NRJ 12 donne «Encore une chance» aux laissés pour compte musicaux

La chaine nous livre un rendez-vous hebdomadaire artistico-écologique en se lançant dans le recyclage de chanteurs télé-réalistes que le succès a snobé.
17

TF1 + M6 = NRJ 12

Divinement piochés à la sortie de la Star Academy, d’X Factor , de Popstars, ou de La Nouvelle Star , 32 ex-candidats à la gloire et mis au fossé dans les derniers kilomètres du marathon reviennent sur le devant de l’estrade après parfois plus de dix ans d’absence médiatique (à l’image de Jessica, qui en 2001 a trébuché à quelques marches de la victoire face à Jenifer, une des seules gagnantes pour qui la Star Ac’ fut un vrai tremplin et pas seulement un trampoline au ressorts rouillés).

Ainsi, qu’ils soient hommes, femmes, bruns, blondes, grands, rousses, petits, chauves, cette poignée d’élus arrachés à l’anonymat arborent un point commun : ils se révèlent tous écorchés vifs d’une médiatisation éphémère, cicatrisant tant bien que mal d’une erreur médicale dont tout le monde se fout. Il y a plus grave dans le monde que de ne plus faire la couv’ de Public . « Les antibiotiques, c’est pas automatique » , mais dans leur cas, l’ordonnance est formelle : dépression post-opératoire /entrée au club privé (de tout) de Pôle Emploi/concert un dimanche sur douze en rase campagne, et 200 mg d’amertume, trois fois par jour aux heures des repas. Un respect de la posologie très strict évitant une rechute, certains ont bien du mal à décrocher du traitement .

C’est précisément à cette étape de la cure qu’interviennent quatre grands professeurs en chirurgie médiatico-réparatrice, réuni pour l’occasion en Jury de la seconde chance : Morgan Serrano, directeur des programmes sur NRJ, Richard Cross, le coach vocal le plus « célèbre » de France, Mia Frye, chorégraphe franglaise des « stars » et Stéphane Joffre-Roméas, directeur des p rogrammes d ’NRJ 12. A eux quatre, et sous la houlette d’une production rodée et sachant très bien où elle va et où elle veut emmener son audimat, ils vont remplir la mission sans doute très calculée de faire le tri entre les 32 candidats de départ pour projeter les grands gagnants en pleine lumière avec à la clé un contrat d’enregistrement accouchant d'un single écrit et composé par Corneille ( Les Inséparables , dans les bacs depuis le 24 octobre 2011) et K-Maro .

Le concept de « l’entonnoir »

Le tout, en six semaines. Le calcul est d’une simplicité enfantine et le concept d’une clarté aveuglante : on prend les mêmes et on recommence .

Au visionnage de la bande-annonce et du monologue shakespearien de la voix off, on pourrait pourtant se laisser séduire par une volonté divine de la chaine de vouloir proposer quelque chose de différent aux téléspectateurs. Sollicitant chez les plus avertis d’entre ces derniers leurs souvenirs émus des anciens Caliméro mélomanes, le programme met dès les trente premières secondes les points sur les (nr)« j» : on sèche leur larmes, on leur (re)met un micro entre les mains, on les réconcilie avec les gentilles caméras et on les présente à un nouveau jury. Et tout cela, pour que leur talent soit enfin reconnu, apprécié à sa juste valeur, et pour aussi, tant qu’on y est, dire « Fuck » aux programmes qui les ont malmenés. Qu’on se le dise, ce programme est celui de toutes les bonnes actions. Amen .

Mais point trop n’en faut. Si « Encore une chance » se targue de se faire le défenseur des « plus belles voix de la télé-réalité » (en réaction à quoi peut se poser la légitime question de la qualité de ceux qui eux, ont gagné ), le monde des bisounours chantant ne pourra éternellement en contenir 32 spécimens.

Oh oh, verrions-nous alors poindre les prémices d’un schéma évolutif déjà bien connu des programmes révélateurs de talents ? Toutes ces différences, ces « cette fois-ci, c’est la bonne » qui pourraient légender les premières images du programme, tout ce que nous promet le lyrisme d’une voix off semblant elle aussi toute chamboulée par la beauté du concept, tout ça ne serait que du flan ?

Il faudra être forts et se serrer les coudes, car j’en ai peur.

La théorie de l’entonnoir. Connaissez-vous une autre solution pour n’extraire qu’une fine pincée d’heureux élus en six semaines d’un lot de 32 poulains avides de courses et de grand galop ? Non, moi non plus.

