54e soldat tué en Afghanistan : l'impossible victoire de l'Otan

Encore un soldat français tué en Afghanistan dans une drôle de guerre. Face à la guerre totale lancée par les rebelles, les troupes de l'Otan s'enlisent.
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L'engagement de 150 000 soldats de l'Otan, dont 4000 militaires français, selon le site de commandement de l'Otan à Mons, devait permettre initialement à la coalition occidentale de remporter une guerre limitée. Or, depuis plusieurs années, les stratèges militaires de l'Otan sont confrontés à ce que le général Clausewitz appelait la guerre absolue. Même si le théoricien prussien la considérait comme un pur concept, que la réalité de la guerre pourrait approcher sans jamais l'atteindre, les rebelles, les tribus et les talibans afghans prouvent, après le vietmin en Indochine, que la guerre absolue peut être initiée sur une longue durée, même contre des forces mécaniquement supérieures.

Selon le porte-parole du chef d'état-major des Armées, "le samedi 19 février, vers 20 h 30, un groupe constitué essentiellement de soldats du 7e bataillon de chasseurs alpins de Bourg-Saint-Maurice, en Savoie, appartenant à la base avancée de Nijrab, a été pris sous le feu d'insurgés solidement armés, à l'entrée du village de Landakhel, aux abords de la vallée d'Alasay, en Kapisa. Une arme antichar a frappé un véhicule de l'avant blindé (VAB), provoquant la mort d'un soldat de première classe."

D'autres détails ont été fournis ce dimanche 20 février 2011 sur le site de l'état-major des armées : "L'élément santé qui se trouvait avec l'unité est immédiatement intervenu pour leur prodiguer les premiers soins et un hélicoptère a été dépêché sur zone pour les évacuer. Malgré la rapidité des secours mis en place, un des militaires touchés a succombé à ses blessures avant son évacuation."

Les pertes s'alourdissent en Afghanistan

Le chasseur alpin de Bourg-Saint-Maurice est le 54e soldat français mort en Afghanistan depuis le début de la présence française dans ce pays, qui est entrée dans sa dixième année. Le même jour, un deuxième soldat, caporal au 132e bataillon cynophile de l'armée de terre de Suippes (Marne), a été très grièvement blessé aux membres inférieurs.

La présidence de la République française a aussi publié un communiqué ce dimanche 20 février 2011. L'élysée termine sa déclaration annonçant le décès par la formule rituelle : "Le chef de l'État réaffirme son soutien au peuple afghan et aux autorités afghanes. Il exprime la détermination de la France à continuer d'oeuvrer au sein de la Force internationale d'assistance à la sécurité. Cette force, mandatée par l'ONU, a reçu la mission de contribuer au retour de la stabilité, au rétablissement de la paix et au développement en Afghanistan."

Assistance à la sécurité, détermination, stabilité, paix, et développement... Ces mots ont-ils encore un sens dans un Afghanistan martyr, déchiré et exsangue, où - pour ne prendre qu'un exemple - les rebelles ont provoqué 35 morts ce même samedi en attaquant une banque ?

La France possède des spécialistes de la guerre insurrectionnelle

Le président français, le président américain et les chefs d'état-major devraient rapidement investir 19 euros dans l'ouvrage récemment publié par les colonels français H. de Courrèges, E. Germain, N. Le Nen, intitulé Principes de contre-insurrection (éditions Economica, 112 pages). Les trois stratèges français ont participé à des opérations opposant des troupes régulières à des forces insurrectionnelles.

Dans cet ouvrage clair, précis, réaliste et novateur, préfacé par l'amiral Guillaud, ancien chef d'état-major particulier de Nicolas Sarkozy, les trois colonels font le point sur le renouvellement récent des principes stratégiques des guerres de contre-insurrection. A la lumière de leurs explications et de leurs expériences, bien des stratèges pourraient comprendre que les conditions ne sont pas réunies en Afghanistan pour que les troupes de l'Otan et les militaires Français puissent gagner.

Quelque part, ce livre, Principes de contre-insurrection fait penser à un autre ouvrage, Vers l'armée de métier , écrit en 1935 par un certain colonel Charles de Gaulle, qui préconisait l'utilisation massive des chars et des avions, et qui n'avait pas été pris au sérieux par les dirigeants et les politiques de l'époque. On connait la suite.

Pourquoi s'enliser dans une guerre illimitée ?

Faut-il dans ces conditions s'enliser dans une guerre illimitée, au lieu de privilégier la négociation ? Car si les Occidentaux voulaient une guerre limitée en Afghanistan, les belligérants d'en face ont décrété, eux, une guerre totale. Comme au Vietnam, où la guerre était limitée du point de vue américain, mais constituait une guerre totale pour leurs adversaires.

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