Comment les braqueurs de Grenoble ont échappé aux flics

Opérant dans une bijouterie de Grenoble à quelques mètres du commissariat, les braqueurs avaient une puissance de feu supérieure à celle des policiers.
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Les policiers ont eu peur de la puissance de feu des braqueurs et se sont mis à l'abri, plutôt que de poursuivre les braqueurs qui sortaient de la bijouterie de Grenoble et qui tiraient. Cet élément ressort du récit à postériori de témoins civils, joints par téléphone et qui préfèrent garder l'anonymat.

Depuis ce violent braquage, les magistrats du Parquet de Grenoble communiquent presque quotidiennement, en expliquant que les auteurs du braquage à l'arme de guerre d'une bijouterie en plein centre de Grenoble sont toujours activement recherchés, mais introuvables.

Toujours est-il que les auteurs de ce braquage violent; à l'arme de guerre d'une bijouterie du centre de Grenoble, située à quelques pas du commissariat de police, qui abrite, même en période estivale, plusieurs dizaines de flics, illustrent la suprématie de la Kalachnikov. Beaucoup de voyous des banlieues et gitans disposent aujourd'hui de kalachnikovs. Au même titre que le milieu.

La kalachnikov est une arme redoutable, faite pour tuer

Comme Suite 101 l'a écrit dans les heures qui ont suivi le braquage, dans la criminalité de 2012, les anciens caïds du milieu français et leur "code d'honneur" semblent bien avoir définitivement intégré "le musée Grevin du milieu". Et les François Marcantoni et autre truands à l'ancienne inspirent probablement des regrets aux policiers chargés de la lutte contre la criminalité et la délinquance. Aujourd'hui confrontés à des kalachnikovs, pistolets automatiques et explosifs, les policiers et gendarmes risquent leur vie à chaque coin de rue.

Le fusil-mitrailleur AK-47 permet de tirer dans les situations les plus variées. Il ne s’enraie pas, même couvert de terre, même plein d’eau, et s’empoigne facilement, sa détente est si sensible qu’elle peut être pressée par un enfant. Chance, erreur, imprécision : tout ce qui peut sauver la vie lors d’une fusillade n’existe pas avec l’AK-47, un engin qui ne laisse aucune place au hasard.

Selon Roberto Saviano, auteur du livre "Dans l'empire de la Camorra", "la kalachnikov est simple à utiliser, facile à transporter, il est si efficace qu’on n’a pas besoin d’entraînement. (...) “Sadate (...), le général Dalla Chiesa (...) et Ceausescu furent tous abattus à la kalachnikov. Salvador Allende fut retrouvé (...) avec des balles de kalachnikov dans le corps. Des morts célèbres qui sont la meilleure publicité possible pour l’AK-47. Le fusil figure même sur (...) les emblèmes d’innombrables organisations politiques, du Fatah en Palestine au MRTA au Pérou. (...) dans ses vidéos, Oussama Ben Laden s’en sert comme d’un symbole menaçant. (...)

“Kalachnikov a créé une arme particulièrement efficace qu’on a pu perfectionner au fil des années, une arme qui a connu dix-huit versions et vingt-deux nouveaux modèles inspirés de l’original... (...) Kalachnikov a fait un geste en faveur de l’égalité : des armes pour chacun, des massacres pour tous.”

Le véhicule des braqueurs retrouvé le 11 août 2012

Le 4X4 avec lequel les quatre malfaiteurs armés avaient pris la fuite vendredi après le braquage d'une bijouterie dans le centre de Grenoble, a été retrouvé incendié le lendemain soir, selon une information diffusée le 13 août 2012 par le parquet de Grenoble.

Le véhicule des truands n'a pas été retrouvé suite aux investigations des magistrats et des policiers, mais suite à un acte de citoyenneté d'un automobiliste. Ce dernier, apercevant des fammes et de la fumée, le 11 août 2012 vers 23 h 30, a alerté les autorités.

Le véhicule se trouvait sur un chemin de terre, sur la commune de La Pierre, à quelques kilomètres de l'endroit où les braqueurs avaient relâché la jeune femme qu'ils avaient emmenée en otage lors de leur fuite.

Les magistrats du Parquet de Ggrenoble, joints par téléphone, ont précisé que "le 4X4 a été entièrement calciné".

