Le racisme dans le paganisme nordique

Du national-socialisme aux petits nazillons de certains groupes païens, la spiritualité du nord est entachée de racisme. Une véritable aberration !
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Avec la seconde guerre mondiale, le paganisme nordique a été associé au national-socialisme et au drame humain qui en a découlé. Bien que les idéologues nazies se soient basées sur les dieux germano-scandinaves et sur les runes pour assoir leur propagande, rien ne prédisposait la mythologie nordique à légitimer de tels crimes.

Démonstration !

Contexte historique

Au XIXe siècle apparait un certain nombre d'idées philosophiques, sociales, politiques et religieuses, basées sur la notion d'inégalité raciale. Darwinisme social en Angleterre, régulation agressive des naissances en Suède, travaux scientifiques tendant à légitimer l'existence d'une race aryenne dominante...

En Allemagne, cette quête de "pureté" ou de "purification" passe par des groupuscules "pan germanistes" comme "Thulé" dans les années 30. Ces derniers seront très actifs dans les luttes intestines contre les communistes nouvellement arrivés au pouvoir dans une Allemagne très affaiblie politiquement.

Le paganisme germano-scandinave n'a fait qu'illustrer et alimenter certains fantasmes européens de l'époque. Il en a été la mise en forme, en quelque sorte. L'Europe avait besoin d'un souffle nouveau. Il en a pris la forme la plus dégénérée qui soit.

La mythologie

Il existe un texte auquel pourraient se référer certains groupes nordiques aux tendances néo-nazies. C'est la "Rigsthula" ou chant de Rigr qui justifierait, selon certains, la division tripartite de la société scandinave du Moyen Âge. La période durant laquelle il a été rédigé (entre 1000 et 1400) était connue pour son mépris des esclaves et son admiration du système aristocratique.

Dans ce chant, Rigr (le roi Heimdallr, possible hypostase d'Odhin), voyage dans le pays à la rencontre de ses habitants. Il reçoit tour à tour l'hospitalité de trois couples avec qui il engendrera respectivement la classe des esclaves, des guerriers et des aristocrates.

Pris au pied de la lettre, ce texte justifie l'inégalité sociale à l'époque viking. Reportons maintenant cette logique à l'esprit de renouveau européen d'avant les années 30. On ne peut s'empêcher de voir le germain et l'anglo-saxon comme la caste des aristocrates ayant droit de vie et de mort sur les "non-aryens".

Rationnellement et historiquement parlant, l'argument d'une telle transposition peut paraître faible. Et pourtant ! Le "renouveau de la nation germanique" s'est basé sur une opposition entre les forts et les faibles. Les premiers ayant été trop longtemps opprimés par les seconds. Une idée qu'on retrouve dans la "morale" de Nietzsche et qui a servi de fil conducteur dans toute l'édification de l'idéologie nazie.

Enfin, il faut bien garder à l'esprit que ce texte est certainement très postérieur à la constitution tripartite de la société scandinave. Une simple justification socio-historique a posteriori en somme. Ce n'est donc pas un être supérieur qui a dicté aux hommes ce code moral basé sur l'inégalité sociale. Il n'y a pas de fondement sacré là-dedans !

Fenrir : le grand méchant loup psychopathe

La spiritualité nordique n'échappe pas à un phénomène étrange : l'aveuglement fanatique

Bon nombre de candidats à la haine se réclameront d'illustres divinités comme Odhin ou Thor. Ils justifieront leurs visions racistes par une pseudo référence à des dieux, garants de l'ordre et de l'équilibre. Or, cette logique ne fait que reproduire des schémas propres à ceux qu'on appelle des anti dieux : Loki, Fenrir, Sutr et quelques autres.

Loki est une énergie intimement liée à Odhin, son frère sombre en quelque sorte. Aussi intelligent et rusé que le dieu borgne, Loki glisse, au fil des épisodes de l'Edda, du personnage du bouffon divin un peu maladroit vers une personnalité de plus en plus tordue jusqu'à devenir l'incarnation fanatique et violente de la rébellion contre l'ordre divin.

Au fil de ses aventures, Loki va engendrer un certain nombre d'entités, dont le loup Fenrir, créature gigantesque dotée d'une force telle que les dieux durent utiliser toutes leurs ruses magiques pour pouvoir l'enchaîner. Pour un temps seulement puisqu'il se libérera de son lien lors de l'assaut final du Ragnarok durant lequel il tuera Odhin avant d'être occis à son tour par un des fils de celui-ci.

Fenrir, c'est l'énergie fanatique de celui qui se veut fidèle au père, ici, Loki. Mais on peut bien transposer ce raisonnement à toutes les croyances, religieuses ou non. Les enfants d'Odhin agissent par devoir envers le sacré, figuré par le destin. Ce qui n'est pas le cas de Loki, véritable personnification de l'esprit obsessionnel et de sa progéniture, Fenrir, figure du fanatisme.

Le grand loup sombre et son géniteur sont bien ancré dans la psyché humaine. Ils sont là, tapis dans l'ombre de nos coeurs, notre univers intérieur si fragile et si mal défendu. On a beau se draper dans des justifications de "moi jamais", prendre des poses de parangons de vertus, nous restons tous des hommes fragiles ballotés entre l'ombre et la lumière, incapables de faire un choix.

Pour les croyants du Nord, le monde actuel aura une fin et choisir son camps doit se faire bien avant le terme. Mais avant de se projeter dans une vision "apocalyptique" du monde, il faut d'abord songer au présent et à toute cette discipline intérieure que chaque pratiquant de la voie du Nord doit suivre pour grandir. A charge, pour le croyant, de s'ancrer dans une force qui le dépasse mais avec qui il communique dans la foi.

Et comme Odhin l'écrit dans le Havamal : "l'homme est un trésor pour l'homme".

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