"Bref", on m'a raconté une "Very bad blague"

Si rien ne predestinait ces deux mini-séries à se tutoyer, en creusant le vernis de l'humour, on y découvre pourtant les codes communs d'un joli succès.

Bref , on ne s’y attendait pas vraiment

Le programme court a fait son entrée sur Canal + par la porte du Grand Journal orchestré par Michel Denisot. En septembre 2011, les téléspectateurs ont ainsi pu faire la connaissance de Kyan Khojandi et de son univers quotidien, le tout en 140 secondes - montre en main.

Et ceinture bien attachée. Parce que l’une des marques de fabrique de cette série, c’est le rythme. Dans le texte, la musique et les images. Ca va vite, très vite, comme tout ce qui gravite autour de nous. Ca bouge, comme la société dans laquelle nous évoluons.

Et c’est efficace.

Quand on découvre Very bad blagues .

Direct 8, 20h35. Depuis deux saisons, rendez-vous est ainsi pris avec David Marsais et Grégoire Ludig, deux amis d’enfance dont la collaboration artistique s’est concrétisée en 2002 par la création du Palmashow . Repérés par la chaîne en 2010, les deux compères y ont pendu leur crémaillère en proposant « La folle histoire du Palmashow », signant un bail d’une saison, avant de se tourner vers leurs Very bad blagues de deux minutes quotidiennes, mises en exergue par les personnages phares (les gendarmes, Gaspard et Balthazar ) que nous connaissons maintenant (presque) par .

Finalement, des blagues pas si very bad que ça.

"D'une pierre, deux tours"

A première vue, ces deux mini-séries n’ont rien de réellement similaire. A première vue seulement. Ainsi, en exerçant notre pupille assaisonnée d’une louche de curiosité et en zoomant juste ce qu’il faut, arrivent dans nos filets divers points communs. Inventaire (ou deux, selon affluence).

Le triangle doré, ou la loi du plus fun des Pythagore. A l’origine de chacun des deux concepts, trois hommes. L’histoire de Bref s’est écrite à trois plumes : Kyan Khojandi (auteur et personnage principal), Bruno Muschio, alias Navo (co-auteur) et Harry Torjdman (producteur). De leurs côtés, les Very bad blagues se muent en un concerto à six mains, celles de David Marsais, Grégoire Ludig et Jonathan Barré ( producteur ).

Phares, types, percutants, originaux, drôles, uniques et à la fois si ordinaires. C’est de ce panier garni que les deux concepts ont choisi d’extraire les personnages de leurs intrigues. Ainsi, en posant la question à un amateur des Very bad blagues , il y a fort à parier pour qu’il insère dans sa tirade les noms de Gaspard et Baltasar, les gendarmes, Batman et Robin, ou encore les « wesh ». Tous interprétés par David et Grégoire , leurs identités respectives passent avant tout par les accessoires qui leur sont propres.

Dans un contexte plus Bref , on trouve également une famille de personnages récurrents, très efficaces, si efficaces qu’on ne les présente (presque) plus. Parmi eux, cette fille (Alice David) sur laquelle Kyan flashe dès le premier épisode, Baptiste, son colocataire (Baptiste Lecaplain), Marla, le plan cul régulier (Bérengère Krief) et Keyvan, son (vrai) frère (Keyvan Khojandi). Des mimiques (les grimaces de son pote Kheiron) à leurs répliques déjà cultes (le « T’es qu’un con » de Marla), tous les personnages ont su trouver leur place au cœur de la série pour en faire une véritable bulle de vie, brève mais intense.

Comme l’intitulé d’un plat, le titre d’un film ou le nom d’un parfum, le titre d’un épisode est le premier lien que le public établit avec ce dernier. Son importance n’a alors d’égale que son originalité. Occasion rêvée pour les artistes d’y greffer leur « patte », la formulation des titres des épisodes de ces deux mini-séries fait partie intégrante de leur identité. Ainsi, les statuts des utilisateurs des réseaux sociaux fleurissent sous le format « Bref, je suis allé au supermarché », « Bref, j’ai déménagé ». En ce qui concerne les Very bad blagues, les titres, peut-être moins personnalisables, sont tout de même très efficaces et dressés sur le modèle « Quand on travaille à la Poste » ou « Quand on rencontre son ex ». Des mots qui, alliés à des indicatifs reconnaissables entre mille forment une grande partie du passeport de la série.

A chaque jour son humour. Tels pourraient être les slogans promotionnels de ces deux séries. Consacrant chacun de leurs épisodes à une situation du quotidien de tout individu lambda, Bref et Very bad blagues se proposent en effet de tutoyer la vie de tous les jours. Et si c’était justement ça, la clé du succès ? Offrir la possibilité au public de s’identifier aux différentes situations esquissées dans les épisodes ? C’est en tous cas ce que souhaitent leurs créateurs, les titres précédemment évoqués étant clairement impliqués dans cette volonté.

Collant à une génération qui est la leur et qui s’y reconnait, le rythme des épisodes illustre parfaitement cette cadence. Deux minutes. A ce petit jeu, et même si les Very bad blagues ne laissent aucun répit à l’attention des téléspectateurs, c’est Bref qui l’emporte haut la main. En effet, de la musique au texte, en passant par les images, tout est pensé, et brodé sur le motif d’une véritable partition musicale. Rythmes percutants qui ont dans les deux cas le mérites de captiver l’attention du public, avec pour effet secondaire, une certaine délicieuse addiction .

Signe du succès, de l’impact et de l’empreinte de leurs marques de fabrique respectives, les deux programmes ont rapidement inspirés les internautes qui se lancent à leur tour dans l’aventure du programme court, calqués sur les mêmes modèles. De nombreuses parodies naissent ainsi sur la Toile, certaines devenant presque aussi connues des fans que le programme original (à l’image de Bwef, (la version antillaise de Bref ) une parodie somme toute bien ficelée de l’ humoriste Kevin Razy).

Sortez du four, dressez, et servez encore chaud

Tous les ingrédients d’un programme drôle, percutant, et en accord parfait avec l’air du temps à présent réunis, il ne vous reste plus qu’à les mélanger, soigneusement et en saupoudrant le tout d’un peu de folie, de beaucoup d’imagination et d’une pincée de jeux de mots. Laissez mijoter le temps que le panachage homogène gonfle à feu doux. En mettant le couvert, trouvez-lui un titre efficace, quelques mots mettant à leur lecture l’eau à la bouche des fins gourmets. Lorsqu’un léger fumet humoristique s’échappe du plat, votre cuisson est parfaite.

Dorées juste ce qu’il faut et finement croustillantes, sortez vos trouvailles du four sans vous brûler, mettez-les en valeur lors d’un minutieux dressage, et servez le tout encore chaud, les saveurs en seront décuplées.

Bon appétit !

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Bref , dans le Grand Journal, sur Canal +

Very bad blagues , à 20h35 sur Direct 8.

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