Le thème des enfants souffre-douleur dans la littérature

De grandes oeuvres littéraires ont comme héros des enfants maltraités ou mal aimés. De Poil de Carotte à Harry Potter, analyse.
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"Tout le monde ne peut pas être orphelin". Phrase choc qu'on doit au style désabusé et cruel de Jules Renard dans" Poil de Carotte ".

Du classique " Les malheurs de Sophie " de la comtesse de Ségur à la saga fantasy " Harry Potter " de J.K Rowling, voyons quelques romans où les personnages principaux sont des enfants malheureux. Ont-ils des points communs? Lesquels? Tour d'horizon.

Un surnom moqueur

Dans " Vipère au poing",  Jean est surnommé Brasse-Bouillon, son frère Ferdinand Chiffe.

Dans " Poil de Carotte ", le personnage principal n'a même pas de nom. A la question: "Pourquoi l'appelez-vous Poil de Carotte? A cause de ses cheveux jaunes?", Mme Lepic répond: "Son âme est encore plus jaune". Charmant...

La mère maltraitante, le père absent

Dans la plupart de ces histoires c'est l'image maternelle qui est mise en accusation. Elle frappe, le plus souvent. Mais surtout elle humilie, physiquement ou moralement sa petite victime, sous le regard indifférent du père qui n'intervient pas par peur ou par envie de tranquillité.

Dans " Harry Potter ", la figure de la marâtre est remplie par sa tante qu'il déteste.Dans le premier tome, il n'a même pas de chambre! Il dort dans un placard...

Sophie est battue par sa belle-mère.

Poil de Carotte tente désespérément de plaire à sa mère, sans succès, et subit diverses humiliations.

Jean et ses frères sont battus et humiliés quotidiennement.

La mère mise à distance

On ne l'appelle jamais "maman". Poil de Carotte ne la désigne pas autrement que par Mme Lepic, Jean et ses frères par Folcoche, contraction de Folle et cochonne. Ce terme si "naturel" de maman devient alors le théâtre de l'affrontement entre la mère et l'enfant.

Pas de solidarité familiale

L'enfant est totalement sans défense face au sadisme parental. Il est seul, même s'il est entouré.

Poil de Carotte ne peut espérer aucune aide de son frère et de sa soeur.

Harry est le souffre-douleur de son cousin Dudley...

Jean s'allie parfois avec ses frères mais c'est néanmoins "chacun pour soi".

Sophie est enfant unique...

Rêves de meurtre

Cela est surtout valable pour " Vipère au poing ", où les enfants tentent à deux reprises de tuer leur mère, par poison et par noyade.

L'émancipation de l'enfant

Harry Potter, non reconnu dans sa famille, va pourtant devenir le sorcier le plus célèbre de son temps, défier et vaincre l'assassin de ses parents. Il réussira à s'épanouir, notamment grâce à l'amitié.

Sophie, recueillie par une famille aimante, ne sera plus la "terrible Sophie" qui fait tant de bêtises.

Mais la fin n'est pas toujours aussi heureuse: la haine de Folcoche a laissé des traces chez le héros, Jean, qui déclare à la fin du roman qu'il est devenu comme elle: méchant, méfiant, "portant une vipère au poing".

Poil de Carotte non plus ne sera pas heureux: le livre s'achève sur sa constatation douloureuse: "Personne ne m'aimera jamais, moi!" et la silhouette terrible de Mme Lepic se dresse, faisant dire à l'enfant: "Excepté maman."

A lire:

Les malheurs de Sophie , de la comtesse de Ségur.

Poil de Carotte de Jules Renard.

Vipère au poing d'Hervé Bazin.

La saga Harry Potter de J.K Rowling

Pour aller plus loin:

Comtesse de Ségur -Les mystères de Sophie, Les contenus insoupçonnés d'une oeuvre incomprise de Patrick Pipet

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