FABIEN LEMENECH

Publié dans : Les articles Sciences & Technologies de Fabien Lemenech

Prospective-fiction sur les trois prochains sauts technologiques

L'industrie du divertissement, c'est un fait établi, fait rarement l'impasse sur les révolutions technologiques à venir. La preuve par l'exemple.

Innover ne se décrète pas. L'innovation est le fruit d'un mécanisme presque chaotique, c'est l'intrication de variables explicatives (l'environnement institutionnel, les compétences techniques, par exemple) et de variables tellement aléatoires -parfois individuelles- qu'il serait présomptueux de les ériger au rang de principes. Mais toutes ces variables ont ceci de commun qu'elles induisent un effort de projection dans un avenir encore maquillé d'incertain.

Entre heuristique et sérendipité, les "Geo Trouvetou" sont partout, tapis dans leur garage à l'instar de Steve Jobs en son temps, et les entreprises-laboratoires comme Apple s'évertueront encore longtemps à nous surprendre; du moins tant qu'il y aura des hommes. Précisément parce que c'est notre insatiable besoin de nouveauté, voire d'inconnu, qui débride l'esprit créatif des plus brillants de nos congénères. Et la fiction précède souvent le réel (certes Jules Verne avait souvent raison; mais la guerre des étoiles n'aura peut-être pas lieu...)

La réalité augmentée dépasse déjà la fiction.

Tout sera bientôt "augmenté" ou désuet. Toucher et sous-peser un oeuf de dinosaure, c'est déjà possible au Futuroscope de Poitiers, grâce au travail des ingénieurs de Total Immersion, sur la base de techniques avancées de traitement de l'image. Les progrès des technologies numériques ont été tels, au cours de ces dernières années, qu'elles préfigurent pour les moins avertis d'entre nous une perte de repères au quotidien. Aujourd'hui, le rêve le plus intime de tout geek est de pouvoir brandir un CV ou une carte de visite augmentés. Mais de manière plus probable et plus répandue, nous serons bientôt décontenancés par une atteinte à nos sacro-saintes habitudes de lecture à l'heure du coucher. En effet, le film Minority Report nous avait déjà sensibilisés au déferlement des technologies tactiles; hé bien la prochaine révolution sera technico-culturelle. La lecture augmentée est en marche, et nous annonce d'ores et déjà l'avènement d'une "injonction conjugale-type" dans le genre: "dis, tu veux bien baisser le son de ton livre?" Ambiance sonore, visuelle, et pourquoi pas olfactive, seront bientôt le lot des livrovores technophiles. On pourra aussi imaginer, ensuite, le livre interactif dont on influence le déroulement de l'intrigue selon l'humeur, ou encore le roman collaboratifopen source en temps réel, où chaque co-auteur-lecteur contribuera à réécrire sans fin le plan du récit. Le bon côté de la technique, c'est que les tablettes tactiles vous suppléeront bientôt dans cette tâche qu'est peut-être la vôtre, d'avoir à relire chaque soir la même histoire à votre enfant pour l'endormir. La démonstration ici, en coréen. Photographie augmentée, campagnes électorales augmentées, formations professionnelles augmentées... Toutes ces prochaines ruptures du quotidien peuvent être découvertes sur le site formidablement documenté Réalitées Augmentées.

Révolution verte

Le film Avatar nous en aura averti: une grave crise énergétique nous guette. Inutile, pourtant, d'aller chercher les solutions outre-atmosphère: la révolution verte est déjà bien entamée! Certes moins spectaculaire, parce qu'elle n'affecte pas nos perceptions, la révolution verte n'en est pas moins stupéfiante par certains de ses aspects. Les bâtiments à énergie positive ont ouvert la voie à l'idée qu'on pouvait s'éclairer et se chauffer sans avoir recours à la combustion. C'est bien là, la première vraie révolution énergétique depuis la maîtrise du feu par notre aïeul l'homo erectus. Dans le même ordre d'idées, pouvoir se déplacer sans avoir recours à aucun combustible constitue bien la première avancée scientifique notable depuis la naissance du moteur à explosion. Aussi, Toyota ne devrait pas tarder à dégainer une redoutable batterie lithium solide permettant à une automobile -digne de ce nom- de parcourir 1000 kilomètres sans s'arrêter! On attend avec impatience la maturité de la pile à combustible, appliquée à nos moyens de locomotion.

