Au Panama, les indiens Kunas ont sauvegardé leurs traditions

La Comarca de Kuna Laya, terre des indiens Kunas, est située dans l'archipel des San Blas, une région entre terre et mer composée de plus de 400 îles.

Pour atteindre la Comarca de Kuna Laya depuis Panama City, le meilleur moyen est de prendre un petit avion qui part à 6h du matin de l’aéroport de Marcos A. Gelabert (plus connu sous le nom de Albrook) vers Porvenir, ou Playon Chico. Il survole la jungle en une heure. Les compagnies Air Panama et Aeroperlas s’y rendent tous les jours.

L'arrivée à Playon chico en territoire kuna

A l'arrivée, le contraste est impressionnant: parti d'une ville en pleine expansion ou les buildings poussent comme des champignons au milieu de quartiers sinistrés par la misère et la violence, l'avion atterrit sur une petite piste longée d'un côté par la jungle et de l'autre par la mer. L'aéroport se résume à une petite cahute posée au bord de la piste.

Un pont pour piétons relie la terre à l'île ou vit la "comunidad" (communauté) des Kunas.

Les femmes kunas et l'art des molas

En terre kunas, le visiteur est immédiatement frappé par la tenue des femmes: leurs mollets et leurs poignets sont sertis de bijoux en perles colorées, elles portent un pagne noir avec des motifs jaunes ou verts, un foulard rouge sur les cheveux et surtout des chemisiers dont le devant et le dos sont composés de molas.

Lors de l'arrivée des colons espagnols, les indiennes kunas se promenaient nues et arboraient des tatouages sur la poitrine et dans le dos. Cet art représentait le lien entre le monde d'ici et le monde "de là-bas". Contraintes de se vêtir pour être décentes à la face de Dieu, elles ont alors transformé cet art du tatouage en couture, créant les fameuses molas, des ouvrages sur tissus confectionnés par la superposition de 3 à 5 étoffes de couleurs différentes découpées pour représenter des animaux, des plantes ou des figures géométriques.

Les femmes kunas sont garantes de la perpétuation de la tradition et de la famille. Lorsque seuls des garçons naissent dans une famille, le cadet est élevé comme une fille et est initié à l'art du molas.

Un peuple qui a réussi à sauvegarder territoire et tradition

En 1925, le gouvernement panaméen a tenté de soumettre les Kunas par la force. Mais ceux-ci ont attendu les soldats armés de machettes et, grâce à la présence du navire américain "Cleveland" venu mouillé à leur demande en face de leurs îles, les Panaméens ont fait demi tour. C'est ainsi que les Kunas et le Panama ont trouvé une solution diplomatique donnant un statut indépendant à la Comarca de Kuna Laya.

Les cimetières kunas

L'une des plus belles traditions kunas est la façon dont cette communauté s'occupe de ses morts. Les cimetières kunas se trouvent sur la terre ferme. Edifiés en hauteur, ils ressemblent, de loin, à un petit village aux toits de chaume. Les disparus sont enterrés dans leur hamac à 7 mètres de profondeur. Les deux morceaux de bois servant à soutenir le hamac encadrent le monticule de terre de part et d'autre du tombeau. Un toit de chaume le recouvre. Des objets ayant appartenu au défunt sont déposés avec lui. Tous les matins, des membres de la famille du mort passent quelques heures en sa compagnie et prennent leur premier repas du jour avec lui.

Des îles paradisiaques

Le tourisme aidant, les Kunas ont aménagé de très jolis "hôtels" sur certaines de leurs îles. Dotées d'un minimum de confort - huttes à panneaux solaires, eau courante lorsque les îles ne sont pas trop éloignées du continent -, ils offrent de véritables paysages de cartes postales. On y est par ailleurs nourri de fruits de mer (crabes et langoustes) et les fonds marins à leurs pieds, riches en coraux, sont époustouflants.

Sur place : Agence de voyage Tucaya Panama

A lire : "Molas et tradition" par Michel Lecumberry

Et aussi lire l'article de Michèle Lallee-Lenders sur Les sauvages de l'île de la Sentinelle, dans le golfe du Bengale

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