénéon et le prix Wepler. Mais la cour des «grands prix» semble vous bouder… Qu’en dites-vous ?

Mes livres apparaissent souvent dans les sélections des prix littéraires, sans doute parce qu’ils ont de jolis titres et un éditeur réputé… Mais il n’est pas un seul instant question qu’ils les obtiennent et il est aisé de comprendre pourquoi. Ils se trouvent en concurrence sur ces listes avec des romans, qui peuvent être très bons, mais qui ont pour ressort l’émotion, le suspense ou quelque sujet de société sensible. Les miens reposent sur un parti-pris stylistique original, ils n’appartiennent qu’à la littérature. Jamais un jury ne se décidera majoritairement pour de tels livres et je vous avoue que je ne m’en soucie guère.

- Mourir m’enrhume, paru en 1987, est devenu un classique de la littérature contemporaine. Quel regard jetez-vous aujourd’hui sur votre premier roman ?

Un classique ? Comme vous y allez ! D’autres de mes livres, certainement plus aboutis, ont plus d’importance pour moi. Je ne l’ai jamais relu. Mais j’en aime toujours le titre. Mourir m’enrhume , ce sont aussi les premiers mots du roman… Peut-être auraient-ils suffi. Peut-être aurais-je pu m’arrêter là et ne plus rien écrire d’autre jamais.

- Vous êtes chroniqueur pour la revue Le Monde de l’Art. Vous arrive-t-il de préférer l’art à la littérature ?

Il s’agit d’une chronique très littéraire. Mais je ne crois pas que le geste du peintre soit très différent de celui de l’écrivain, tel que je le conçois en tout cas, qui ne compte que sur ses propres forces et les ressources de son art, et n’a pas pour ambition dérisoire et vaine de redoubler le réel.

- Et le cinéma ? Peut-on imaginer Éric Chevillard scénariste ou chroniqueur du 7e art ?

Chroniqueur, non, mais je pourrais être tenté par l’écriture d’un scénario, ou plutôt, puisque vous savez maintenant quel écrivain je suis, d’un film sans scénario…

- Pour conclure, quel est le plus beau compliment que vous ayez reçu de vos lecteurs ?

Sans rancune.

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