Soldes 2011 : Préparez la bataille et gagnez (poliment) la guerre

Alors que nos amies anglaises se ruent déjà dans leurs boutiques fétiches en quête des meilleurs prix, l'Hexagone profite encore du calme avant la tempête.

Avant de s’atteler à la légendaire préparation physique indispensable à toute attaque commerciale en période de soldes, voici un gentil petit étirement intellectuel, juste histoire de ne pas perdre de vue que même à cette époque, la matière grise ne peuple pas que les rayons de chez Zara.

Traversons pour l'occasion deux cents ans d’histoire : nous voilà donc en France, au XIXe siècle. La capitale voit présentement naître en ses boulevards les premiers grands magasins, descendants directs de ce qu’étaient jusqu’alors nommés les magasins de nouveautés . Ainsi, et pour ne citer qu’eux, « Le Printemps » ouvre ses portes en 1865 suivi trente ans plus tard par « Les Galeries Lafayette ».

Avec leurs architectures résolument plus spectaculaires et attractives, c’est tout le concept de l’achat qui est bouleversé au regard de ces nouveaux paradis commerciaux. Acheter perd de son unique formalité nécessaire pour passer rapidement au rang d’activité plaisante. Accueillis en de vastes lieux lumineux à l’intérieur desquels les produits leur sont maintenant accessibles en libre service par le biais de l’étiquetage automatique, les consommateurs n’attendent plus que le besoin se fasse sentir pour embrasser une occasion de pousser les portes des grandes enseignes, et acheter, pour le plaisir.

Ecouler son stock d’invendus

C’est en poursuivant cet objectif que François Simon Mannoury, fondateur en 1830 du magasin parisien « Le petit Saint Thomas », se fit le précurseur des soldes que nous connaissons aujourd’hui. Chaque année, des périodes estivales et hivernales rythmées d’importantes baisses des prix étaient en effet observées en son commerce. Bien plus qu’une simple idée furtive, l’évolution de la mise en place des rabais côtoie d’autres concepts qui se révèleront tout aussi innovants, tels que les expositions temporaires ou la vente par correspondance.

Ce sont par ailleurs les nouvelles enseignes constituant la « Grande distribution » qui seront à l’origine de la démocratisation en France du concept de soldes .

A vos marques ! Pré – Voyez !

En cette acrobatie langagière réside la première stratégie d’approche, que nous qualifierons dans un premier temps de défensive. Ne dit-on pas que pour qu’une bataille s’engage avec un potentiel maximal de chance de victoire il est préalablement nécessaire de se familiariser avec son adversaire, jusqu’à le connaître finalement mieux que lui-même ? Rassurez-vous, il n’est ici nullement question d’une étude psycho-criminologique, l’interrogation ne portant ni plus ni moins que sur l’identité de vos futures victimes : que voulez-vous ?

L’idée est là, constituer une liste, même toute simple, griffonnée au dos d’un ticket de caisse ou derrière celle de la semaine dernière. Il s’avère qu’en y regardant de plus près, ce petit bout de papier présente bien des avantages. Mettant en lumière les principaux articles ciblés afin d’optimiser la phase d’affront, elle est le fruit d’un jalonnement premier.

Ainsi, dans la famille Repérage , faisons connaissance avec les cousins : Catalogue, Internet et le petit dernier, « Rayonnage ».

Catalogue et Internet présentent une multitude de points communs, si bien que lors des grandes réunions de famille, leur principale distinction tient dans le fait que l’un est dit plus « électronique » que l’autre. Internet dispose en effet de bien plus de ressources que Catalogue, le tout contenu dans un espace infime. Quoiqu’il en soit, le principe de base demeure identique : armées d’une feuille et d’un stylo, votre mission « listing » consiste à passer en revue les collections prochainement bradées de vos boutiques favorites afin d’en extraire les « fringues à abattre ».

Rayonnage, quant à lui, préfère à la froideur du papier glacé ou du curseur la visite chaleureuse des soldats en formation. Il n’est donc pas rare, quelques jours avant le lancement des hostilités, d’apercevoir des consommatrices averties durant leur périple prévisionnel . Sortant des boutiques aussi légères qu’elles y entrent, leur motivation première est de repérer en conditions réelles les articles sur lesquels elles n’hésiteront pas à jeter leur dévolu, toujours avec grâce et distinction, nous ne sommes pas des sauvages.

Sans en avoir l’air, ces petites activités alléchantes permettent d’obtenir un premier état des lieux, sur lequel viendra se poser la stratégie autrement plus élaborée mise en œuvre le Jour J.

Chacune pour Soie, et d’yeux pour toutes !

- Une affaire d’étiquettes - Qui ne connait pas cette réalité, cloîtrée dans la cabine d’essayage, tournicotant tel Philippe Candeloro pour la dernière d’Holiday on Ice ? Ce petit haut nous va à merveille, il a été pensé et mis en rayon pour nous, c’est une évidence. Mais comme souvent, on craque dans les grandes largeurs pour la nouvelle collection, sournoisement mêlée aux articles soldés. Pas d’étiquette bleue, jaune ou verte. Juste son prix, flambant neuf. Flambant, c’est le mot. C’est ici que se place la première règle d’or d’une attaque efficace : ne jamais se détourner de son adversaire principal - l’article soldé. Ce peut être frustrant au départ, mais vous verrez qu’à l’heure des comptes, Visa vous remerciera de toute sa puce.

- Besoin, pas besoin ? Dilemme impitoyable d’avant-passage en caisse. Les affaires du siècle sont en notre possession, les rabais les plus vertigineux n’ont pas su nous résister, mais le total frise la zone rouge. En parcourant une dernière fois la fameuse liste du regard, on s’aperçoit d’ailleurs bien vite que les « réductions immanquables » ont eu raison de ce pourquoi nous étions entrées. Tout n’est alors qu’une question de nécessité, de négociation avec soi-même. Une thèse de psychologie des Soldes ne serait pas de trop, parfaitement.

- Les soldes d’hiver sont financièrement bien plus critiques que leurs voisins estivaux. Et pour cause : ils arrivent gentiment trois semaines à peine après la garniture du pied de sapin qui a déjà fait de nombreuses victimes. Economies fragiles n’allant que faiblement de paire avec les coutumiers déstockages massifs, mieux vaut être préparées à l’affront. Etablir une somme totale à ne pas dépasser peut par exemple se révéler une solution idéale pour déjouer les pièges de ce terrain miné à souhait. A noter tout de même que si la tentation se fait trop grande pour garantir la sécurité rapprochée de votre carte bancaire, retirer la dite somme en liquide est une alternative aussi radicale qu’efficace.

Parées pour la bataille, aussi bien physiquement que mentalement, rien ne saura vous résister. A partir du mercredi 12 janvier , les prix hexagonaux fonderont comme neige au soleil, les affaires en or ne sauront trahir votre carte de crédit qui saura, sous votre direction, rester de marbre.

Gardez donc la tête haute, soyez fortes, liste à la main, objectifs en tête, et n’oubliez surtout pas que l’on peut tout brader, chaussures, robes et manteaux, sacs et autres accessoires, mais pas le plaisir de se faire plaisir.

Sur le même sujet