Conflit diplomatique entre la France et la Guinée équatoriale

Après que deux juges français aient sollicité un mandat d'arrêt à l'encontre du ministre d'État de l'Agriculture et des Forêts de Guinée, conflit larvé.
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Rien ne va plus entre Paris et le gouvernement français d'une part, et Malabo, la République de Guinée équatoriale et son gouvernement d'autre part. Via son ambassadeur de Paris, le gouvernement de Guinée équatoriale indique ce 29 mars 2012 : "Si la France souhaite rompre ses relations avec l'État équato-guinéen, de manière unilatérale, elle doit le déclarer ouvertement...." ( voir aussi les informations publiées sur le site internet de l'Ambassade de Guinée Equatoriale, à l'adresse :http://www.ambagefrance.com/ )

Cette annonce intervient après que le gouvernement de la République de Guinée équatoriale ait pris connaissance des informations diffusées par les médias français et internationaux, selon lesquels "deux juges français ont sollicité un mandat d'arrêt international contre Monsieur Teodoro Nguema Obiang Mangue, ministre d'État de l'Agriculture et des Forêts, en raison d'un soi-disant délit de biens mal acquis en France....". Incroyable, mais vrai !

Dans ce Communiqué officiel du 29/03/2012 , il est indiqué, entre autres, que "le gouvernement de Guinée équatoriale est conscient que la seule intention des juges, des autorités et des agents français est de provoquer une déstabilisation interne en République de Guinée équatoriale". Il est également précisé que "si la France souhaite rompre ses relations avec l'État équato-guinéen, de manière unilatérale, elle doit le déclarer ouvertement...".

Fuites judiciaires dans la presse française

Ce jeudi 29 mars 2012, Maître Emmanuel Marsigny, avocat du ministre d’État de la République de Guinée Equatoriale Teodoro Nguema Obiang Mangue, est aussi "monté en première ligne", en s'exprimant, pour la première fois, sur ce dossier, qui pourrait conduire à une rupture des relations dimplomatiques entre les deux pays. L'avocat français s'étonne que les magistrats instructeurs envisagent de délivrer un mandat d’arrêt contre son client.

Maître Emmanuel Marsigny, conseiller de Monsieur Teodoro Nguema Obiang Mangue, ministre d’État de la République de Guinée équatoriale, s’étonne des informations apparues dans la presse indiquant que les magistrats instructeurs souhaitent délivrer un mandat d’arrêt contre ce dernier " alors qu’aucun élément ne permet de penser qu’il aurait commis une quelconque infraction que ce soit en France ou à l’étranger et que surtout, l’ensemble des acquisitions qu’il a pu réaliser ont toujours été faites dans la plus parfaite transparence, vis-à-vis des autorités bancaires et fiscales françaises, puisqu’elles ont été réalisées à partir de comptes bancaires personnels ou de sociétés de droit privé dont il est actionnaire, alimentées par des activités économiques parfaitement légales, qui plus est, par l’intermédiaire de la Banque de France qui n’a jamais, avant l’acharnement médiatique orchestré par des associations aux motivations obscures, trouvé quoi que ce soit à redire connaissant l’arrière plan économique de ces opérations....".

Perquisition illégale dans les locaux diplomatique de Guinée ?

Maître Emmanuel Marsigny ajoute "Cette volonté des magistrats instructeurs est d’autant plus surprenante que d’une part, le ministre d’État a accepté, sans aucune difficulté, d’être domicilié chez son conseiller parisien pour les besoins de cette procédure, alors qu’il n’y était pas obligé, n’ayant jamais souhaité ni voulu se soustraire à la justice française et que d’autre part, s’il n’a pas pu, en l’état, déférer à la convocation qui lui a été adressée, c’est en raison du code de procédure pénale et du non-agrément par le gouvernement de la République de Guinée équatoriale, de la demande d’audition de son ministre et représentant, qui lui a été transmise par les mêmes magistrats instructeurs, conformément au code de procédure pénale, par l’intermédiaire du Ministère des Affaires étrangères pendant qu’une perquisition avait lieu dans des locaux diplomatiques en violation des conventions internationales...."

"Il est dès lors surprenant que les mêmes magistrats, sachant ne pas pouvoir réaliser l’audition sans l’agrément préalable du gouvernement de la République de Guinée équatoriale qu’ils ont eux-mêmes sollicité, aient considéré, malgré ce refus, qu’il convenait de délivrer un mandat d’arrêt.

