Sandrine Grumberg, auteur des Achats durables

Les achats des entreprises peuvent favoriser une économie responsable. Sandrine Grumberg s'en explique dans son nouveau livre, "Les Achats durables".

Les entreprises consacrent les deux tiers de leur chiffre d’affaires aux achats. Un poids susceptible d’améliorer largement les relations économiques et sociales, si ces achats se font durables. Forte d’une longue expérience dans le secteur des achats pour des multinationales, Sandrine Grumberg est la fondatrice de Viasourcing, société de conseil qui apporte son expertise aux entreprises en matière de développement durable. Elle est également l’auteur d’un guide en 100 questions, Les Achats durables, paru aux éditions Afnor, en mai 2011. Interview pour Suite101.fr

Votre nouveau livre, Les Achats durables , s’adresse aux entreprises. Y a-t-il beaucoup à faire dans ce domaine ?

La tâche est immense pour de nombreuses raisons, par exemple, la raison d’être de nombreux services achats, la réduction des coûts, trop souvent résumée à la simple réduction de prix, ou encore les connaissances vraiment faibles des impacts sociaux ou environnementaux que peuvent avoir les produits ou les services achetés. La prise de conscience d’un nécessaire changement est en bonne voie, comme le montre les multiplications d’enquêtes sur le sujet ou de publication de chartes de bonnes conduites.

La récente norme ISO 26000 donne un cadre à la responsabilité sociétale, mais sans créer de certification. Comment va-t-elle agir, alors ?

Le principe est celui d’un engagement volontaire, comme dans tout principe de certification ou de labellisation. Cette norme définit ce qu’est la Responsabilité Sociale de l’Entreprise, et permet à l’entreprise de se positionner et de mieux prendre en charge ses mêmes responsabilités. Les principales motivations pour les grands groupes à s’engager dans une démarche RSE sont avant tout de protéger leur image, c'est-à-dire éviter un scandale lié à des conditions de travail, ou à des pollutions par exemple.

Un achat durable, responsable, environnemental… est-ce la même chose, ou non ?

Un achat durable et responsable est totalement similaire, il touche à l’environnement et au social de la même manière. Un achat vert ou environnemental touchera, quant à lui, seulement au domaine environnemental. C’est plus simple à mettre en œuvre, car le social est beaucoup plus sensible: il touche, dans notre espace européen, aux conditions de travail, au bien-être, à la liberté syndicale, à la lutte contre la corruption ou au travail illégal. Faire un achat responsable ou durable, c’est ouvrir les yeux sur les origines des produits, les impacts environnementaux, c’est se poser des questions sur la réalité de certains prix. Le principe du commerce équitable se trouve dans ce principe de responsabilité.

En 2006, vous avez fondé Viasourcing, société spécialisée dans le conseil en développement durable des entreprises. Quelle expertise leur apportez-vous ?

Je renforce les compétences des entreprises en matière d’achats : en formant les acheteurs, en mettant en place des services achats, des contrats cadres, ou encore en conduisant des appels d’offres. J’ai également développé une connaissance assez importante dans la gestion et la réduction des déchets qui sont en bout de chaîne des produits achetés, et des contrats à mettre en place aussi. Ces cinq dernières années m’ont beaucoup appris sur la vie des PME, leurs richesses, et leurs fragilités aussi, notamment dans leurs relations parfois très inéquitables avec les acheteurs des grands groupes.

Quelle part représentent les achats des entreprises sur l’ensemble des achats en France ?

Il n’y a aucun chiffre officiel, nous connaissons la part des achats publics sur le PIB (15%), mais rien concernant les entreprises. Le seul chiffre semblant faire l’unanimité est 65% qui est, en moyenne, le pourcentage des dépenses des entreprises. C’est énorme, cela veut dire qu’une PME générant 30 millions d’euros de chiffre d’affaires dépense 20 millions d’euros. Une dépense est un achat, vous voyez donc le poids des achats dans notre activité économique. Les conséquences de politique d’achats visant seulement le prix le plus bas sont l’encouragement à acheter des produits de moindre qualité venant de très loin. L’impact sur les délocalisations est énorme, et n’est pas un phénomène nouveau, il remonte, dans l’automobile, par exemple, à une quinzaine d’années déjà. Je répète toujours qu’avant d’être vendu, un produit est acheté. La Chine ne fabrique que ce qui lui est demandé.

Une comparaison, pour conclure. Les ménages français sont comme des micro-entreprises: comment les aider à effectuer des achats durables ?

Une étude européenne très récente montre que tous les citoyens européens sont très concernés par l’origine de leurs achats, et qu’ils sont prêts à payer plus cher pour des produits plus locaux ou plus écologiques. Nous avons tous un rôle à jouer dans les mécanismes d’offres locales, ou de relocalisations d’emplois, mais il faut, pour cela, accepter de payer un prix plus élevé. Nos modes de consommation doivent être questionnés également: doit-on vraiment changer de téléphone portable chaque année ? Peut-on réparer plutôt que jeter ?

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