Corrèze : des agriculteurs veulent conserver la plus-value

Une plate-forme de commercialisation de produits agricoles ? Ou comment ramener la plus-value des productions dans la poche des agriculteurs.
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Depuis deux ans, des agriculteurs corréziens ont oeuvré à la mise en place d'une plate-forme agroalimentaire destinée à valoriser les productions agricoles. Ce qui a séduit un certain nombre d’interlocuteurs. Pourquoi acheter loin, alors que le carburant coûte cher, lorsque les agriculteurs locaux privilégient une qualité proche du bio ?

La Corrèze est considérée, dans l’ensemble de la France, comme une terre de gastronomie. Le veau sous la mère, les bovins, les porcs, les agneaux corréziens ont une réputation similaire à celle des poulets de Bresse et des chapons pour l’Ain, ou encore des fromages de chèvres ardéchois. "Tout montre que nous avons du potentiel mais que nous n’avons pas su créer la plus-value, explique un agriculteur de ce département. Et nous savons aussi que nos meilleurs ambassadeurs se trouvent à côté de nous. Pourquoi ne pas essayer de mettre ces deux paramètres en concordance ?".

Faire consommer les produits départementaux aux Corréziens

Cette question posée lors d"un congrès départemental de la FDSEA, la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles, n’est pas restée lettre morte. La dynamique équipe du syndicat a engagé les études administratives, juridiques, commerciales pour ramener au plus vite la plus-value dans la poche des agriculteurs, pour maintenir les productions, et intensifier « le consommer local ». Il s’agit de développer les parts de marchés sur le réseau de consommation de la Corrèze.

D’où le lancement d’un outil qui permet de faire consommer les produits départementaux aux corréziens.

Les collectivités des principales villes se penchent déjà, depuis un certain temps sur cette question, pour répondre aux demandes des parents, afin de faire manger local ou bio aux écoliers, collégiens et lycéens dans les cantines.

Leurs démarches ne sont pas simples, car elles restent encadrées par des cahiers des charges stricts et témoignent du manque de connaissance entre les différents opérateurs.

Une plate-forme facilitatrice de marché

L’initiative de la FDSEA semble répondre à une attente. Il s’agit de créer un outil légal capable de coordonner les demandes et besoins de produits locaux et les offres des producteurs d'une même zone géographique. Cet outil est censé servir aussi bien aux collectivités qu’aux magasins de grande distribution.

Tout repose sur la proposition d’un service clé en main et l’assurance du respect des cahiers des charges. Ce service devrait prendre la forme d’une plate-forme agroalimentaire, facilitatrice de marché, capable de recenser besoins et offres, et d’ouvrir de nouvelles perspectives de marchés aux producteurs corréziens.

Une centrale d’achat-vente

Une plate-forme de commercialisation doit assurer la relation entre restauration collective, grandes et moyennes surfaces et l’approvisionnement alimentaire.

D’un côté, cette plate-forme assure le lien avec ses fournisseurs départementaux (producteurs, coopératives, abattoirs,…) pour établir un catalogue de produits.

Au vue de la diversité des productions départementales, l'offre est vaste : lait, fruits et légumes, toutes viandes, fromage, etc…

De l’autre côté, cette plate-forme rencontre les collectivités, les grandes et moyennes surfaces, les restaurations hors domicile pour leur proposer les offres locales.

Il s’agit alors de se demander ce qu’on appelle « local » ? Est-ce un produit originaire d'une exploitation située à 20 km, dans le département, dans la région ? Les discussions montrent que cela dépend : du produit, du client et de la zone géographique. A Limoges, en effet, le consommateur n’a pas la même définition d’un produit local qu’à Bort-les-Orgues.

Les produits sont alors soumis à un cahier des charges déjà identifié (AOC, label, marque,…), afin de ne pas surcharger l’agriculteur avec de nouvelles contraintes. L’objectif est bien sûr d’ouvrir de nouvelles perspectives aux producteurs, et non de lui ajouter de nouvelles obligations.

Identifier le produit et le terroir

Au travers de cette démarche, le distributeur peut communiquer sur la provenance du produit. Il semble souhaitable, si les producteurs sont d’accord, de poursuivre la démarche en identifiant par des panneaux les exploitations qui participent à la plate-forme. Sans oublier les lieux de consommation et d’achat avec l’identification de la plate-forme.

De nombreux producteurs sont favorables à cette nouvelle démarche. Des représentants de la grande distribution aussi. Au moment où l'agriculture connaît une crise sans précédent, où les paysans souffrent, c'est le moyen pour les producteurs de commercialiser leurs productions à un prix plus juste.

« Pour ce qui est des marges, moins il y a d’intermédiaires, moins la marge est grande… » lance un agriculteur du secteur de Brive-La-Gaillarde. Des déclarations d’intention très encourageantes, qui prouvent que l’initiative est prometteuse.

Cet exemple illustre aussi le fait que le syndicalisme agricole doit élargir son rayon d’action, pour mieux servir les agriculteurs et les producteurs. Le lancement d’une plate-forme agroalimentaire, le développement du photovoltaïque prouvent le dynamisme et la volonté de la FDSEA, soucieuse d’accompagner les agriculteurs Corréziens dans leur développement.

Planifier les approvisionnements de saison

L’idée est, bien sûr, d’assurer un retour de la plus-value aux agriculteurs. Un service clé en main est attendu par bon nombre de collectivités et de restaurateurs. Un engagement sur la régularité et les volumes leur est demandé. Afin de planifier les approvisionnements de saison ! C’est un minimum….

Pour la restauration collective, les grandes et moyennes surfaces, la plate-forme est garante des bonnes livraisons au client. Ce sont de nouvelles méthodes de travail mais aussi des perspectives qui s’ouvrent pour faire manger des produits corréziens aux Corréziens.

La mise en route progressive est lancée. Elle concerne la diversité des produits. Elle vise un large champ de clients. Les collectivités et les consommateurs sont en attente forte et visiblement prêts à suivre.

Il reste aussi à trouver d’autres producteurs, désireux de s’investir dans de nouvelles productions et de se diversifier sur quelques hectares.

La plate-forme joue aussi sur des qualités de service pour se démarquer : proximité du producteur, conseils de préparation, disponibilité pour réapprovisionnement, etc. Tout en restant compétitif pour gagner des marchés et fidéliser la clientèle individuelle. L’enjeu est là, et l’agriculture corrézienne est parfaitement adaptée pour relever ce nouveau défi, alors que les agriculteurs subissent une paupérisation sans précédent !

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