Et puisque nous en sommes à gratter le vernis sous un pseudo pèlerinage à Lourdes miraculo-artistique, il semblerait que l’entonnoir ne soit pas le seul ustensile rouillé utilisé dans cette recette au goût amer.

Sans en avoir l’air (ni la chanson)

Alors voilà. Son seulement le programme qu’on nous promettait original et fort en retrouvailles avec des candidats que leur défaite ont pour la plupart rendus attachants (liste non-exhaustive n’incluant pas les têtes à claques et aux « Moi-je » prétentieux) s’avère fourré aux clichés faciles et attendus, et tombe en plus de cela dans le package complet étiqueté Télé-réalité , et ce plus vite qu’un employé de France Télécom lâché de la fenêtre de son bureau du 14ème étage. Les faits sont là, farandole de petits fours prête à être dégustée. Servons-nous tant que c’est chaud.

Sous ses aspirations doucement révolutionnaires (en version 14 juillet : Prise du Château de D ammarie-les-Lys) « Encore une chance » réunit en son jury deux membres ayant déjà joué avec l’image, respectivement dans Popstar ( Mia Frye ) et la Star Academy (Richard Cross).

Formant une microsociété pendant les six semaines que dure le télé-crochet, et attachement oblige, on va quand même suivre les 12 candidats restants dans leur loft parisien miraculeusement gorgé de caméras pour l’occasion. Bien entendu, on se focalisera sur leurs cours de danse, de chant et sur les auditions ( On-n’est-pas-là-pour-beurrer-les-tartines Production) mais puisque les foules voyeuristes se déchaînent, on laissera les moteurs tourner gracieusement pour observer les souris médiatiques se brosser les dents et se crêper le chignon (ou l’inverse) tout en se liant d’une belle, grande et indestructible amitié malgré « la compétition qui fait rage », jusqu’à l’embrouille déchirante synonyme de scoop à la une de Closer .

Elisa Tovati, Marie Mai, Soprano ou encore Mickaël Miro emprunteront le d éguisement de parrains/grands sages/guest star/donneurs de conseils. Ils trouveront en chacun d’eux un potentiel immense qu’ils se doivent d’exploiter, parce que cette émission est la chance de leur vie, et vivre leur rêve n’attend pas, il faut tout donner maintenant, ne pas compter les heures de travail, et y mettre toutes ses tripes, à chaque instant.

Amen.

La queue du Mickey

Des protagonistes, au cadre en passant par la mise en scène et l’intrigue générale, tout semble nouveau sans l’être tout à fait. Le téléspectateur a ici affaire à une pièce théâtrale usée , remaniée, jouée, et rejouée, à l’en être finalement trop. Avant même que l’indicatif de début ne s’ancre au plus profond de son encéphale pour les cinq (longues) heures à venir, son expérience d’amateur de télé-crochet offre à l’audience la possibilité d’avorter de tout suspense et d’hypothétique intérêt pour un modèle d’émission vidée de toute ressource originale. Dans les grandes lignes, l’individu lambda connait par avance le nombre d’actes, les scènes comico-tragiques classiques du genre, les personnages types qui défileront sur les planches grinçantes avant qu’un rideau poussiéreux ne tombe sur la scène d’un programme dont on aura oublié la diffusion avant même que les lumières ne se rallument dans une salle ayant toutes les raisons d’être mitigée . On lui promettait un tour de Grand Huit, qui n’aura finalement pas plus pris plus de hauteur que trois minutes dans un carrousel boiteux. On tourne en rond sans même atteindre le seul objectif que cette expédition est en mesure de se fixer : attraper la queue du Mickey.

Alors finalement, à qui faut-il accorder « Encore une chance » ? A ces artistes qui se voient repêchés du banc des requins et qui acceptent légitimement de remonter à cheval après une chute qui laisse encore des contusions apparentes, ou à l’imagination humaine, qui parviendra sans doute un jour à créer un nouveau concept télévisuel, toujours plus absurde, (on leur fait confiance : les hommes disposent en ce domaine d’incroyables ressources ) ?

Avant d’éteindre en chœur notre boîte à images devant ce trop-plein de culture, tranchons. Peut-être aux deux, mon Capitaine .

____________________________________

" Encore une chance, les plus belles voix de la télé-réalité" , diffusé tous les mardis soir à partir de 20h35 sur NRJ 12.

Sur le même sujet