Vivre à la «Sex & the City» : chronique d'un bouquet de saveurs

Carrie Bradshaw fait vibrer la série en écrivant les hommes, ponctués de son vécu New-Yorkais. Et si nous revisitions la recette, sauce "frenchy" ? Action.
13

Le premier ingrédient indispensable à cette recette toute particulière tient au choix des amies qui se verront tour à tour être dégustatrices ou dégustées. La Nature est généralement assez originale à ce sujet : elle propose à chaque femme son cercle (à diamètre variable) d’une variété intéressante d’amies. En termes culinaires, nous parlons d’épices. Et puisque illustrer ses propos est la clé d’une argumentation efficace, intéressons-nous dès à présent au trio d’aromates explosif accompagnant la belle Carrie.

Commençons par Charlotte York, l’épice la plus douce du quatuor infernal. Originaire du Connecticut, la jeune femme reste fidèle à l’éducation bourgeoise qu’elle a reçue et cultive de nombreux tabous, principalement orientés vers la sexualité et la vision du couple. Cette jeune femme possède des idées très arrêtées et campe sur ses positions. Charlotte a sans aucun doute l’esprit le plus traditionnaliste des quatre femmes. L’évolution de la série va de paire avec celle de son personnage, qui se voit, en l’espace de six saisons, épouser un homme duquel elle divorcera avant de recevoir l’alliance de son avocat au moment de cette séparation. L’évocation de sujets tabous reste, dans l’immense majorité des cas, le meilleur moyen de lui laisser la parole le temps d’une phrase (ou deux) peuplées d’indignation et de honte. Propos qui font régulièrement sourire et réagir une autre amie qui ne peut nous être totalement inconnue : Samantha Jones.

Présentée à la suite directe de Charlotte, un portrait très généraliste de Samantha peut être dressé en moins d’une minute : elle se révèle être le plus parfait opposé de son amie Charlotte. L’épice atteint en effet son paroxysme avec cette quarantenaire particulièrement bien sa peau. Attachée de presse, Samantha ne cache rien de son attrait pour les plaisirs charnels et ne raterait pour rien au monde une occasion de les satisfaire. Une seule règle vient régir cette partie sans fin : ne surtout pas s’attacher, et indiquer la porte de sortie à son amant dans un délai maximal d’une heure après la fin de leurs ébats. L’ainée de la troupe aborde avec malice les sujets les plus tabous avec un franc-parler à faire bondir Charlotte, ce qui ne manque pas de faire jaser Carrie et sa meilleure amie, Miranda Hobbes.

Cette dernière, brillante avocate, incarne le « cynisme à la new-yorkaise » à la perfection. Présentée au cours des premières saisons telle un garçon manqué entièrement dévoué à sa profession, Miranda se révèle par la suite plus féminine et épanouie, son mariage avec Steeve Brady (avec elle aura d’ailleurs un enfant) y étant pour beaucoup. Peu à peu, son rôle de mère lui ouvre de nouvelles perspectives, en lui permettant de concilier au mieux vies professionnelle et familiale. Cet équilibre offrira également à la jeune femme un gain d’assurance se ressentant dans les conseils et remontées de bretelles qu’elle administre régulièrement avec enthousiasme à Carrie.

Chroniqueuse pour le New York Star, Carrie Bradshaw fait battre le cœur de la série. Sa voix et ses pensées articulant l‘ensemble des saisons, le sujet de sa rubrique hebdomadaire illustre la vingtaine de minutes qu’englobe chaque épisode. Véritable accroc à la mode et aux chaussures (dont elle cultive une collection astronomique - le budget consacré adoptant un adjectif sensiblement identique), la jeune femme butine de clubs en restaurants branchés, tour à tour au bras de ses amies ou à celui de son « Mister Big » du moment. Par la suite, Carrie réunira ses essais qu’elle publiera dans un livre et deviendra plus tard pigiste chez Vogue, témoignant d’une certaine ascension dans sa vie New-Yorkaise.

A chacune son bouquet d’aromates

Les épices, c’est bien connu, sont bien meilleures en résultant d'un fin mélange. Celui-ci, nous sommes d‘accord, se révèle explosif. En grande partie parce qu’il est féminin, et New-Yorkais. C’est ici que la touche française peut prendre toute sa saveur : « Sex and the City », d’accord. Mais quelle « city » ? Faut-il absolument que ces quatre amies dans le vent foulent les trottoirs bondés de New-York pour que toute cette folle histoire prenne réellement sens ? Négatif. Précisément parce que le principe de cette recette particulière est de pouvoir la décliner comme bon nous semble, aux quatre coins du globe. A partir du moment où vous réunissez une jolie brochette d’amies épicées, le succès de votre plat est assuré ! Dans cette situation, la réussite tient à un mot : la féminité . De discussions à bâtons rompus en crêpages de chignons en passant par des séances de shopping ou repas au restaurant maquillés en séances de débriefing des soirées amoureuses de la veille, nous sommes toutes amenées à connaître cela un jour. Où que nous vivions, nous possédons notre "brochette d’épices" à qui nous ne pouvons rien cacher (ou difficilement) tant elles savent déceler la moindre faille et suivent pas à pas notre (plus ou moins) jeune expérience de la vie et de ses rebondissements si croustillants !

