Corse : l'enquête piétine après la double tentative de meurtre

Les tueurs, inspirés par le film "le Parrain" de Mario Puzo, courent toujours, et des zones d'ombres subsistent après la 2 è tentative de meurtre sur Sisti

Hospitalisé après avoir été blessé lors d'un mitraillage en règle, Olivier Sisti le gérant d'un restaurant de plage de la Plaine orientale, en Haute-Corse, a été atteint de plusieurs balles lundi 28 mai 2012 à travers la vitre de sa chambre à l'hôpital de Bastia. Une semaine après une première tentative d'assassinat. Olivier Sisti avait déjà été victime d'une tentative de meurtre en 2010, selon un officier de police, joint par téléphone, mais qui souhaite conserver l'anonymat.

Comme Suite 101 le révélait quelques heures après le mitraillage à l'hôpital de Bastia, deux policiers étaient pourtant en faction à l'hôpital, pour garder la chambre. L'enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Corse. Par miracle, Olivier Sisti échappe aux tueurs à l'hôpital de Bastia .

Défaillances dans la surveillance de la chambre d'hôpital ?

L'enquête ouverte après cette deuxième tentative de meurtre montre que la chambre était gardée, côté couloir, par deux policiers, tandis que l'accès extérieur était surveillé par des rondes. Aux premiers coups de feu, les fonctionnaires ont éteint la lumière, le tireur continuant de tirer à l'aveugle.

Selon le Préfet, joint par téléphone , "L'enquête judiciaire devra déterminer comment les tueurs savaient que la victime se trouvait dans cette chambre précisément et comment était organisé le système de garde..... D es mesures de sécurité sont prises à Nice par mon homologue des Alpes-Maritimes."

Le 28 mai, en fin de matinée, le restaurateur avait été évacué par avion sanitaire jusqu'à Nice où, sous bonne escorte, il a rejoint en ambulance l'hôpital Saint-Roch. Il devait, selon des informations officielles, confirmées dans les éditions de Corse Matin, y subir une nouvelle opération, toujours sous haute protection policière.

La troisième tentative d'assassinat en deux ans

Voici un peu plus d'une semaine, Olivier Sisti avait été blessé au visage et à la main par des décharges de chevrotines tirées à travers la vitre de sa voiture. Il avait eu la force de garder le contrôle jusqu'au centre de secours d'Aléria. Les pompiers lui avaient prodigué là de premiers soins avant de le transférer à l'hôpital de Bastia.

Selon un enquêteur chargé d'un précédent dossier Sisti, "En octobre 2010, ce commerçant, connu des services de police notamment pour une affaire d'extorsion de fonds en 2005, avait été victime d'une première tentative d'assassinat par arme à feu, à Ghisonaccia, où se trouve son restaurant, touché à l'époque au thorax et aux jambes...."

Un scénario inspiré du film "Le Parrain " ?

Les homicides ou tentatives d'homicide à l'hôpital, c'est presque la réalité qui dépasse la fiction et qui rappelle un épisode du Parrain. Dans la réalité, de tels scénari sont assez rares. Néanmoins, il y aurait eu un précédent ancien en Corse et un autre plus récent près de Marseille. En effet, en septembre 2007 dans une clinique d'Aubagne, un homme de 65 ans avait été tué dans sa chambre au fusil de chasse en marge de l'affaire du Cercle Concorde, ou des Corses sont impliqués.

Dans ce contexte, les journalistes du Figaro titrent sur "le retour des vandetta" en Corse.....

Trop de violences dans la Plaine orientale ?

Cette affaire survient au mauvais moment pour les responsables de la sécurité publique dans l'île. En effet, alors que la région de la Plaine orientale, objet de vives convoitises depuis quelques années en matière d'immobilier et de tourisme, a déjà connu six homicides depuis 18 mois, dont le double meurtre, à Quinzena, celui de Jo Sisti, ancien élu et responsable nationaliste sans lien de famille avec Olivier Sisti, et de son beau-frère Jean-Louis Chiodi.

Les tensions en Corse ne faiblissent pas ces derniers mois et l’année 2011 avait déjà connu son lot de meurtres et de règlements de comptes sanglants. Ajaccio, Propriano, Vezzani, Sartène, Porto-Vecchio telles sont les principaux lieux où se jouent ces drames sur fond de vengeance, d’immobilier, de vendetta, de procès, de banditisme dans certains cas, de trafics de drogues.

Avec réalisme, Suite 101 titrait, il y a quelques temps "Avril 2012, et ça repart", après l'assassinat du dirigeant nationaliste Jo Sisti et de son beau-frère Jean-Louis Chiodi, victimes d'une embuscade menée avec une violence inouïe. Ancien élu de l'assemblée régionale de Corse, Joseph Sisti était militant de la formation nationaliste modérée Femu A Corsica.(lire sur suite 101: Pâques "sanglantes" en Haute Corse : Jo Sisti, J-L Chiodi abattus) . Etrangement, les enquêteurs de la gendarmerie n'ont ps retrouvé les tueurs et la Corse acquiert la réputation d'une terre ou l es meurtres ne sont jamais élucidés, avec des tensions fortes , et l'enquête sur la double tentative de meurtre visant Olivier Sisti semble s'enliser.

Des familles dénoncent l'absence de résultats des enquêtes de police et de gendarmerie

Face à cette flambée de violence, le 28 avril, de 500 à 1.000 personnes ont effectué une marche silencieuse, à Ghisonaccia, les familles endeuillées déplorant, dans un communiqué remis aux journalistes, aux autorités et aux élus, "l'absence de résultats des enquêtes policières et le peu de moyens des enquêteurs".

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