"Il n’y a donc aucun fondement à ce qu’un mandat d’arrêt puisse être délivré contre le ministre d’État de l’Agriculture, et qui s’ajoute, en même temps, au fait que les magistrats, qui sont chargés depuis plus de six mois de la demande de restitution des véhicules placés sous scellés fin septembre 2011, n’ont toujours pas fait connaître les raisons qui s’opposent à cette restitution."

Qui veut déstabiliser la Guinée équatoriale ?

Alors que le Quai d'Orsay, contacté par téléphone, se refuse à faire toute déclaration sur cette affaire, et manifeste un embarras évident, le gouvernement de la République de Guinée équatoriale s'exprime, sans langue de bois, sur cette affaire. par la voix de son ambassadeur, joint par téléphone à Paris, il réaffirme "sa profonde préoccupation pour cette révélation qui surprend les institutions et le peuple de Guinée équatoriale, car cette République maintient avec la République française d‘excellentes relations d'amitié et de coopération depuis son indépendance en 1968 et parce que les autorités compétentes du pays n'ont pas été préalablement réunies pour connaitre ce conflit.

"Avec ce caractère d'excellence, les deux pays ont souscrit d‘importants accords en matière de coopération, d'investissements réciproques et de protection mutuelle des biens et des personnes, mis à part les prévisions de la convention de Vienne sur les immunités diplomatiques.

"Le gouvernement de la République de Guinée équatoriale regrette la faible vision professionnelle des juges et des services de sécurité de l'État français lorsqu'ils ont traité de manière superficielle l’affaire sur l'immeuble acquis par l'État équato-guinéen, avec la perquisition réalisée par les juges et la police en violation flagrante de la convention de Vienne sur la protection des missions diplomatiques et l'accord de protection réciproque des investissements signé par les deux pays.

"Le gouvernement et le peuple de Guinée équatoriale expriment leur profonde indignation concernant le traitement visiblement discriminatoire, car il existe des personnalités et des États étrangers qui possèdent des fortunes et de grands intérêts en France et qui n’ont pas été placés sous enquête par la justice française ; cependant, une propriété que possède légalement l'État équato-guinéen et qui représente une partie de sa mission diplomatique a reçu un traitement brutal, y compris les autorités de l'État....".

Des dérapages dans la procédure judiciaire ?

En effet, le président et le gouvernement de Guinée équatoriale ont beau jeu de de souligner "le caractère insolite de la procédure judiciaire, dans laquelle la justice française a agi de manière unilatérale, sans réunir, ni enquêter ni même informer la partie opposée, qui est la Guinée équatoriale....".

Le gouvernement de la Guinée équatoriale insiste, une fois de plus, sur "l'obligation du gouvernement de la République française de garantir l'exercice du droit international dans son pays, car, malgré les explications réitérées apportant des preuves irréfutables à la légitimité de l'État équato-guinéen sur l’immeuble en litige, les autorités françaises sont restées indifférentes face à l'action illégale de ses agents et de ses fonctionnaires.

"Le gouvernement de la République de Guinée équatoriale est conscient que la seule intention des juges, des autorités et des agents français est de provoquer une déstabilisation interne en République de Guinée équatoriale ; puisqu'aucune représentation de la société équato-guinéenne n'a entrepris d’action revendicative contre la violation des droits du peuple....."

Des véhicules diplomatiques Guinéens sous scellés depuis 6 mois

Dans ce qui ressemble, de plus en plus, à un conflit post-colonial, après les interventions à répétition du gouvernement français dans différents pays arabes ou africains (Libye, Côte d'Ivoire,etc Guerre en Libye : "l'odyssée de l'impasse" selon le colonel Goya ), les dirigeants de Guinée réaffirment, haut et fore, "qu'il n’y a donc aucun fondement à ce qu’un mandat d’arrêt puisse être délivré contre le ministre d’État de l’Agriculture, et qui s’ajoute, en même temps, au fait que les magistrats, qui sont chargés depuis plus de six mois de la demande de restitution des véhicules placés sous scellés fin septembre 2011, n’ont toujours pas fait connaître les raisons qui s’opposent à cette restitution...."

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