Faites maintenant préchauffer votre four, et remémorez-vous l'une de ces soirées passées entre filles. Nous ne sommes plus à New-York, l’Atlantique a laissé derrière lui toutes les sophistications propres à la jet-set à laquelle appartient Carrie. Nous revoilà à Paris ou en province, à la grande ville ou à la campagne. Nous revoilà chez nous, chez vous. Autour d’un verre dans le salon d’une amie venant d’emménager dans son deux pièces idéalement situé près de la fac, à la pizzéria ou au restaurant italien du centre-ville pour fêter le permis ou le diplôme d’une épice couronnée et scintillante, en boite de nuit pour l’enterrement de vie de jeune fille de celle que l’on appellera très bientôt « Madame »… La liste est extensible à l’infini, les déclinaisons innombrables et savoureuses. Et quelque soit le temps de cuisson, vous pouvez être certaines que les potins, les petites histoires vont toujours bon train, et qu’à peu près tous les sujets y passent, soigneusement décortiqués avant d’être tout aussi délicatement dégustés. Jusqu’à la dernière miette. Les New-Yorkaises (de notre série – ne généralisons pas à outrance) clôturent généralement leurs soirées par un « Taxiiii ! » chantant à souhait, tandis que notre version aurait plutôt des saveurs de métro, tram, bus, ou voitures particulières. Mais quoi de plus agréable que de terminer une soirée dans les transports en commun, toujours assaisonnées d’amies toutes aussi ravies de partager ce moment en poursuivant jusqu’à l’au revoir la discussion croustillante entreprise quelques heures plus tôt !

La méthode Carrie

Si Miss Bradshaw exerce sa profession - et fait vivre la série - en s’inspirant de son vécu New-Yorkais, chacune d’entre nous peut tout aussi bien devenir narratrice et personnage principal de son propre roman et/ou série télévisée. Ainsi, sans les caméras et le scénario appris par cœur pour obéir au doigt et à l’œil au clap de l’« action ! », notre quotidien est peuplé de ces expériences absolument insignifiantes pour le commun des mortels, mais qui, zoomées puis couchées sur le papier, se révèlent parfaitement aptes à enrichir un épisode de la série. Là encore, les dosages de cette recette sont simplissimes (mais rudement efficaces) et déclinables à volonté, au cas par cas. Il semble d’ailleurs que ce mijoté soit l’un des seuls pour lesquels les ingrédients nécessaires viennent à nous, et non l’inverse logique.

Cette préparation tient en effet à l’observation, la prise de recul juste nécessaire pour assister à son quotidien, à l’évolution de ses propres péripéties sans pour autant ressentir une quelconque volonté de les orienter vers une tournure paraissant plus « vendeuse », littéralement parlant. Croiser par le plus grand des hasards son ex au coin d’une rue et sentir dans la seconde suivante une vague de souvenirs vous submerger alors que vous étiez très claire avec vous-même (et vos épices) sur le fait que ce n’était qu’un pauvre type qui ne comprend rien aux femmes et que jamais, plus jamais vous ne vous feriez avoir par son regard enjôleur et ses dents (faussement) blanches, par exemple. Quelques heures plus tard, après un café pris en terrasse (oui, les beaux jours reviennent toujours très vite – dans la vraie vie aussi, parfois) en compagnie de votre brochette habituelle, vous voilà confortablement installée devant votre ordinateur, prête à réfléchir sur l’enchainement intéressant des évènements survenus jusque là. Reflexion qui vous conduira en douceur à une question, se révélant être le fil conducteur des prochaines lignes qui naitrons magistralement sous vos doigts. Comme dans toute recette nécessitant un temps de repos, laissez régulièrement mijoter votre travail pour prendre des nouvelles de vos tendres épices ou de votre « Mister Big » du moment. Il apparait très important de ne surtout pas s’interdire de sortir ou d’embrasser d’autres instants de vie pendant ce temps de cuisson : divers ingrédients peuvent parfaitement être ajoutés progressivement au reste du bouillon. Les saveurs n’en seront que décuplées, on ne le répètera jamais assez. Enfin, lorsque vous perceverez l’équilibre parfait des arômes, quand à l’intérieur de chaque senteur se reflètera l’image d’une de vos tendres épices, le tout saupoudré d’un peu de masculinité, votre plat sera fin prêt à être dégusté.

Pour cela, conviez votre joli bouquet d’épices dans votre salon, installez-les confortablement sur le canapé puis servez-leur une boisson dont elles raffolent. Embrayez ensuite en quelques mots sur l’un des innombrables sujets de conversation que vous savez riches à vous en dépourvoir de salive. Ce qui vous laissera aisément le temps de terminer le dressage des assiettes avant de revenir les servir au pas de course (mais avec une distinction sans égal) avant que tout cela ne refroidisse. Installez-vous à leurs côtés, et profitez comme il se doit de cette belle soirée.

Un détail : ne perdez pas de vue la proximité du canapé et de la télévision. Vous n’imaginiez tout de même pas cette soirée à la française sans quelques épisodes d’une bonne série américaine ?!

Un conseil : laissez-vous tenter par « Sex and the city », il parait qu’elle vaut réellement le détour, et inspire bien des articles !

A voir également :

Sex and the City - Le film

Sex and the City 2

Sur le même sujet