Atrocités en Libye et Syrie

Les civils Syriens ont-ils moins de valeur que les civils Libyens ? Pourquoi deux poids, deux mesures pour des massacres de populations civiles ? Le pétrole

Alors que les massacres de civils se poursuivent en Syrie, le gouvernement Français se contente de diffuser des communiqués. Pour trois fois moins de victimes en Libye, la France et la communauté internationale envoyaient leur aviation et leur marine secourir les civils libyens. Dans le but inavoué de s'approprier ensuite le pétrole libyen ? Décryptage.

"La France condamne avec force la poursuite des massacres perpétrés par le régime syrien, qui ont fait plusieurs dizaines de morts parmi les civils et de nombreux blessés au cours des derniers jours....". C'est le dernier communiqué officiel du gouvernement français en ce mois d'avril 2012.

Alors que le régime de Bachar Al-Assad avait annoncé qu’il acceptait le plan Annan et proposé lui-même la date du 10 avril pour le retrait de ses troupes et de ses armes lourdes des centres urbains, la France estime que Bachar Al-Assad formule maintenant "de nouvelles exigences inacceptables".

Des mots, que des mots.... pour les civils massacrés en Syrie, ancienne colonie française

La France annonce qu'elle "renouvelle son plein soutien et sa confiance à M. Kofi Annan, envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe. Elle est comme lui choquée par les atrocités qui continuent d’être commises en Syrie.

"La communauté internationale a réitéré par une déclaration du Conseil de sécurité des Nations unies du 5 avril 2012 sa demande "au Gouvernement syrien d’honorer de toute urgence et de manière visible, les engagements qu’il a pris de mettre fin aux mouvements de troupes en direction des agglomérations, de cesser de faire usage d’armes lourdes en ces lieux, et de commencer à retirer les troupes concentrées dans les agglomérations et aux alentours, et de s’acquitter intégralement de ces engagements d’ici au 10 avril 2012 au plus tard"...."

A cette échéance, la France estime qu'elle devra, avec la communauté internationale, "tirer les conséquences de ce refus du régime syrien de coopérer. Elle rappelle avec force cette exigence à Damas....."

Des avions, des hélicoptères, des armes, des bombes pour protéger les civils Libyens

Dans les mêmes circonstances, le Conseil de sécurité de l'ONU a finalement voté le jeudi 17 mars 2011, en soirée,l'utilisation de la force en Libye contre les troupes du colonel Mouammar Kadhafi. L'interprétation du texte ouvre la voie à des frappes aériennes dans ce pays, et aurait du faire jurisprudence en Syrie, pour sauver des centaines de milliers de civils !

La dépêche de l'AFP relatant la séance indiquait que "la résolution autorise les mes nécessaires pour protéger les civils et imposer un cessez-le-feu à l'armée libyenne (...) Le texte a été adopté par 10 voix sur les 15 membres du Conseil de sécurité. La Chine et la Russie se sont abstenues mais n'ont pas utilisé leur veto pour bloquer le texte. L'Allemagne, le Brésil et l'Inde se sont aussi abstenus."

Avant le vote, alors que le Colonel Mouammar Kadhafi avait annoncé un assaut contre la ville de Benghazi, fief des rebelles, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait averti qu'il n'y avait plus beaucoup de temps pour intervenir. "C'est peut être une question d'heures" , avait-il lancé avant le vote. Pour la Syrie, le temps ne semble pas compté dans l'esprit des dirigeants français !

Une intervention ultra rapide de l'OTAN en Libye

Dès la résolution de l'Onu votée en mars 2011,, les militaires de l'Otan étudient les différentes options, en étroite coordination avec les chefs d'état-major de l'armée de l'air des pays occidentaux ayant accepté de prêter leur concours. Les militaires de l'Otan ont déjà renforcé leur présence dans la région, à travers l’envoi de navires supplémentaires face aux côtes libyennes. Le dispositif déployé a été placé sous le commandement de l’amiral James Stavridis, commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) .

Cette décision permet aux militaires d’accroître la connaissance de la situation et concourt à la capacité de surveillance et de contrôle de l’embargo, notamment concernant les armes, en accord avec la résolution 1970 du Conseil de sécurité des Nations unies .

Avant même le vote de la résolution, les autorités militaires de l’organisation ont mis sur pied de manière urgente « un plan détaillé d’intervention dans le domaine de l’assistance humanitaire, ainsi que de nouvelles mesures pour venir renforcer celles concernant l’embargo sur les armes », selon le site internet de l'Otan.

Création en urgence d'une zone d'exclusion aérienne pour la Libye, rien pour la Syrie !

La mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye (no flight zone), afin de faire cesser les bombardements menés par l’aviation de Mouammar Kadhafi contre les insurgés, est intervenue dès les premièress heures de la journée du 18 mars 2011. Celle-ci est précédée par la surveillance de l'espace aérien libyen par le biais d’avions-radar de type Awacs déjà présents dans la région dans le cadre de l'opération maritime anti-terroriste Active Endeavour menée par l’Otan en mer Méditerranée .

U ne course de vitesse entre Kadhafi et l'Otan

Comme l'armée Syrienne et Bachar Al-Assad, la légion Libyenne de Kadhafi a engagé une course de vitesse avec l'Otan depuis 24 heures, pour reprendre Benghazi aux insurgés, en utilisant l'aviation libyenne, qui décolle depuis l'aérodrome de Syrte.

Avec tous ses mercenaires formés par d’anciens combattants issus des différentes rébellions africaines, et rapatriés en urgence ces dernières semaines, le colonel Kadhafi disposait d'une armée de "professionnels. Et cette légion libyenne a repris la plupart des villes libyennes aux insurgés et aux opposants.

Comme indiqué dans un précédent article , beaucoup de mercenaires libyens étaient issus du Mali (des touaregs chassés du Nord du Mali, lire aussi après le coup d'état au Mali, un état Touareg indépendant au Nord ), du Tchad, du Niger, de Mauritanie, d’Algérie, de Centrafrique, mais aussi de quelques pays asiatiques. " Je ne crois pas que leur recrutement se soit fait au hasard et au cas par cas, c’est tout simplement impossible , expliquait alors Jean-Philippe Daniel, spécialiste du dossier libyen. Je pense que ces mercenaires faisaient déjà partie de groupes étrangers alliés au régime Kadhafi depuis une trentaine d’années et qu’ils sont venus vendre leurs services à ce dernier dès le début de l’insurrection ."

L’actuel Commandant suprême des forces alliées en Europe est l ’amiral James G. Stavridis (forces navales des États-Unis), qui avait pris ses fonctions le 2 juillet 2009, a dirigé et coordonné, dès les premières heures, toutes les actions militaires engagées pour protéger les civils libyens..

En tant que SACEUR, il était responsable du commandement général des opérations militaires de l'Otan et il conduisait la planification militaire nécessaire des opérations, notamment en recensant les forces requises pour les missions et en demandant ces forces aux pays de l’Otan, comme le Conseil de l’Atlantique Nord l’autorise et conformément aux instructions du Comité militaire de l’Otan. Le SACEUR analysait ces besoins opérationnels en coopération avec le Commandant suprême allié.

Le même dispositif aurait pu être mis en oeuvre pour protéger les populations civiles Syriennes, massacrées comme de la chair à canon depuis plusieurs mois ! Pourquoi rien n'a été fait ?

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