Par ailleurs preuve, s'il en est, que les acteurs français sont bien représentés dans la course aux greentech, l'entreprise française CNIM multiplie à un rythme effréné les améliorations de nos dispositifs énergétiques les plus sophistiqués, qu'ils soient désormais courants ou encore confidentiels. Partie prenante au programme ITER, censé générer d'ici seulement quelques années de l'électricité en recréant un phénomène de fusion, CNIM n'en est pas à son coup d'essai en matière de défrichage techno-écologique: mise au point de biocarburants de 2nde génération en partenariat avec le CEA, lancement d'un prototype d'énergie solaire thermodynamique qualifié de révolutionnaire, ou encore transformation de nos déchets en énergie, captation et épuration des fumées... Tout laisse à penser que CNIM, qui revendique le statut de concepteur-développeur, a bien les pieds sur terre et la tête dans un avenir déjà lointain. Car on dirait que CNIM ambitionne de transformer en énergie tout ce qui est supposé être nocif pour l'homme: fumées, déchets, ultra-violets, mais aussi algues vertes... De quoi ravir la planète, et alléger notre conscience de ce consumérisme coupable. Domestiquer respectueusement la puissance de notre écosystème, voilà bien le mot d'ordre des énergéticiens de demain. C'est en tout cas ce que corrobore l'exemple de Weptos, qui développe un concept étonnant de "triangle" capteur d'énergie marémotrice, ou encore celui de STX, qui va jusqu'en haute mer canaliser la force du vent pour alimenter son champ d'éoliennes offshore.

Homo Bionicus ou PC humanoïde?

Minority Report et la prescience, c'est pour bientôt? La 4G et les biotechnologies les plus récentes feraient presque pâle figure aux côtés de la récente découverte des chercheurs d'IBM, parvenus à imiter le fonctionnement du cerveau humain grâce à des puces dites "neurosynaptiques". Alors va-t-on implanter un processeur dans la tête de l'homme, ou insuffler un peu d'humanité à nos ordinateurs? Toujours est-il que quelques savants un peu fous sont aujourd'hui capables de reproduire les phénomènes et les interactions neuronales à partir d'une simple puce d'ordinateur. Voilà le résultat d'une improbable combinaison entre neurosciences, nanosciences et supercalculateurs. Ce projet, baptisé Synapse, est en fait le fruit d'une étroite collaboration entre IBM et la Darpa, la discrète agence de l'armée américaine dédiée à la recherche et développement, dans l'idée de développer des systèmes informatiques cognitifs (entendez par là: qui ont le même fonctionnement du cerveau, avec des capacités de calcul inestimables). In fine, nos compagnons électroniques seront capables de plus en plus d'interactions, comme le ferait le commun des mortels. Des premiers résultats opérationnels notables auraient été obtenus dans les domaines de la navigation, de la vision artificielle, de la reconnaissance des formes (ou, disons-le, la reconnaissance faciale!) et de la mémoire associative. C'est-à-dire que nos instruments, en sus de nous voir et de nous reconnaître, seront capables de converser et d'apprendre. Et pourquoi pas, bientôt, de décider ou de contrevenir à notre volonté! C'est bien la moindre des choses, pour un programme de recherche financé par l'armée américaine à hauteur de 41 millions de dollars sur 10 ans. "Quant à l'usage qu'elle en fera, c'est secret défense !", nous rassure ainsi le JDN.

Bref, le progrès technologique semble inévitable, n'en déplaise aux partisans de la décroissance et du "retour aux sources". Les comités d'éthique du monde entier, du moins souhaitons-le, se chargeront ensuite de faire le tri. Tout ça pour vous rappeler que les blockbusters cinématographiques devant lesquels, hier, vous vous émerveilliez ou vous inquiétiez, sont des rêves ou des cauchemars en passe de devenir réalités. De quoi défendre l'idée selon laquelle "la technologie et la société ne peuvent être pensées séparément", aurait probablement conclu Nosengo*.

(*Nicola Nosengo, L'extinction des technosaures : histoires de technologies oubliées, Belin, 2010)

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