Puissance de feu et action commando des braqueurs ont déconcerté les policiers

Le mode opératoire des braqueurs de la bijouterie de Grenoble ressembloe étrangement à celui des gangsters, armés de kalachnikovs, qui ont dévalisé le crédit agricole de Thonon-les-Bains en juillet 1995, et qui avaient abattu, à la kalachnikov plusieurs policiers. Même armement, même mode opératoire avec une équipe de protection à l'extérieur de la banque, fuite rapide en utilisant la supériorité de la puissance de feu face à des policiers armés de manière conventionnelle, abandon rapide du véhicule après le braquage, etc.

Truands chevronnés, mafia des pays de l'Est (avec d'ex-militaires ou d'anciens membres du KGB) ? Toujours est-il que les braqueurs du crédit agricole de Thonon-les-Bains n'ont jamais été retrouvés par les forces de l'ordre.

Dans le cas de la bijouterie de Grenoble, alliant la puissance de feu d'un croiseur, la capacité de manoeuvre et d'action, la prise d'otage, une connaissance du terrain, les auteurs du braquage avait "les blancs" sur les policiers handicapés par l'infériorité de leur armement et l'effet de surprise.

La kalachnikov est pour les truands au XXI ème siècle ce qu'était la Winchester dans la conquête de l'Ouest

Ainsi, les petits truands Marseillais semblent avoir trouvé un second souffle avec l'utilisation massive de la kalachnikov. Mois après mois, semaines après semaines, policiers, civils, commerçants, truands Corses, Niçois, Varois, Grenoblois ou Lyonnais, tous tombent sous le feu nourri des marseillais.

"Aucune arme au Monde n'a fait plus de morts que l'AK-47. La Kalachnikov a tué plus que les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki, plus que le virus du H.I.V., plus que la peste bubonique, plus que la malaria, plus que tous les attentats commis par les fondamentalistes islamistes, tous les tremblements de terre réunis. Une quantité colossale, inimaginable, de chair humaine...." écrit Roberto Saviano, page 272, dans un livre saisissant "Gomorra, Dans l'empire de la Camorra" (éditions Folio, 2006). A croire que la nouvelle génération de truands, issus des banlieues, a potassé l'ouvrage en cours du soir.

Des milliers de kalachnikovs circulent dans le milieu et les banlieues

Au même moment, à la fin de l'année 2011, la presse nationale française a semblé soudainement découvrir la dangerosité des Kalachnikovs utilisées pour le cambriolage d'un magasin de bricolage, le 28 novembre 2011, dans le quartier Saint-Just à Marseille, et lors d'une course poursuite, la veille, à Vitrolles, où un policier a été mortellement atteint. Deux morts, deux blessés grave en 24 heures ! Quelques jours plus tard, les Marseillais "remettent ça" et l'un des leurs tombe, dans le cadre d'un réglement de compte, sous les projectiles des kalach.

Contacté par téléphone, le procureur de la République de Marseille, Jacques Dallest, qui avait connu des contrées plus paisibles lorsqu'il était en poste en Haute-Savoie, relativise la situation et précise qu'il s'agit du "Dixième règlement de comptes à Marseille en 2011 et le premier à La Castellane depuis plusieurs années...". Pour ce magistrat expérimenté, "C'est la triste illustration du phénomène des cités" et la patron du Parquet Marseillais ajoute qu'il a comptabilisé une "Trentaine de tentatives de règlements de comptes" à Marseille durant cette année 2011.

Les propos "comptables" du magistrat ne peuvent faire oublier que la cité phocéenne connaît bien, en cette fin 2011, et après un printemps chaud, une "tempête de la gachette", qui rappelle furieusement la grande époque de la guerre des gangs. On ne s'arrose plus entre truands chevronnés, quelquefois issus de la résistance (comme François Marcantoni ou les frères Guerini) ou de la Gestapo française, à la mitraillette Thomson à camembert ou au 11.43, le calibre préféré de la pègre. C'est désormais à la kalachnikov, ce fusil d'assaut russe facile à se procurer depuis la fin du conflit des Balkans, que les nouveaux truands, même les plus minables, règlent aujourd'hui leurs comptes.

La supériorite de la kalachnikov est, une fois encore, illustrée, par le récent et violent braquage à l'arme de guerre à Grenoble.

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