Assassinat de Jo Sisti en Corse : l'enquête au point mort ?

Près d'une semaine après les odieux meurtres de Jo Sisti et de Jean-Louis Chiodi, il semblerait que l'enquête piétine en Corse, malgré la balistique
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De nombreux corses s'interrogent sur les lenteurs de l'enquête, après l'assassinat du nationaliste et ancien élu Jo Sisti et de son beau-frère Jean-Louis Chiodi. Tués dans une embuscade le jour de Pâques, les deux hommes ont été achevés à bout pourtant, avec une violence inouïe. Joseph Sisti était militant de la formation nationaliste modérée Femu A Corsica.

Depuis bien des années, de méméoire d'insulaire, jamais des Pâques n'avaient été aussi"sanglantes" en Haute Corse. A croire que les tueurs de l'ancien secrétaire général, dans les années 90, de l'Accolta Naziunale Corsa (ANC) ont voulu marquer les esprits. Un enquêteur, joint par téléphone et qui souhaite conserver l'anonymat, évoquait ce 14 avril 2012 "l'absence de progression au niveau de l'enquête et....l'absence de piste".

Comme si personne ne se donnait les moyens d'identifier et d'arrêter les tueurs. Car la gendarmerie scientifique a pu recueillir de très nombreux indices balistiques, les auteurs du meurtres n'ayant pas pris la peine de ramasser les douilles de fort calibre et de faire disparaître les nombreux indices laissés sur place.

Les deux hommes tués par du gros calibre lors de l'embuscade

Une chose est sûre : les tueurs n'ont laissé aucune chance aux deux malheureuses victimes. "Jean-Louis Chiodi est descendu du véhicule quand il a été mortellement blessé à la poitrine par une arme de chasse et achevé d'une balle dans la tête tandis que Joseph Sisti a été visé par plusieurs balles de gros calibre alors qu'il tentait d'échapper aux tueurs en sortant de la voiture qui a terminé sa course contre un rocher", précisait la source jointe par téléphone.

"Il aurait également été achevé à bout portant d'une balle dans la tête", selon cet enquêteur. "Plusieurs étuis de gros calibre, principalement du 9 mm et du 11,43 mm ont été retrouvés sur place".

Les deux corps ont été découverts par l'épouse de Joseph Sisti, qui inquiète de ne pas voir revenir son mari, s'était rendue sur place.

"C'est une enquête difficile où tout est ouvert en raison du contexte délicat de la plaine orientale où de nombreux faits de banditisme et une dizaine de meurtres ont été constatés depuis trois ans", expliquait le colonel Christian Rodriguez, commandant la région gendarmerie en Corse, contacté par téléphone.

Les fils des deux victimes étaient connus des services de justice. Le 5 novembre 2011, à Migliacciaru, non loin de la scène de crime, ils avaient échangé des coups de feu avec le GIGN qui avait interpellé une partie d'un groupe de quatre hommes. Les deux fils des victimes, très impliqués pour l'indépendance de la Corse, auraient également été mis en cause en janvier dans une dizaine d'attentats perpétrés en Haute-Corse.

"Il n'y a aucun lien entre les fils, qui nient les faits qui leur sont reprochés, et le double homicide des pères", soulignait le procureur de la République de Bastia Dominique Alzeari.

Deux victimes très honorablement connues

Cette nouvelle affaire peut laisser penser que des tueurs du milieu ou du grand baditisme ont été utilisés pour faire disparaître un indépendantiste honnête, qui dérangeait beaucoup de monde. Certains enquêteurs n'écarteraient pas l'hypothèse de nouveaux réglements de comptes dans les milieux nationalistes, dont les deux victimes, honorablement connues, auraient pu faire les frais.

Les tueurs sont-ils venus spécialement de l'extérieur pour exécuter un contrat ? Car les spécialistes du grand banditisme s'accordant sur le fait que le milieu corse et le milieu marseillais sont les plus puissants milieu français du grand banditisme . Le site Wikipedia écrit même : "Étroitement liés aux intérêts corses , le milieu de Marseille a traditionnellement de puissantes ramifications à Paris et à l'international ( Afrique du Nord , Amériques ..)".

Qui était Jo Sisti ?

Jo Sisti, ancien secrétaire général dans les années 90 de l'Accolta Naziunale Corsa (ANC), ancien élu de l'assemblée régionale de Corse, était militant de la formation nationaliste modérée Femu A Corsica ("Faisons la Corse"). Selon le procureur de la République de Bastia, Dominique Alzeari, "aucun élément a priori n'aurait pu laisser penser que les deux hommes allaient être abattus" lors de ces Pâques "sanglantes" en Haute Corse.

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