"L'appel de l'ange" de G. MUSSO : un thriller au bout du fil

Après le succès de "La fille de papier", l'auteur ajoute en 2011 une pièce de choix à sa bibliographie florissante. L'ange vous appelle : surtout, répondez.

La littérature contemporaine française ne le présente plus, son style d’écriture unique le fait pour lui. En quelques années, Guillaume Musso a troqué banc d’école et leçons économiques pour chapitres endiablés et traductions internationales. Un virage professionnel et passionné que peu d’écrivains amorcent aussi bien. Si le romancier fait aujourd'hui partie de ces Grands de l’écriture dont le nom est prêté en adjectif définissant tout un univers lui étant propre, ce dernier doit bien avoir, par la force des choses, quelques petites touches personnelles. Non ? Si , si.

La recette de la "soupe Musso"

Le roman à la Musso, c’est avant tout une structure à part entière. Un minutieux découpage toujours finement pensé, en chapitres amenés un à un par une citation donnant instantanément le ton des pages qui vont suivre. Des propos en italique trahissent les pensées des protagonistes pendant que l’auteur, fort d’une écriture très visuelle, nous embarque à mille à l’heure dans son univers où dates et lieux précis, très précis, font partie intégrante du roman.

Conscients de ces rudiments de base, il ne vous reste plus alors qu’à vous installer confortablement, prévenir la Terre entière (par quelque moyen que ce soit) de votre DRDI (Déconnection de la Réalité à Durée Indéterminée), jeter Dame Trotteuse aux oubliettes, et, enfin, embrasser la première page.

Le Huit de Pique

En matière de jeu cartes sur table, Musso n’en n’est plus à son coup d’essai. Preuve en est avec L’appel de l’ange, son huitième roman paru en mars 2011 aux éditions XO . Ainsi, de toute la présente bibliographie de l’auteur, ce dernier ouvrage en est certainement, et de loin, le plus addictif. Si certains jugeront la mise en place de la traditionnelle situation d’énonciation un peu longuette, l’effet crescendo de l’enchainement des chapitres suivants n’aura de cesse de palier ce léger bémol, si toutefois il en est un. Un engrenage. Cette lecture est un magistral engrenage.

Véritable coup de poker littéraire, L ’appel de l’ange ne saurait être défini autrement que comme le Huit de Pique d’une main ô combien riche et dont les Joker ne se trouvent jamais là où le lecteur peut espérer les attendre.

D’une plume vive et haletante, l’auteur nous invite une fois encore à la rencontre de personnages aussi atypiques qu’ordinaires. Sur le fond d’un quotidien tinté d’originalité, le lecteur suit les vies de Madeline et Jonathan, croisées et rapidement bouleversées par l’échange de leurs téléphones respectifs au beau milieu de l’aéroport Kennedy, à New York. Si l’auteur précise en aval que la « g raine » de ce roman a été plantée en 2007 à l’aéroport de Montréal - décor dans lequel son téléphone s’est retrouvé lui aussi dans la poche d’un inconnu - le bouquet final de ce qui resterait pour beaucoup une anecdote somme toute banale ne laisse aucun doute sur le talent de l’écrivain.

Du marque-page au hublot

Ecriture visuelle, disions-nous. S'il est bien une force transcendant les lignes de l'auteur, ce ne peut être que cette dernière.

Là où les plus téméraires et/ou novices en matière de "Mussoïte" préparent leur marque-page, anticipation primaire au prochain détachement de l'intrigue, les plus avertis n'auront au contraire même pas cherché dans quel dernier livre le leur peut bien attendre une prochaine mission. Et pour cause. Tout lecteur amorçant la traversée d'une nouvelle parcelle d'univers de l'écrivain se devrait de connaitre tout le paradoxe liant Guillaume Musso avec un marque-page. Il ne vous viendrait pas à l'esprit de demander au commandant de bord de l'avion dans lequel vous vous trouvez de suspendre le voyage (prévu sans escales) pour faire le point sur les photos que vous venez de prendre ? Guillaume Musso est ce commandant de bord. Rassurant ses passagers sur les conditions de vol dès les premières lignes, les trains d'atterissage ne manquent pas de rapidement s'effacer en prenant de la hauteur pour laisser place à un défilé de paysage et de personnages plus vrai que nature. Panorama dans lequel le lecteur trouve toujours sa place ; place qu'il aura d'ailleurs toutes les peines du monde à quitter au moment de l'atterissage.

Ainsi, revenir sur un roman de Guillaume Musso sans rien devoir en dévoiler se révèle être un exercice aussi délicieux que frustrant. L’envie de partager avec le plus grand nombre d’amoureux des mots le lot insolent d’émotions ressenti jusqu’au dénouement - que l’on ne voudrait jamais voir arriver -joue régulièrement des coudes avec l'essence même d'une telle chronique, à savoir vous encourager à vous jeter sur le premier libraire venu pour vous procurer à votre tour un exemplaire de ce thriller décoiffant et décapant, qui n'a bien de rasoir que le fil.

« Une histoire qui pourrait nous arriver à tous (…) Un thriller romantique en noir et rose. (…) Pour découvrir le secret reliant les personnages, il faudra lire le roman jusqu’au bout. » France Info

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- L'appel de l'ange (2011) - Editions XO

- Egalement disponible, le nouveau roman de Guillaume MUSSO, S ept ans après.

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