Chirac regarde Nicolas Sarkozy saborder l'UMP après le 2 ème tour

Après toutes les bourdes réalisées par Nicolas Sarkozy, l'UMP se trouve fragilisée pour les élections législatives de juin prochain. Etat des lieux.

Incroyable, mais vrai ! Alain Juppé, le premier président de l’UMP, et François Fillon, le "Premier ministre-homme à tout faire" de Sarkozy, ont eu une patience d’ange pendant ce quinquennat, mais ils se sont mis en service minimum pour la fin des élections présidentielles. Comme l'ont montré plusieurs photos et images de télévision .

Fillon semblait assommé, éteint, presque je-m’en-foutiste, déjà ailleurs (peut-être se projetait-il sur 2014 et les municipales à Paris ?) quand il s’est adressé pendant quelques minutes aux militants à la Mutualité. En tous cas, l’effet aura été désastreux pour le camp Sarkozy, qui aura entendu ce message subliminal : "Maintenant, qu’il se débrouille sans moi."

Juppé , quant à lui, était plus hargneux que d’habitude, plus méprisant encore, plus droit que jamais dans ses bottes quand, sur les chaînes de télévision, il a donné l’impression de ne pas accepter l’échec annoncé de Nicolas Sarkozy. Sans doute était-ce trop pour celui qui devait revivre un mauvais film : le renoncement inéluctable à toute ambition personnelle, lui qui se voyait déjà Premier ministre au mois de mai.

Une voie d'aigle royal pour Jean-François Copé ?

Seul Jean-François Copé paraissait combatif, presque guilleret dimanche soir, comme si cette déconfiture de la droite lui permettait d’envisager, après la défaite annoncée de Nicolas Sarkozy, une reprise en main de l’UMP à son unique service.

C'est du moins ce qu'on relevé plusieurs quotidiens nationaux.Car l’histoire des partis de droite se poursuit et se ressemble : l’UMP va se briser, se recomposer, pourrait bien changer de nom dans les semaines qui viennent, comme avant elle l’UDR et le RPR, pour devenir la rampe de lancement de Copé en 2017.

On n’en est pas là, certes, même si Nicolas Sarkozy s’apprête à lui faciliter le travail. Dans son obsession d’être réélu le 6 mai prochain, il prend le risque de pousser encore davantage l’UMP vers l’extrême droite au point de se mettre définitivement à dos les républicains, aussi bien les chiraquiens que les radicaux et même les libéraux.

Ça sent dès lors la fin de parcours pour cette organisation quasi militaire, qui aura gommé tous ses courants pendant dix ans, et qui, aujourd’hui, semble prête à s’effondrer sous les coups de boutoirs de ses membres : pressentant la défaite de leur camp, ils ne vont plus supporter longtemps d’avaler des couleuvres sans rien dire.

L es valeurs de la République bradées

Nicolas Sarkozy aura été un très mauvais stratège, même s’il ne faut en rien préjuger des résultats du 6 mai prochain.

Il a bradé les valeurs de la République que sont la défense de la laïcité et la tolérance, en prononçant le discours de Grenoble contre les Roms , en évoquant "la place de l’homme africain dans l’histoire", en préférant vanter les mérites du "curé" sur "l’instituteur", en dénonçant avec Claude Guéant les dangers que courait notre "civilisation" française avec l’immigration, la viande halal, la burqa et les horaires de piscine.

Le problème, c’est que les Français ne se sont pas laissé endormir. L’immense majorité n’a pas oublié le bilan catastrophique du président sortant (chômage en hausse, pouvoir d’achat en baisse, explosion de la dette) et elle a refusé le coup des boucs émissaires que seraient les assistés, les fonctionnaires, les immigrés.

Et les 18% restant, ceux qui étaient d’accord avec Sarkozy pour stigmatiser les étrangers ont "préféré l’original à la copie" et choisi de voter FN.

A l’évidence, loin de récupérer les voix du Front national, Nicolas Sarkozy a contribué, consciemment, à l’entreprise de banalisation, de respectabilité de l’extrême droite entamée par Marine Le Pen, en reprenant à son compte ses thèses les plus intolérantes.

En acceptant de remettre son destin entre les mains de son conseiller Patrick Buisson, en jouant à fond sur le populisme et la démagogie voulus par la "Droite populaire", non seulement Sarkozy n’a pas obtenu le moindre résultat, mais il doit désormais en payer le prix : un Front national plus fort que jamais et un parti UMP en miettes. Terrible échec.

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