L'écrivain, génie ou artisan?

Question éternelle, entre ceux qui prônent l'inspiration, cette étincelle divine, et ceux qui comparent l'écrivain à un travailleur comme les autres.
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Ainsi Anthony Trollope, grand romancier anglais du XIXe siècle, s'emporte contre la notion de

l’inspiration: « Certains pensent que celui qui travaille avec son imagination devrait attendre d’être

mis en mouvement par l’inspiration. Quand j’entends défendre une pareille opinion, j’ai du mal à

garder mon calme. Il ne serait, à mon avis, pas moins absurde de demander au cordonnier d’attendre

l’inspiration ou au fabriquant de chandelles d’attendre le divin moment de la fonte spontanée du suif. »

Boileau, écrivain et critique littéraire français du XVIIème siècle, avait déjà exprimé ce même sentiment

sur la nécessité du travail conscient de l’écrivain:

« Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, » (...) ( Art poétique )

L'artisan versus l'artiste?

L’écriture serait donc un métier comme un autre? Nulle Muse guidant le poète, mais un effort

constant et acharné d’un individu ayant quelque chose à dire au monde? Edmond de Goncourt

affirmait que l’écrivain se devait de prendre des notes, Stendhal parlait du roman comme « un

miroir qui se promène sur une grande route » suggérant ainsi que l’écrivain se devait d’être un

observateur de ses semblables. On pense bien sûr à Balzac, fort prisé des sociologues, qui avec sa

Comédie Humaine voulait décrire et analyser toute la société. Il s’agit là de la figure de l’écrivain

comme un individu conscient de son acte d’écrire et l’utilisant dans un but bien déterminé.

"Ah! Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie!" (Musset)

Cette figure s’oppose à celle, romantique, de l’écrivain comme voyant (Rimbaud). Un écrivain qui

ne sait même pas pourquoi il écrit, mais qui sait qu’il n’aurait pu faire autrement.

L'art pour l'art, en somme. Pour les tenants de l'inspiration, cet art magique dixit Baudelaire, l'acte

d'écrire est un processus qui leur échappe en grande partie. Ils se laissent guider par leurs émotions,

leurs sentiments, cette fameuse inspiration qui est la source même de leur talent. Ecrire n'est pas un

métier, mais un art de vivre, une façon d'être au monde. L'écrivain se laisse porter par les mots, il ne les

maîtrise pas. C'est un génie au sens propre du mot: il a cette aptitude innée et non pas acquise de

produire des chefs d'oeuvre.

Le don, un outil de travail

Peut-être l’écriture participe-t-elle des deux, de l’inspiration et de l’artisanat, du don et de l’effort

créateur, du rêve et de la réalité…Laissons le mot de la fin à Somerset Maugham, écrivain anglais

du XIXe siècle: "Quand les gens ne sont bons à rien d'autre, ils deviennent écrivains."

Pour aller plus loin, le même sujet traité d'un point de vue philosophique:

sergecar.perso.neuf.fr/cours/art1.htm

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